Yves Marie DUBOIS, agriculteur à St Symphorien : "J'ai réalisé que la terre … c'est complexe !"

VANIA COLIN CALIOP

Yves Marie DUBOIS, agriculteur à St Symphorien :  "J'ai réalisé que la terre … c'est complexe !"

« Pourquoi, alors que 70 % de l'air que je respire est de l'azote, j'en achète autant chez le marchand ? »

« Installé en 2011 sur la ferme familiale, je cultive avec l'aide de mon frère 90 hectares, j'élève 40 vaches allaitantes charolaises et j'engraisse en prestation 900 porcs par an. Les terres sont pour une moitié des limons sableux hydromorphes et pour une autre moitié des limons superficiels sur calcaire.

Après 3 années de pratiques, différentes anomalies me sont apparues : Comment se fait-il, qu'après la première pluie survenue après le semis, mes champs sont battus ? Pourquoi, alors que 70 % de l'air que je respire est de l'azote, j'en achète autant chez le marchand ? Comment assurer l'autonomie alimentaire du troupeau avant la période sèche ?

Autant de questions qui m'ont fait me gratter la tête ! J'ai donc exploré différentes pistes d'évolution et effectué quelques changements de pratiques en travaillant avec le CIVAM AD 72, BASE ...

 

En 2011, année de sécheresse, je décide de semer au mois d'août, après du blé, 2 hectares de ray-grass hybride associé à du trèfle violet, ainsi que 8 hectares d'avoine rude associée à de la vesce. Six semaines après le semis, je faisais déjà pâturer le RGH-TV et, au mois d'octobre, j'enrubannais l'avoine qui avait produit 2,5 tonnes de matière sèche par hectare. Cela a nourri le troupeau pendant presque 2 mois. J'ai alors compris qu'il y avait des périodes de l'année sous utilisées pour produire du fourrage, et qu'il fallait être opportuniste : je ne sais pas si je vais récolter ce que je sème, mais je prends une chance. Si je ne sème rien, je suis certain à 100 % de ne rien obtenir.

 

Parallèlement, je m'intéressais à l'agronomie, et plus particulièrement au semis direct sous couvert (SDSC). J'ai suivi des formations sur le sujet avec des voisins, et nous sommes même allés visiter une ferme pratiquante en Allemagne. J'ai alors réalisé que la terre … c'est complexe ! Ce n'est pas que N, P, K, Ca, Mg et compagnie. C'est bien plus élaboré que ça ! C'est un écosystème à part entière. Savez-vous qu'une poignée de terre vivante contient 10 fois plus de micro-organismes qu'il y a d'habitants sur Terre ?!

 

J'ai alors essayé de faire du semis dans un couvert vivant. Une luzerne, associée avec de la fétuque de 5 ans en fin de production, était l'idéale pour commencer. En effet, cette fabacée armée de ces racines puissantes avait fait « table rase » de toute trace de travail du sol – semelle de labour comprise – mais elle avait également coupé le cycle des adventices et enrichi le sol en vers de terre, notamment en anéciques ! Le blé, semé au horsh sem-exact (je n'avais pas trouvé de semoir SD) à la date du 25 novembre 2012, a souffert tout l'hiver des pluies incessantes. Cela dit, j'étais plutôt satisfait du résultat (65 qx), on avait moissonné du blé sur un champ non préparé. Cependant, un bémol apparaissait : les 2 litres de glyphosate épandus la veille du semis ! Comment s'en passer ? »

« L'année suivante, alors que je décidais de réimplanter, sur des parcelles en rotation blé-maïs depuis 20 ans, des prairies temporaires composées d'un savant mélange suisse, il fallait choisir quelle pâture allait réintégrer la rotation annuelle. C'est alors que je commençais, en plein mois d'août 2013, à préparer le sol pour les semis de maïs 2014 ! Pour éviter l'utilisation du glyphosate et ne pas labourer, il me fallait scalper cette prairie pendant la période sèche. Mais je ne pouvais laisser ce sol nu tout l'hiver. Au mois d'octobre, j'ai donc semé un mélange de céréales et de protéagineux que j'ai récolté en ensilage au mois de mai cette année. Le semis de maïs a eu lieu dans la foulée, sans labour ni glyphosate. Au final, cette parcelle aura produit une 20aine de tonnes de MS (6 de méteil + 14 de maïs). J'ai aussi remarqué lors des orages de juillet que l'eau rentrait toujours en terre dans cette parcelle, alors qu'elle ruisselait dans les champs voisins. Cet automne, la parcelle a été semée en blé, à la volée, et recouverte avec les bêches roulantes.

 

Ces techniques me passionnent, et pourtant j'ai l'impression de signer un pacte avec le diable (phyto-chimie) en les mettant en place. Comment gérer les adventices, notamment les graminées, sans labour ???

