Bovins : l’export en vif traîne la patte

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Bovins : l’export en vif traîne la patte

La conjoncture bovine est sous le signe d’une détente, à la fois des coûts d’intrants et des prix à la production, avec aussi la libéralisation prochaine du secteur laitier. Une légère reprise des abattages devrait profiter à l’outil industriel français. Tendance renforcée par la baisse des exportations en vif, liée notamment à la crise italienne. La nouvelle Pac va sans doute permettre à des territoires comme le bassin allaitant de préserver sa vocation à produire de la qualité. Mais pour renforcer la filière industrielle française, une modération de la hausse des cours s’impose.

❙ A ccord de libre-échange : le boeuf canadien a du chemin à faire

L’accord de libre-échange, signé le 18 octobre dernier,entre l’UE et le Canada a fait bondir les éleveurs français et plusieurs élus. Pour eux, le contingent accordé de 50 000 t ouvre la porte à des produits n’offrant pas les mêmes garanties en termes sanitaire, de traçabilité,bien-être animal ou encore d’environnement.Le boeuf canadien paraît cependant bien peu menaçant.Il ne figure pas dans le Top 10 des importations européennes de viande bovine, avec moins de 1 000 t, loin derrière le Brésil (126 000 t en 2012),l’Uruguay, l’Argentine.Son contingent actuel de 4 162 t hors droit n’est même pas atteint. D’ailleurs, les Etats-Unis non plus n’exploitent pas totalement le leur : 45 000 t de boeuf sans hormones leur sont accordées, dans le cadre des accords de 2009, pour 17 300 t vendues l’an dernier à l’UE.Difficile donc de prédire l’utilisation des nouveaux quotas. Tout juste peut-on deviner qu’ils profiteront surtout à de la viande de qualité.

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L’élevage bovin européen connaît une décapitalisation régulière depuis trois ans. Une hausse de certains effectifs, notamment à l’Est (Allemagne, Pologne), interpelle néanmoins. Sans doute liée à la dynamique laitière, elle pourrait renforcer la concurrence sur le marché européen, face à une érosion constante de la consommation. D’autres compétiteurs hors UE, notamment en Amérique, veulent en parallèle consolider leurs flux vers les grandes régions importatrices, le Moyen et l’Extrême-Orient, sans oublier l’Afrique. Enfin, un scénario en Europe repose sur l’émergence de pays comme la Pologne, très compétitifs en carcasse. Avantage qu’ils mettraient à profit dans une filière dédiée au marché communautaire, face à laquelle la France ne pourrait rivaliser.

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L’UE se montre à peine autosuffisante et même déficitaire enviande, conséquence de ses ventes en vif à l’export. Elle en arrive à négocier de nouveaux contingents d’importation enviande bovine sans droits d’entrée, comme celui inclus dans le « paquet » tout juste signé avec le Canada.

L’Europe a abattu l’équivalent de 6,5 Mt l’an dernier. Ses échanges bovins (vif et viande) atteignent en comparaisonmoins de 8 % à l’export, principalement vers la Turquie, la Russie. Ils représentent moins de 5 % à l’import, surtout du Brésil, qui pèse 42 % du total sur les huit premiers mois de 2013. L’excédent commercial est en grande partie lié aux ventes d’animaux vivants, principalement à destination du Moyen- Orient. Sans cela, l’UE importe en volume autant de viande qu’elle n’en exporte. Le commerce du vif fait pencher la balance. Mais l’équilibre est menacé. Des acheteurs, commela Turquie, veulent se doter à la fois d’un élevage performantet d’abattoirs modernisés. Une telle évolution doit conduire l’Europe à restructurer sa filière bovine, autour d’une meilleure adéquation entre offre et demande. Quant à la France, rien aujourd’hui ne permet d’imaginer sur l’export qu’elle retrouve en viande les positions lâchées dans le vif. D’où une nécessaire politique de filière, resserrant les liens entre amont et aval. La contractualisation entre engraisseurs et industriels  peut y contribuer, comme une poursuite de la modernisation des outils d’abattage.

LA RECAPITALISATION DU CHEPTEL FRANÇAIS FAIT PLIER LES COURS

Le marché français des bovins est en baisse depuis le milieu de l’été, après trois années de hausse. Ce recul des prix concerne d’abord la vache de réforme et la génisse, moins le jeune bovin. L’explication vient des disponibilités d’animaux. Pour la première fois depuis quatre ans, l’effectif en bovins progresse d’une année sur l’autre. Un virage assez net, avec + 0,51 % au 1er septembre contre une tendance annuelle de – 1,26 % depuis 2009.

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Cette recapitalisation est issue du cheptel laitier (+ 1,2 %), le cheptel viande apparaissant stable (+ 0,02 %). Elle concerne les effectifs très jeunes, en particulier les femelles de moins de 6 mois (+ 4,51 %). Sans doute pour préparer une recapitalisation des cheptels, en lien avec la disparition des quotas en 2015, qui ouvre de nouvelles perspectives de production.

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Derrière la stabilité du cheptel viande se cachent des disparités. Une diminution apparaît dans les effectifs jeunes, en particulier des mâles (– 1,79 %) et femelles de 6 à 12 mois (– 1,27 %). A l’opposé, une forte hausse intervient chez les mâles de plus de 18 mois (+ 21 %), signe d’une difficulté à vendre en maigre. De telles évolutions sont à relier au recul tendanciel des exportations en vif, qui provoque un encombrement du marché intérieur. Première responsable, la crise économique en Italie. Elle réduit la demande d’animaux maigres, qui traditionnellement vient s’approvisionner sur le marché français des bovins viande.

LE BOEUF FRANÇAIS TROP CHER ?

La contraction du débouché italien s’est surtout manifestée en 2012, avec une chute de 19 % des importations d’animaux français. Un facteur déterminant semble être le prix. Car en parallèle, les importations en provenance des Peco ont bondi : + 41 % en 2012, avec une même tendance sur le premier semestre 2013. Les acheteurs italiens cherchent du maigre bon marché, sous la contrainte du coût de l’aliment et du resserrement des prix à la consommation.

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Source Prisme : la note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire

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