Filières locales : Choisir plutôt que subir son cheptel

Avenir agricole et rural de la Haute Marne 52

Jeudi 06 mars une demi douzaine d’éleveurs avaient choisi d’apprendre à mieux finir les carcasses de leurs animaux à l’engrais mais aussi et surtout à mieux sélectionner le bétail à engraisser car tous et toutes n’ont pas le même potentiel de développement squelettique et musculaire, 2 qualités essentielles à la rentabilité d’un atelier d’engraissement.

Avant tout, pour pouvoir repérer les meilleures, initiez-vous au jugement des carcasses au crochet et sur pied le 28 mars prochain.

«Choisir et non subir…» tel est le conseil  stratégique que Philippe Caussin, conseiller spécialisé en pointage des bovins et ovins annonce d’emblée dans les premières minutes de la formation des 5 éleveurs venus apprendre à sélectionner dans un troupeau les meilleurs animaux à engraisser.

Philippe Caussin pratique depuis 30 ans des notations de cheptels, il contrôle ainsi chaque année, plusieurs centaines d’élevages du nord-est de la France, de la Belgique wallonne et de Bourgogne Franche Comté, et donc plusieurs milliers de broutards et broutardes, de génisses et jeunes vaches ...

«Souvent chez les naisseurs, le choix d’engraisser une partie des broutardes ou des jeunes vaches découle du besoin de mieux valoriser les bêtes ne convenant pas à la reproduction pour s’assurer un complément de revenu. Le cheptel mis à l’engrais n’est pas vraiment choisi mais le plus souvent subi. Pourtant ce n’est pas avec les animaux les moins développés qu’on obtient les meilleurs résultats à l’embouche …» témoigne Philippe qui précise «Il faut un bon développement squelettique pour permettre celui des muscles, au même âge, un animal grand et bien éclaté offre davantage de potentiel musculaire que son conscrit petit et étroit d’épaule et de bassin».

Chez les engraisseurs n’ayant pas de cheptel naisseur c’est différent, il est logiquement possible de choisir ses animaux mais encore faut-il pouvoir et savoir reconnaitre les meilleurs et surtout les payer au bon prix… Un naisseur peut aussi imaginer le faire s’il souhaite monter un atelier d’engraissement performant car rien ne l’oblige à engraisser exclusivement des animaux nés sur sa ferme … Et surtout, il lui est possible d’influencer le potentiel d’engraissement de ses propres broutards en sélectionnant correctement les taureaux. Il y a souvent antagonisme entre les qualités maternelles et celles d’engraissement …Alors pourquoi ne pas inséminer les moins bonnes reproductrices avec des semences de taureaux à haut potentiel d’engraissement ... Prendre le temps d’étudier tous les critères d’évaluation d’un taureau peut contribuer à nettement améliorer la qualité des animaux programmés pour l’embouche car  l’hérédité du développement musculaire et squelettique est très forte. Ceci permet une rapide amélioration du potentiel de tout ou partie du troupeau !

Bien choisir c’est pouvoir évaluer le potentiel de développement des carcasses et des muscles d’un animal, pour cela plusieurs critères sont à prendre en compte.

La largeur de poitrine, celle du dos, la longueur de dos, la largeur et la profondeur comme l’arrondi de la culotte mais aussi la qualité des aplombs, le développement osseux, l’épaisseur des pattes sont à évaluer …

Photos à l’appui Philippe explique que «pour un bon poids de carcasse il faut un vrai potentiel de développement musculaire mais pas seulement. Il faut aussi des aplombs solides mais pas des os trop épais car sinon le développement du squelette risque de se faire au détriment de celui des muscles. Il faut aussi s’assurer de la maturité sexuelle et du développement du squelette. A âge équivalent une génisse bien arrondie, dite coquette, mais de petite taille risque de ne plus grossir qu’en faisant du gras …..»

La pratique s’impose

Sur papier, cela parait facile, telle génisse a trop peu de coffre, telle autre n’a aucun arrondi de cuisse, une troisième présente une belle culotte … Mais dans les parcs tout devient différent pour les stagiaires. Au cul des vaches, grille de notation et stylos à main, l’exercice se complique, l’une fait le dos rond, l’autre s’étire, creuse les reins… lesquelles sont les meilleures quand il faut tout appréhender sur plusieurs jeunes bêtes à la fois tenues au cornadis.

L’exercice est pour chacun enrichissant et tous en redemandent ...

«Cela l’air simple mais ce ne l’est pas tant que cela, il faudrait faire ce genre d’exercice plus souvent pour finir par avoir le bon oeil» conclue la plupart des stagiaires convaincus que cette compétence est nécessaire pour rentabiliser leur atelier d’engraissement mais aussi conscients de la difficulté de cet art …

Ainsi naturellement l’idée est venue de proposer des tours d’étable sur le thème de l’évaluation du cheptel à engraisser et de l’évaluation de l’état d’engraissement… Pas ce printemps car il ne reste guère d’animaux dans les parcs mais dès cet automne … 

Dans l’attente, rendez vous est donné aux éleveurs engraisseurs le 28 mars à l’abattoir pour un classement partagé des carcasses puis la visite de l’élevage biologique de Lionel Caudy à Liffol le Petit…

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