 

C'est alors que, parallèlement au semis simplifié à la volée, j'ai aussi labouré une grande partie de mes semis d'automne. Je l'ai fait non pas comme moyen de préparation de sol, mais bien comme moyen de désherbage.

Avec le peu de recul que ma 30aine d'années me donne, je pense qu'un labour bien réfléchi, en considérant l'humidité du sol, la profondeur, la pression des pneumatiques et la fréquence dans la rotation, est moins dommageable qu'une TSL avec travail intensif du sol.

Il faut étoffer les rotations en y intégrant des légumineuses et également des cultures de printemps. C'est pourquoi, en plus du blé, de l'orge d'hiver et de printemps, du colza, de la luzerne, du maïs, des prairies, j'ai réintroduit le tournesol, la féverole, le triticale ainsi que l'avoine dans la rotation. Cela donne beaucoup de souplesse dans le choix des cultures mises en place, et sert également de roue de secours lors d'une culture avortée. La féverole est intégrée dans l'alimentation animale mais également en engrais vert. C'est un peu mon usine à azote qui travaille à l'énergie solaire !!!

J'évite également les insecticides, les fongicides et autres -cides qui sont nocifs au bon fonctionnement du sol. Par exemple, les semences de céréales n'ont pas été traitées cette année car le risque était minime. Les plantes sont ainsi plus vigoureuses au démarrage.

 

J'essaie de faire de la gestion holistique sur ma ferme. Tout est important : les interactions entre élevage et cultures, les haies, les marres, la taille des parcelles … Bref, je ne vis pas d'agriculture, je vis l'agriculture ! »

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Commentaires 12

lachevrevache

le labour est la meilleure technique de désherbage tant qu'il n'est pas profond (10-15cm) Avec le gros matériel de maintenant et des socs aussi larges, c'est plus difficile, si c'est pas assez profond la motte bascule mal. Ou faut pouvoir allez vite pour la projeter, avec un tracteur assez puissant pour ça. Si on travaille le sol au bon moment au bon état ( terre "fleurie"), le labour n'abime rien. Mais en fait on fait toujours que ce qu'on peut, et on a pas toujours le meilleur choix au meilleur moment, sans que ça produise une catastrophe

lachevrevache

ouai enfin Manu, j'ai eu en terminale agri des engueulades mémorables avec ma prof d'écologie (coeff. 4 au bac), qui refusait de faire le lien entre les lois de la vie et la façon de mener une ferme. En matière d'alimentation du vivant, elle comme les profs techniques ne parlaient que de chimie; pour les plantes: éléments chimiques simples ou sels minéraux; pour les animaux: UF (glucides) et MAD (protéines). Plutôt bien-sûr que de nous enseigner qu'une vache, depuis des centaines de milliers d'années c'est sélectionné pour manger de l'herbe et des feuilles d'arbres, et pas autre chose (mélasse,ammoniac, poudre de viande et autres sous-produits industriels...), et nous apprendre ce qu'est de la bonne herbe, c'est à dire une vieille prairie sauvage avec des dizaines d'espèces différentes, peuplées d'animaux (que les vaches consomment aussi, insectes limaces araignées, etc...) ou aucun apport n'est nécessaire parce que les flux d'animaux sur ce milieu terriblement attirant assurent le réapprovisionnement automatique en fertilisants. C'est pas du RGH saturé de nitrates, qui fout la chiasse aux vaches, c'est comme dit Yves Marie, un écosystême... Autre livre fondamental mais beaucoup plus ancien: LA FECONDITE DU SOL d'Hans Pieter Rusch qui explique particulièrement bien ce que représente l'humus

neutron39

Un grand merci à PleinChamp tout d'abord pour avoir publier ton article, et à toi aussi pour ta découverte assez précoce de l'évidence.
bienvenue futur bio...

@manu le retour

pas mal de futur paysan dorme dans les cours d'agronomie , qu'on ne dise pas des cours vendus a l'agro chimie , dans la pedologie , l'agronomie , tout y etais il suffisait d'ecouter et de se donner la peine ensuite une fois agriculteur de se donner la peine de sortir du modele dominer

CHABLE533

Merci pour cette leçon de lucidité malgré ton jeune âge, le dogmatisme étouffe l'agriculture depuis trop longtemps et ton témoignage doit donner des perspectives à tout ceux qui veulent vraiment vivre l'agriculture. Enfin il est rassurant de voir que les solutions existent qu'elles sont toutes autour de nous et que grâce aux groupes Civam et autres nous pouvons reconquérir notre autonomie de décision... Espérons que tes voisins te regardent mais cela j'en suis sûr !!!

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