2015-2016, une période à haut risque ?

Annick Conté - Réussir Lait Janvier 2013

2015-2016, une période à haut risque ?
Elevage laitier avec robot de traite aux Pays-Bas. © A. Conté

Toute la question est de savoir à quel rythme la production laitière européenne se développera au lendemain de la suppression des quotas. Brutalement ou progressivement.

Quelle sera la production laitière européenne après la fin des quotas ? Comment se développera-t-elle ? Aurons-nous une progression régulière étalée sur dix ans ou une augmentation brutale ? Autant une croissance progressive, même de 20 millions de tonnes d’ici 2025 (ce qui ferait une hausse de 1,25 % par an) pourrait être absorbée par les marchés, autant on risque de rencontrer de gros problèmes de valorisation si, dès la campagne 2015-2016, la production augmentait de 5-6 millions de tonnes. « Même si la demande mondiale est forte, il n’est pas sûr du tout que l’on puisse absorber le choc, affirme Benoît Rouyer, chef du service économie du Cniel, notamment si l’on se retrouve dans une situation exceptionnelle de production comme en 2011 sans aucun aléa climatique mondial. » Le risque est réel, comme l’a de façon imagée résumé Catherine Lascurettes, directrice de l’Irish Farmers association lors d’une journée économique organisée par le Cniel : « nous allons nous retrouver au 1er avril 2015 dans la situation d’un conducteur coincé pendant une heure sur une départementale derrière un camion, et qui arrive sur une quatre voies. La tentation est grande d’appuyer brutalement sur l’accélérateur ».
C’est pour faire prendre conscience de ce risque et de l’importance d’échelonner les investissements que le Cniel a invité le 21 novembre dernier les représentants de quatre pays laitiers parmi les plus dynamiques - l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas mais aussi la France - à s’exprimer sur leurs perspectives de production.

L’Irlande maintient son objectif de 50 %

C’est certainement en Irlande que l’on risque d’avoir le développement le plus débridé. Le gouvernement et toute la filière maintiennent leur objectif de 50 % d’augmentation de la production laitière d’ici 2020. L’Irlande, avec une production de 5,5 millions de tonnes de lait, « dépasse son quota depuis onze ans. Elle a un réel potentiel », affirme Catherine Lascurettes. Son principal atout : son coût de production, même si son système herbager est sensible aux aléas climatiques (comme cette année). Catherine Lascurettes ne cache pas que tout n’est pas rose : le coût du foncier est astronomique (21 500 €/ha), l’accès au crédit difficile, la production est très saisonnière (avec des écarts mensuels allant de 1 à 7) avec une forte proportion de produits industriels… Si, à long terme, l’objectif de 50 % lui semble accessible, d’ici 2020 une hausse de l’ordre de 25 à 35 % lui paraît plus réaliste. En tout cas, « les effectifs de génisses ont déjà augmenté sensiblement » dans les élevages irlandais. Et « les producteurs et les entreprises sont sur la même longueur d’onde ». Comme toutes les grandes coopératives d’Europe du Nord, Glambia et Dairy Gold ont fait des enquêtes auprès de leurs producteurs sur leurs intentions de production pour planifier leurs investissements. Elles ont annoncé respectivement 180 et 150 millions d’euros d’investissements pour des projets de deux tours de séchage échelonnés dans le temps. La première phase est en cours, le timing pour la deuxième tour de séchage sera donné par les enquêtes producteurs à venir.

Concurrence du biogaz et export pour l’Allemagne

En Allemagne, si la production augmente depuis 2006, « la croissance s’est ralentie au second semestre 2012 », a souligné Udo Folgart, président des producteurs de lait du DBV. Il s’attend à une faible augmentation d’ici 2020, de l’ordre de 1 à 2 millions de tonnes pour une production nationale de 30,2 millions de tonnes, soit « moins de 0,5 % par an ». Notamment à cause de la concurrence du biogaz sur les terres à maïs. « Les quotas n’ont déjà aujourd’hui plus d’importance, estime-t-il, car il y a toujours une partie des producteurs qui ne produisent pas assez ». Du fait de ses problèmes démographiques, et donc de son marché intérieur en régression, l’Allemagne mise à fond sur l’export qui écoule déjà 46 % de sa production. « Il y a un consensus pour l’augmenter », a-t-il insisté. Les exportations de fromages (et de poudre) progressent en 2012, notamment vers l’Italie, les Pays-Bas et la Russie.

Pour les Pays-Bas « tout dépendra du marché »

Quant aux Pays-Bas, le frein aux velléités d’expansion des producteurs et des industriels pourrait venir des contraintes environnementales et sociétales. « La société est très critique par rapport au bien-être animal, a développé Laas Johan Osinga, conseiller du LTO. Nous avons même des représentants d’un parti du bien-être animal à notre Parlement ! » Tout dépendra donc de la capacité de la filière à négocier ses contraintes. Les éleveurs et l’industrie laitière travaillent main dans la main et se sont fixé des objectifs : réduire les émissions de GES de 30 % en 2020, réduire l’utilisation d’antibiotiques, améliorer la longévité, préserver du pâturage en été, améliorer l’utilisation du phosphore, réduire l’émission d’ammoniac… Selon Laas Johan Osinga, les Pays-Bas, qui produisent 11,8 millions de tonnes par an, pourraient augmenter leur production de « 1 à 2 millions de tonnes ». Dans quel délai ? « Tout dépendra du marché », répond-il. La coopérative Friesland Campina, qui transforme 10 milliards de litres, a mené une enquête auprès de ses producteurs et s’attend à collecter un milliard de litres supplémentaires. Toute la question est de savoir si ce milliard de litres sera produit très vite ou non après la fin des quotas.

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