La moitié seulement des élevages cantaliens armés pour faire face aux aléas

Patricia OLIVIERI

Avant la publication des Comptes 2013 de l’agriculture, les CERFRANCE d’Auvergne et Lozère livrent leur analyse sur la capacité de résistance des exploitations du département.

À l’heure de la réorientation de la politique agricole européenne, où en sont les exploitations du Massif central ? C’est à cette question que répond la première publication du groupe de veille économique de CERFRANCE Alliance Massif central, une entité qui depuis 2010 mutualise les compétences et expertises des cinq CERFRANCE d’Auvergne et Lozère. Un véritable laboratoire de recherche-développement, comme l’a qualifié Thierry Valette, président du Centre d’économie rurale cantalien, qui a pu s’appuyer sur les 11 500 comptabilités de ses clients agriculteurs pour dresser “un cahier des références économiques 2012” de l’agriculture de ce territoire.

Des annuités qui mangent 50 % de l’EBE

L’extraction cantalienne de ce cahier était présentée la semaine dernière aux organisations agricoles, élus et partenaires à Aurillac. La capacité de résistance aux aléas des élevages bovins viande(1) et lait(2) (95 % des exploitations du département) a été évaluée au regard de critères économiques et financiers. La viabilité économique a ainsi été testée en examinant la capacité de l’élevage à dégager un revenu (au moins un Smic), le potentiel d’autofinancement et le poids des annuités par rapport à l’EBE (excédent brut d’exploitation). Parallèlement, la situation financière a été définie en fonction de la trésorerie nette de l’exploitation, sa capacité à payer sa dette à long terme et son niveau de dépendance vis-à-vis des partenaires. Sur ces bases, Nathalie Velay, animatrice du groupe, a posé le verdict de la situation 2012 des élevages bovins viande du Massif central (données cantaliennes similaires) : 51 % de ces élevages peuvent faire face aux aléas. A contrario, plus d’un élevage sur cinq (22 %) est “dans le rouge”. Un constat qui interpelle d’autant plus que le marché du broutard - comme celui des réformes - a été porteur en 2012 (jusqu’en octobre), permettant de compenser en partie l’inflation des charges animales (+ 9 %) et aux résultats courants avant impôt de se redresser à une moyenne de 11 881 € pour les élevages cantaliens (contre moins de 6 400 € en 2011), un niveau cependant encore bas. Qu’est-ce qui différencie les exploitations résistantes des autres ? Trois facteurs, répondent les experts : la productivité du travail(3), le prix de vente des animaux (d’où une réflexion sur des voies de valorisation accrue, tel l’engraissement) et la gestion de l’endettement. En 2012, la moitié des élevages allaitants ont des annuités qui consomment plus de 50 % de leur EBE, sans compter une partie de l’endettement “invisible”, celui des associés de sociétés.

Capacité de résistance des exploitations bovins viande (à gauche) et bovins lait du Massif central.

Plus d’un quart des laitiers dans le rouge

La situation des élevages laitiers est elle plus inquiétante : entre 2011 et 2012, le pourcentage d’exploitations résistantes est passé de 55 à 46 %. Parallèlement, le nombre d’exploitations “dans le rouge” s’accroît de 4 % (28 %). “2012 a été une année difficile qu’on rapproche volontiers de 2010 avec un effet ciseaux fortement conditionné cette fois par l’augmentation des charges”, a analysé Simon Nozière, directeur de l’agence aurillacoise du CERFRANCE Cantal. Avec un indice Ipampa lait (indicateur de charges) qui s’est envolé de 17 % en trois ans. Contrairement à la campagne 2009-2010, marquée par une crise de prix, 2012-2013 est une crise de charges pour la production laitière. Autre facteur défavorable : en 2012, il a fallu reconstituer les stocks suite à la sécheresse de l’année précédente. Le résultat courant par UTH s’en ressent : il recule de 22,6 % pour les éleveurs laitiers du département (10 137 € en 2012). De même, leur situation financière se dégrade : avec une trésorerie en repli de 9 000 € en moyenne (- 60 % en un an sur l’ensemble de l’échantillon Massif central) et la dépendance financière s’accroît avec un taux d’endettement de 38 %. À noter néanmoins une forte progression des investissements (+ 30 % par rapport à 2011), dont la moitié est consacrée aux bâtiments d’élevage. Pour redresser la barre, l’expert préconise une meilleure adéquation entre les trois “fondamentaux” de l’exploitation : terres, capital (cheptel...) et main d’œuvre. Une cohérence entre le potentiel agronomique de terrains et les volumes (le poids des achats d’aliments varie de 207 € /  1 000 litres pour les élevages résistants à 250 € pour ceux en difficultés). Cohérence aussi entre volumes et main d’œuvre : “Plus il y a de volumes, plus l’EBE progresse, mais peut-on indéfiniment travailler plus ? interroge-t-il. Il vaut mieux déléguer les activités à marge négative comme l’épandage de fumier...” Et Simon Nozière de préciser que pour rentabiliser un matériel d’épandage, il faut sortir l’équivalent du fumier de 1 000 vaches par an... (1) Caractérisés en 2012 par une structure moyenne de 95 ha, 92 UGB, 67 VA et 1,5 UTH. (2) En moyenne 71 ha, 70 UGB, 47 VL, 1,7 UTH et 262 428 litres de références. (3) Hormis quelques exceptions, le seuil de 50 vaches par UTH constitue un seuil critique pour dégager un revenu.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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