La performance caprine aux portes du Massif central

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La performance caprine aux portes du Massif central

Installé hors cadre familial, Baptiste Robert voulait monter une exploitation caprine performante. Au programme : désaisonnement de la production et mécanisation du bâtiment pour ses 230 chèvres laitières.

2013 : L’année du rebond ?

La performance caprine aux portes du Massif central

25€ les 1000 litres. C’est l’augmentation que Baptiste Robert, éleveur de chèvres à Mars (Ardèche), a constaté en janvier 2013. Une bonne nouvelle qui rompt avec plusieurs mois de crise. Mais si le marché s’améliore, les producteurs français ne sont pas tirés d’affaire pour autant. « Depuis que je me suis installé, le prix du lait a baissé et celui des aliments pour bétail a augmenté », confirme Baptiste. A l’inverse de la filière laitière bovine, qui se prépare à la disparition des quotas, « nos entreprises sont en train de mettre en place des références ». Entre baisse du prix du lait et mauvaise qualité des fourrages, la collecte de lait s’est effondrée en 2012. Les surstocks des industriels se sont résorbés à la fin de l’été dernier. Maintenant que les fabrications repartent à la hausse, les producteurs demandent une hausse des prix. La Fédération nationale des éleveurs de chèvres (Fnec) place la barre à + 50€ les 1000 litres. Car cette association spécialisée de la FNSEA estime que « les entreprises caprines ne répondent que partiellement aux demandes des producteurs ». A cause de la flambée du prix des céréales, « les coûts de production ne cessent de progresser et s’élèvent de 80 à 120€ les 1000 litres », explique la Fnec. En 2012, le revenu moyen des éleveurs ovins et caprins dépassait à peine 15000€, d’après le ministère de l’Agriculture. Soit moins de la moitié de la moyenne des agriculteurs français.

En Ardèche, on met souvent les élevages de chèvres sur les terrains en pente et on dit aux éleveurs : “ tu vas débroussailler". Moi, je ne voulais pas ça.» avant de s’installer, Baptiste robert avait déjà une idée précise de la ferme de ses rêves. lui qui a « la fibre des grosses structures» voulait une exploitation productive, mais lui laissant du temps libre. Depuis 2009, il est le seul éleveur en "pur chèvre" sur le plateau du Haut-Vivarais-lignon. au nord-ouest du département, ces contreforts du Massif central accueillent surtout des élevages bovins (viande et lait). Petit-fils d’arboriculteur, Baptiste s’est pris de passion pour les chèvres pendant ses études au lycée agricole d’aubenas. Après avoir décroché son BtS en 2004, il se met à la recherche d’une ferme. Mais il ne se sent «pas encore capable de tenir une exploitation ». Deux ans à travailler dans d’autres élevages, de 50 à 2 000 chèvres, lui permettent d’affiner son projet. Son père n’ayant pas repris l’exploitation familiale, il continue à chercher une ferme dans toute la France. Il trouve la perle en 2008, dans son département d’origine : une ancienne exploitation ovine de 80ha qu’il va reconvertir.

Roto de traite et Dac

En 2009, Baptiste se lance. il réaménage le bâtiment pour accueillir ses 230 chèvres laitières, transforme l’ancien hangar à fourrage en salle de traite. Seul matériel présent sur son exploitation: un petit tracteur. « Je suis à fond dans les Cuma, explique-t-il. Même mon tracteur de tête y est ! » L’éleveur préfère mécaniser son « outil de production quotidien » : le bâtiment d’élevage. Pour gérer seul son troupeau (avec l’aide de son apprenti), il installe un roto de traite de 22 places. Les bêtes rentrent seules dans ce manège tournant, attirées par des céréales. Elles en sortent traites après un tour. Autres achats : un tapis d’alimentation et un distributeur automatique de concentré (Dac). En tout, il investit 230000€ dans son projet. Son objectif ? Prouver que la montagne n’empêche pas de créer une exploitation performante. Sur ce plateau, à 1050m d’altitude, « il gèle tous les mois ». Spécificité ardéchoise, la température peut monter haut (30°c), mais aussi descendre très bas (jusqu’à - 30°c). D’où des surcoûts de production par rapport à la plaine : « Il faut isoler les bâtiments, et nous ne pouvons cultiver ni maïs ni luzerne. » les animaux sortent entre mai et octobre. Mais chaque été, les attaques de chiens errants font perdre à Baptiste une dizaine de chevrettes. Et l’éleveur ne se fait guère de doute sur l’arrivée « imminente » du loup.

Une production désaisonnalisée

A ces contraintes naturelles s’ajoutent celles du cahier des charges de l’AOP picodon. La fromagerie du Vivarais, qui collecte toute la production de Baptiste, ne travaille que du lait AOP. Un choix de raison pour cette PME régionale (3M€ de chiffre d’affaires) qui fabrique des fromages de montagne. Le lait utilisé pour le picodon, petit fromage de chèvre au goût franc, est collecté tous les 48 h. les éleveurs doivent utiliser des aliments de la zone d’appellation et n’ont pas droit à l’ensilage. L’élevage de Baptiste est quasiment autonome en fourrages, à l’exception du foin de luzerne qu’il achète pour nourrir ses laitières. « Pour avoir du lait tout le temps, la fromagerie nous incite à désaisonnaliser la production », ajoute le jeune agriculteur. Après une mise-bas naturelle en février ou mars, le pic de production dure d’avril à juin. C’est durant cette période que le prix est le plus bas. Les chèvres de Baptiste mettent bas en novembre, ce qui lui permet de produire à plein en hiver, quand le prix est au plus haut. Avec une plus-value estimée par l’éleveur à « environ 100€ les 1000 litres ».

« Je crois en mon aop »

Pour cela, « il faut être très technique ». Les chaleurs des chèvres surviennent naturellement quand les jours raccourcissent le principe est donc de tromper les chèvres grâce à l’éclairage artificiel en bâtiment. Deuxième étape : la pose d’implants de mélatonine (hormone sécrétée naturellement pendant la nuit). En avril, Baptiste écarte les boucs du troupeau. En les réintégrant au troupeau au début, il provoque l’effet bouc, autrement dit l’entrée en chaleur groupée des chèvres. Le revers de la médaille ? Avec toutes les mises-bas regroupées, « le mois de novembre est pire que les foins». Baptiste embauche un salarié saisonnier pendant cette période où il faut séparer les petits de leur mère et leur donner le biberon individuellement.

« Je crois en mon AOP, revendique Baptiste. C’est le fromage de mon pays ! » Tout en regrettant que « la valorisation ne compense pas les contraintes supplémentaires ». Comprendre : le prix auquel il est payé, 685€ les 1 000 litres, n’est plus suffisant face à la hausse du prix des céréales. « L’aliment a pris entre 30 et 50€ la tonne », a-t-il calculé. Le tout en période de crise, où les fromages de chèvre, plus chers, «sont les premiers touchés ». Avec ou sans AOP, 2012 a été une année morose pour le lait de chèvre (lire ci-dessous). Avec une timide remontée des prix en janvier, 2013 sera peut-être celle du rebond.

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