« Il ne devrait pas y avoir de litre de lait vendu moins d'un euro »

Lise Monteillet

« Il ne devrait pas y avoir de litre de lait vendu moins d'un euro »
Emmanuel Vasseneix s'exprimait à l'occasion d'une conférence de presse annonçant la journée mondiale du lait.

La crise du lait inquiète Emmanuel Vasseneix, le vice-président de l’organisation spécialisée Syndilait, qui craint de finir par manquer de matière première.

Portes ouvertes

À l’occasion de la prochaine journée mondiale du lait, l’organisation Syndilait propose au grand public de visiter une centaine d’élevages laitiers et neuf laiteries, du 31 mai au 10 juin.

« Le lait a une valeur, on doit l’afficher », insiste Emmanuel Vasseneix, vice-président de Syndilait*, organisation regroupant les fabricants de laits de consommation. Selon lui, « il ne devrait pas y avoir de litre de lait vendu moins d'un euro au consommateur ».  

La dernière crise du lait a poussé de nombreux producteurs vers la porte de sortie et cela inquiète les laiteries. En cinq ans, le nombre d’élevages laitiers est passé de 90 000 à 63 000, selon Syndilait. « Nous sommes très inquiets, poursuit Emmanuel Vasseneix. Nous risquons de manquer de matière première ».  « Il est urgent qu’on retrouve une rémunération en rapport avec nos coûts de production », confirme Dominique Dengreville, éleveur dans le Nord de la France, invité à s’exprimer lors d’une conférence de presse organisée par Syndilait, le 4 mai.

L’urgence est d’autant plus grande qu’une nouvelle chute des cours est redoutée. Les fabricants de lait alertent sur « des risques de surproduction » liés aux ouvertures de nouvelles lignes de conditionnement en 2016. Celles-ci mettraient « de nouveau en danger ce marché très fragile », qui peine à revenir à l’équilibre.

La production et la consommation déclinent  

En 2016, 3,3 milliards de litres de lait liquide ont été conditionnés par les laiteries françaises, soit une légère baisse de 0,9 % par rapport à 2015. Pour rappel, seulement 14 % des volumes de lait collecté en France sont destinés à la production de laits pasteurisés, micro-filtrés et UHT. Le reste du lait est transformé en fromages, matières grasses, crème fraiche, etc.

La consommation de lait conditionné déclinerait de 3,4 % en France par rapport à 2015, atteignant 49 litres de lait liquide consommés par Français. Cette diminution est essentiellement imputée à la baisse du temps consacré au petit-déjeuner dans les foyers français.

Moins d’importations

Tout n’est pas noir sur le marché du lait de consommation. Le solde de la balance commerciale progresse, passant de +106 millions de tonnes en 2015 à +190 millions en 2016. Les laiteries françaises ont exporté davantage de lait conditionné à l’international, principalement vers l’Italie, l’Espagne et la Chine. À l’inverse, les importations ont chuté de 25 % (174 millions de tonnes en 2016). Ces importations proviennent quasi-exclusivement de Belgique et d’Allemagne. L'origine française est mise en avant : le logo « lait collecté et conditionné en France » est désormais apposé sur plus de 60 % des bouteilles et briques de lait proposées dans le commerce.  

Progression des laits spécifiques et du bio

Autre belle progression : celle des laits spécifiques. Le lait lactosé a progressé en volume de 18,8%, suivis par le lait de chèvre (+11,7%), les laits vitaminés (+6,8%) et le lait bio (+5%). Ce dernier segment représente 10 % du lait de consommation vendu sur le marché français. Or, les laiteries françaises ont fait face à une « pénurie conjoncturelle de lait bio français » en 2016. Le nombre insuffisant de producteurs, associé aux mauvaises conditions météorologiques, n’ont pas permis de satisfaire la demande croissante. L’arrivée imminente de nouveaux producteurs devrait heureusement venir conforter l’offre. « Les reconversions d’élevage en bio nécessitent deux ans. Nous estimons que la production va augmenter d’environ 20-25 % sur les douze mois qui viennent », prévoit Olivier Buiche, vice-président de Syndilait.

 

* Les adhérents de Syndilait : Alsace Lait, Campina, Candia, Coopérative Laitière de la Région Lochoise, Coralis, Elvir, Lactinov, Laïta, Laiterie de St Père, LSDH (Laiterie St Denis de l’Hôtel), MLC (Maîtres Laitiers du Cotentin), Terra Lacta, Uca Lorco

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