Vétérinaires en colère : les cabinets fermés le 6 novembre

Catherine Perrot

Dans leur pratique, les vétérinaires ont une éthique et un engagement fort. D’ailleurs, les éleveurs savent que  le week-end, il est plus facile de faire venir un vétérinaire qu’un médecin !
Dans leur pratique, les vétérinaires ont une éthique et un engagement fort. D’ailleurs, les éleveurs savent que le week-end, il est plus facile de faire venir un vétérinaire qu’un médecin !

Une disposition de l’avant-projet de loi d’avenir de l’agriculture restreint la capacité des vétérinaires à prescrire certains antibiotiques. Ces professionnels de la santé animale le prennent comme un affront.

Les vétérinaires n’ont guère l’habitude de faire grève. Encore moins de manifester. Et pourtant, mercredi 6 novembre, un très grand nombre d’entre eux fermeront leur cabinet (seules les urgences seront assurées), et monteront à Paris pour une manifestation nationale qui les conduira devant le ministère de la Santé.

Car c’est bien contre ce ministère que la Profession est remontée : celui-ci a en effet introduit, sur l’avant-projet de loi d’avenir et de modernisation agricole, une modification de dernière minute, qui leur interdit la délivrance d’antibiotiques d’importance critique (1).

Daniel Gadbled, vétérinaire à Nort-sur-Erdre et président du SDVEL 44 (2), en est presque abasourdi : « Sur ce sujet, depuis l’organisation des états généraux du sanitaire, il y a deux ans, nous avions fait un travail de concertation avec le ministère de l’Agriculture ». Pour éviter tout risque de « sur prescription » de ces antibiotiques, les vétérinaires s’étaient engagés sur deux points. D’une part, ne prendre aucun bénéfice sur ces médicaments : ne les facturer que 15 % de plus de ce qu’ils les achètent (soit, juste le coût de leur distribution) ; d’autre part, accepter un encadrement administratif de leurs prescriptions.

« Nous sommes tout à fait conscients du problème de l’antibiorésistance en médecine humaine », poursuit Daniel Gadbled, même si des études montrent que la responsabilité de la médecine vétérinaire serait assez faible (environ 3 %), comparé à la médecine humaine (notamment, de certains pays où les antibiotiques sont en vente libre). Preuve de leur bonne volonté : depuis 5 ans, à l’échelle nationale, les prescriptions d’antibiotiques des vétérinaires ont diminué de 33 %.

« Nous ressentons cette disposition comme une injustice, comme un manque de con­fiance non mérité ». D’autant plus que ce n’est pas le premier affront que la Profession reçoit du ministère de la Santé : en 2011, Roselyne Bachelot avait soutenu que les vétérinaires n’étaient pas des professionnels de santé. Qu’elle ait oublié la lutte de jadis contre la tuberculose bovine, ou la brucellose, cela pourrait se comprendre, mais comment passer sous silence le rôle des vétérinaires dans la détection de l’ESB, de l’influenza aviaire, de la rage ? « Notre maillage territorial, notre rôle de sentinelles sanitaires est reconnu au niveau international » rappelle Daniel Gadbled.

Dans ce climat de manque de confiance en leur professionnalisme, les vétérinaires ont désormais peur qu’on leur retire toute la pharmacie vétérinaire. Or, d’une part, ils sont formés pour cela (alors que les pharmaciens ne le sont pas !), d’autre part, l’équilibre financier de leurs cabinets repose effectivement en partie sur cette pharmacie. Sans elle, le maillage territorial, et la continuité des soins, si précieux pour les éleveurs, pourrait être remis en cause, tout comme le seraient certains emplois. Les vétérinaires espèrent que la manifestation du 6 novembre saura faire entendre leur bonne foi. Mais dans le cas contraire, ils n’excluent pas de durcir leur mouvement.

) Les fluoroquinolones et les cephalosporines de 3e et 4e générations, qui présentent des risques de générer des antibiorésistances en médecine humaine.
(2) Syndicat départemental des vétérinaires d’exercice libéral.

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