Elle ne met pas tous ses oeufs dans le même panier

Yannick Groult

Elle ne met pas tous ses oeufs dans le même panier

Les 6000 poules pondeuses en Label rouge sécurisent le revenu de la ferme laitière d’Anne et Urbain Breemeersch. Leur installation à Nouans est venue couronner dix ans de démarches.

Des chiffres et des oeufs

Elle ne met pas tous ses oeufs dans le même panier

1er : c’est le rang de la production française d’oeufs dans l’UE.10 %: c’est le recul de la production française d’oeufs en 2011. Une baisse en partie due aux travaux des éleveurs pour répondre aux nouvelles normes européennes sur le bien-être animal.9,04€ les 100 oeufs : c’est le record atteint par le prix des oeufs en janvier 2012 à cause du recul de la production.750cm² : c’est la surface minimale dont doit disposer, depuis le 1er janvier 2012, chaque poule pondeuse dans les élevages utilisant des cages. Celles-ci doivent comporter des aménagements(perchoir, nid et grattoir).4 fermes sur 5 élèvent des poules pondeuses en cages. 1 élevage sur 5 utilise une méthode alternative (plein air, au sol ou bio).230 oeufs par an, c’est la consommation moyenne d’un Français.

Si on m’avait dit il y a quinze ans que je deviendrai agricultrice dans la Sarthe, je ne l’aurais pas cru!» Anne Breemeersch n’en revient toujours pas. Certes, elle rêvait depuis longtemps de créer une ferme pédagogique. Certes, elle était mariée à un vacher. Mais de là à s’installer… C’est d’ailleurs lui qui l’a «embarquée dans cette affaire », souligne cette éleveuse de 38 ans. Salarié dans des exploitations laitières de l’Eure depuis 1993, Urbain avait « fait le tour de son métier ». Et comme le fait remarquer Anne, «les bons vachers finissent par s’installer à leur compte…»

L’objectif de leur projet commun ? Surtout « être ensemble », dit tout simplement Anne. Directrice d’un centre culturel, elle ne pouvait pas profiter des vacances scolaires avec son mari et ses trois enfants. L’idée de se retrouver sur une exploitation agricole germe donc en 2001. Neuf ans plus tard et 130km plus loin, leur projet s’est concrétisé après un véritable parcours du combattant. «Il n’y avait pas beaucoup de fermes laitières à reprendre dans l’Eure», se souvient l’agricultrice. Le couple a élargi sa zone de recherches à toute la Normandie, sans succès. « Nous avons fini par nous dire que la Sarthe, c’était pas si loin… ».

En mars 2009, ils repèrent une exploitation à reprendre à Nouans, dans le Nord du département. Il leur faudra encore un an de démarches et de négociations pour parvenir à leurs fins. Titulaire d’une maîtrise de géographie, Anne a aussi dû reprendre ses études. Elle a acquis progressivement la capacité agricole. Ce qui lui a permis de démarrer avant l’obtention de son BPREA (en juillet 2011). 

Résultats économiques supérieurs aux prévisions

En mai 2010, le couple s’installe, enfin, en EARL. Urbain cultive les 95ha de la ferme et élève les 60 vaches laitières (470000 litres de quota). De son côté, Anne s’occupe de l’administratif et des 6000 poules pondeuses. Après la crise du lait de 2009, «nous avons trouvé opportun d’avoir une deuxième production rémunératrice», se rappelle Anne. En 2011, les résultats de cet atelier ont même dépassé leurs espérances: 7€ de marge par poule au lieu des 4,8 € calculés avant l’installation.

L’exploitation comportait déjà un bâtiment de 5 500 places. Dès leur installation, le couple le met aux normes et l’agrandit. Avec cet investissement, ils anticipent les nouvelles règles européennes sur le bienêtre animal entrées en vigueur en janvier 2012. «Nous avons changé la chaîne d’alimentation, installé des nids et un pondoir automatique», détaille Anne. Grâce à cet outil, son temps quotidien de ramassage et de tri est passé de 5 heures à 3. Les 700m² du bâtiment peuvent désormais accueillir 6000 poules. Elles se dégourdissent les pattes dans un parcours herbagé de 6ha. Une obligation pour le type de production choisi par les Breemeersch: les oeufs fermiers Label rouge. Anne livre sa production à la coopérative Loué.

L'art du dressage des poules

Les points clés de l’élevage? «Gérer le pic de ponte et détecter les maladies.» Un suivi qu’elle effectue en pesant les œufs une fois par semaine. «C’est le premier point à surveiller, insiste Anne. Quand le nombre d’oeufs baisse, il est déjà trop tard.» Autre moment crucial : le dressage. Quand les poules débarquent à la ferme, âgées de 17 semaines, elles pondent où bon leur semble. Pendant trois semaines, inlassablement, Anne les repousse vers le pondoir avec un balai. «Un travail à temps plein», précise Anne, car il faut répéter l’opération toutes les demi-heures. 

Anne ne regrette pas ce surcroît de travail. « Jamais je n’aurais fait de poules en cage», déclare-t-elle. Car l’éleveuse s’est lancée dans l’agriculture pour «le contact avec les animaux et la proximité avec la nature». C’est dans ce sens que les Breemeersch ont fait évoluer leur exploitation. Bovins et poules ne mangent pas d’OGM (une autre obligation du cahier des charges Label rouge). Les animaux sont soignés avec des produits phytothérapeutiques. Côté laitier, luzerne et betterave ont remplacé une partie de l’ensilage de maïs dans l’alimentation des vaches.

"Le plus dur, c'est l'astreinte"

Leur deuxième priorité : alléger le travail. Urbain a commencé à remplacer les vaches Normandes par des Prim’Holstein. Il a ainsi augmenté la production (le cédant ne réalisait pas tout son quota) tout en réduisant le nombre de vaches à traire. Il a aussi étalé les vêlages toute l’année, faisant disparaître la pointe de travail des mises bas en septembre.

La prochaine étape passera probablement par l’achat d’un robot de traite. « Le plus dur, c’est l’astreinte toute la semaine», remarque Anne, qui participe à la traite tous les soirs. Pas toujours facile de s’adapter à un nouveau métier. L’éleveuse a pris le taureau par les cornes en s’impliquant tous azimuts : entraide, Cuma, Crédit agricole, parents d’élèves, syndicats, etc. Cette passionnée de cuisine et de décoration a aussi pu compter sur le soutien de son "parrain" de Loué. Xavier, un éleveur plus expérimenté, l’a suivie pendant sa première année. Presque deux ans après leur installation, la ténacité d’Anne et Urbain est récompensée. Les JA des Pays-de-la-Loire leur ont récemment décerné leur Prix de l’installation 2012.

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