Volatilité : mieux la comprendre pour mieux s’y adapter

Catherine Bigouin, chargée d’études et Pierre Passemard, conseiller d’entreprise

Volatilité : mieux la comprendre pour mieux s’y adapter

Qu’il s’agisse de ventes ou d’achats, que l’on passe d’une vision internationale au vécu de l’entreprise agricole de production, la volatilité des prix constitue un facteur économique incontournable à mesurer critère par critère.

Volatilité : mieux la comprendre pour mieux s’y adapter

Une volatilité plus forte sur les matières premières produites ou consommées dans l’exploitation

En Europe, depuis 2007, les prix agricoles on constate une variabilité court terme et une variabilité à moyen terme.

• À court terme : entre 2006 et 2011, les prix des productions ont pu augmenter de 100 à 150 voire 200 %, tandis que l’indice INSEE à la consommation sur les produits fi nis variait très faiblement en comparaison, de 2,8 % en 2008 à 0,1 % en 2009 avec un indice moyen de 1,60 %.

• À moyen terme : sur ces cinq dernières années, les courbes tous produits confondus suivent la même tendance en vague (cf schémas).

Un impact direct

La variation de la production touche plus directement l’entreprise qu’un pourcentage, même important, sur un poste de charge. Par exemple, ces trois dernières années, et toutes productions confondues, le revenu agricole moyen de l’échantillon CERFRANCE Tarn a varié entre 1 et 15 % du produit total (avec aides) : c’est la répercussion directe de la fluctuation des productions.

Plusieurs facteurs peuvent déterminer la volatilité :

1 - La météo et les changements climatiques : le temps qu’il fait impacte directement les niveaux de production et donc l’offre sur un marché juste à l’équilibre (“weather market”). Ainsi, entre novembre 2010 et novembre 2011, le prix des céréales a baissé de 9 %, en lien avec une reprise des productions sur la Mer Noire qui a impacté particulièrement le blé (dont le prix a baissé de 16 %). Mais quel impact aura le gel de cet hiver ? Par ailleurs, la capacité de stockage d’une production atténue sa sensibilité aux variations court terme et exerce une régulation en cas de surproduction. La spéculation sur les marchés et cotations des matières premières agricoles a comme indicateur, après la récolte, le niveau de stock.

2 - Le prix de l’énergie. Une hausse des produits pétroliers en grandes cultures se répercutent sur plusieurs postes  : mise en culture, récolte, stockage, transport... Au total, cela produit "un effet domino". Les produits pétroliers sur douze mois (jusqu'en novembre 2011) ont augmenté de 15,8%, donc l'énergie a augmenté globalement de 22,7% et les engrais de 16,4 %. Nos sociétés fortement basées fortement sur le pétrole marquent une sensibilité à sa consommation et à son prix qui augmente toujours. On parle même d'"effet ciseaux" s'il se cumule avec une variation du taux de change défavorable (euro en baisse par rapport au dollar).

3 - La capacité de résistance d’un secteur : plus une production est indépendante d’un critère de production ou de la concurrence, moins elle sera sensible aux fluctuations. C’est le cas d’un produit différencié comme le Roquefort, qui bénéficie d’une AOP. A contrario, la faible résistance du marché du porc est fortement liée à l’énergie et au poste aliment. L’aliment représentant 50 à 60 % du montant des charges, une hausse de 15 % sur les aliments entraîne une hausse de 7,5 % sur les charges ! Cette sensibilité entraîne également des effets négatifs sur l’ensemble de la filière, comme le souligne une enquête de l’Institut Français du Porc (IFP) : frein au renouvellement des dirigeants d’exploitation, bâtiments anciens, mise aux normes difficile, recherche et développement sous dotée… Enfin, la capacité de résistance d’un secteur peut aussi s’évaluer sur la possible substitution d’un produit par un autre. Si le prix du porc augmente trop, le consommateur se reporte sur de la volaille ou du veau.

Parades : préférez le sur-mesure !

Pour savoir s’il existe une progression réelle de la demande et connaître son niveau de solvabilité, l’information sur les marchés et la cohérence de la politique de production de l’exploitation sont essentielles. La volatilité à moyen et long terme tient davantage à des critères structurels : type de produit,
taux de change, taux d’intérêts, technicité, différenciation. En gestion, on est sur une notion de seuils. La volatilité à court terme pourra être plus atténuée grâce à une stratégie de gestion des risques : contractualisation, assurances, marché de dégagement, association de produits, progression vers l’aval. La mise en place d’un cycle de production-transformation au sein de l’exploitation est une piste de résistance, à adapter avec vigilance à son exploitation et à sa stratégie. Plus ce cycle est intégré, plus on crée de la valeur ajoutée et moins on s’expose à la volatilité.

Autre option : diversifier les productions, ce qui permet de s’éloigner d’une sensibilité à court terme (un assolement annuel basé sur 5 à 6 productions entraîne une rotation sur 5 à 6 ans en grandes cultures). Dans tous les cas, la connaissance détaillée des prix et coûts de revient constitue le tableau de bord d’identification ou de validation des enjeux pour l’entreprise. Un fonds de roulement en accord avec le cycle de production, la trésorerie avec un nombre suffisant de jours d’avance sont des enjeux majeurs pour la sauvegarde de la santé financière de l’entreprise.

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