Reportage : méthanisation, un projet qui gaze!

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Reportage : méthanisation, un projet qui gaze!

Le Gaec des Manets fut la première installation de méthanisation en service dans l’Orne et en Basse-Normandie. Une quarantaine d’unités existe aujourd’hui en France. Avec une installation solaire photovoltaïque et une unité de méthanisation, l’exploitation produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme… Et déjà, les quatre associés prévoient de doubler la puissance de leur installation. Témoignage.

Pourquoi la méthanisation? Comment vous est venue l’idée de ce projet?

Michel Manoury : Nous avons commencé à réfléchir au projet en voyant le méthane s’échapper au-dessous de la fumière, avec les conséquences que l’on sait sur la couche d’ozone. En tant que ferme d’élevage, les aspects environnementaux sont importants pour nous, et c’est un projet qui va dans le sens du développement de notre exploitation. Nous avions plusieurs objectifs : la diversification de notre activité - une source de revenu supplémentaire-, nous prémunir contre l’augmentation continue du prix de l’énergie, et tirer profit de nos déchets d’élevage, en récupérant le méthane et un fertilisant facilement assimilable par les plantes. Nous avons toujours cru en la méthanisation. Nous avions l’exemple de l’Allemagne, qui s’était intéressée à la méthanisation avant nous. S’il existe plus de 4 000 unités là-bas, c’est que ça marche. On s’est dit que nous étions aussi capables qu’eux.

Quelles ont été les étapes clés de votre projet?

Notre point de départ fut de rencontre rles différents constructeurs. Nous recherchions un constructeur ayant une expérience en France et capable de traiter un produit à dominance fumier plutôt que lisier. L’étape suivante a été l’analyse du dossier technique, économique et financier. Nous devions vérifier la cohérence du projet méthanisation dans notre système de production et les conséquences sur le fonctionnement de notre exploitation. Puis, nous avons analysé les conséquences juridiques, fiscales et sociales. C’est ainsi que nous avons décidé de rattacher l’activité méthanisation à l’exploitation. Là, je tiens à souligner un point important : l’exploitation reste privée, détenue à 100% par nous, entrepreneurs. Nous prenons seuls nos décisions ; nous ne sommes pas en intégration. Cette phase d’analyse est la plus importante. Le projet a ainsi vu le jour grâce à l’accompagnement de notre conseiller, qui a su évaluer les conséquences du projet sur notre exploitation.

Quel a été le délai entre la phase de réflexion du projet et l’installation de l’unité de méthanisation?

Environ 3 ans, ce qui est un délai normal pour un projet de méthanisation. Le temps de chantier fut de 6 mois.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées?

En fait, nous avons rencontré beaucoup de bonnes volontés au sein de notre département, alors qu’au moment du projet, la législation était en pleine évolution. Il a juste fallu convaincre notre banque et surtout expliquer l’intérêt du projet car la méthanisation était encore méconnue. Régulièrement, nous organisions des réunions avec le constructeur, le Conseil général, les services vétérinaires, l’ADEME, notre banque et le CERFRANCE.

Avec le recul, qu’auriez-vous fait différemment?

Nous aurions construit une unité plus puissante dès le départ : 250 kW au lieu des 150 kW actuels, mais à l’époque, nous avions peur d’aller trop loin. Quels sont les atouts de la méthanisation? Le principal avantage est à la fois technique et environnemental. Le digestat est utilisé sur nos terres ; une partie est directement assimilable par la plante. Nous avons cultivé 60 hectares de maïs sans engrais et couvert 70 hectares de prairies. Pour le blé et l’orge, l’apport principal d’azote s’est fait grâce au digestat. Mais nous avons bénéficié de bonnes conditions météo pour permettre le passage des outils. Le problème, c’est que les nouveaux textes assimilent le digestat aux effluents d’élevage avec des conséquences sur le cahier d’épandage. Or, il s’agit de produits complètement différents. Il nous semble nécessaire de faire évoluer ces textes. Un autre avantage concerne l’épandage : la totalité des effluents est épandue par une personne avec un outil, ce qui évite des manipulations de la matière solide, et donc des économies en temps et fuel à la clé. La méthanisation permet également de chauffer trois maisons, les locaux administratifs de l’exploitation et fournit de l’eau tempérée aux bovins et à la plate-forme de lavage.

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Quels sont les premiers résultats après 1 an de fonctionnement?

Avant tout, je tiens à préciser que la mise en route n’est pas instantanée : il faut compter 3 mois de mise en route de l’unité, dont 5 semaines pour la mise en route du digesteur. Donc, après 1 an de fonctionnement, incluant la phase de démarrage (soit seulement 9 mois de production à plein), nous obtenons de très bons résultats de productivité et de rentabilité.

Et concernant la rentabilité du projet ?

Le projet représente un investissement d’environ 1 million d’euros. Nous avons bénéficié d’aides à l’investissement à hauteur de 37 % (PPE, FEDER, ADEME, Conseil général de l’Orne). Le chiffre d’affaires tiré de la vente de l’électricité représente environ 165 000 € (tarif de rachat =14,12 c/kWh). L’exploitation dégage un EBE d’environ 114 000 € et un résultat économique de 50 000 €. La durée de retour sur investissement du projet est de 6 ans.

Aujourd'hui, quels sont vos projets?

Comme nous avons la ressource disponible, et au vu des résultats actuels, de l’efficacité technique et économique, nous avons le projet d’étendre le site de méthanisation : nous prévoyons de doubler la puissance de notre installation. Comme amélioration, nous souhaitons également assécher le digestat. Nous pensons aussi à la possibilité de chauffer des serres maraîchères par exemple. Et puis à plus long terme, nous réfléchissonsà notre succession, à l’installation de la génération suivante. Et c’est une étape qui demande de la préparation.

Comment vos activités sont-elles perçues?

Nous communiquons beaucoup sur nos activités, à destination de tous publics. Nous voulons montrer aux gens ce que nous faisons et comment nous le faisons. Nous poursuivons les visites de nos installations (déjà plus de 2000 visiteurs), en priorité à destination des jeunes et futurs exploitants. Mais en fait, nous sommes surpris que la méthanisation ne se développe pas plus en France : s’il existait vraiment un engouement des politiques, des agriculteurs et des organisations agricoles, il serait possible d’avoir certaines zones autonomes en énergie, le Grand Ouest par exemple. Il est dommage d’avoir des bassins de production et ne pas s’en servir. L’Allemagne a utilisé la méthanisation pour subventionner indirectement son agriculture ; alors qu’en France il n’y a pas la même volonté de développer cette énergie.

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