A l'étranger : Les éleveurs laitiers anglais visent l'économie à tout prix

Costie Pruilh

Pour bien vivre du lait avec le prix le plus faible de l'Union européenne à 15, des éleveurs du Sud-Ouest de l'Angleterre misent sur un système économe de type néo-zélandais.

Le prix du lait britannique est un des plus faibles d'Europe. Cela s'explique par un fort
déséquilibre du partage de la valeur ajoutée, en faveur de la grande distribution. « Ce sont
en fait les quatre grosses chaînes de supermarchés qui fixent le prix du lait anglais. Les transformateurs ne sont plus qu'un prestataire de service de la grande distribution,
expliquent les auteurs de la présentation sur les systèmes herbagers britanniques(1), lors
de la journée AFPF (Association française pour la production fourragère) d'octobre dernier.
En outre, les outils de transformation anglais sont dépassés. Les entreprises n'investissent
plus dans la recherche d'innovations, et restent sur des produits à faible valeur ajoutée (lait
de consommation pasteurisé). »

Les exploitants anglais cherchent à réduire au maximum leurs charges de structure. Ils n'ont pas le choix pour dégager du revenu. (F. Mechekour)

Les exploitants anglais cherchent à réduire au maximum leurs charges de structure. Ils n'ont pas le choix pour dégager du revenu. (F. Mechekour)

Charges de structure comprimées

Avec un faible prix du lait, une absence de soutien politique… la motivation n'y est plus, et le
nombre d'éleveurs laitiers s'est réduit de moitié en dix ans. « Le lait s'est délocalisé vers les
zones où le coût de production est le plus bas grâce à la valorisation de l'herbe : Sud-
Ouest, Pays de Galles, Irlande du Nord. Et cette tendance devrait se poursuivre. »
Pour vivre du lait, les exploitations laitières restantes ont misé sur la quantité : 800 000 litres
de quota en moyenne. Et « pour s'en sortir, elles investissent très peu ; ce qui se traduit par
un faible taux d'endettement et des frais financiers réduits. Mais, du coup, le parc bâtiment
est vieillissant ; quasiment aucune étable neuve n'a été construite depuis 1990 », indiquent
les auteurs.





Cette stratégie « low cost » permet aux élevages anglais de dégager un des revenus par
UTA les plus élevés dans les principaux bassins européens : 29 000 euros par UTA. Mais
ce revenu ne contente pas les éleveurs anglais, dans un pays au niveau de vie élevé.
Côté système fourrager, les systèmes les plus couramment rencontrés dans le Sud-Ouest
de l'Angleterre ne sont pas économes. « Ces élevages reposent sur l'herbe, mais avec des
vêlages d'automne ou étalés. Le niveau de ration de base est faible à cause de la qualité
souvent médiocre de l'ensilage d'herbe, récolté exclusivement par entreprise. Pour
atteindre un rendement laitier moyen de 7 130 kg de lait par vache et par an, les éleveurs
ajoutent 1,5 à 2 tonnes de concentré par vache, et pratiquent une fertilisation azotée
importante pour l'ensilage et pour le pâturage. »




Pour rester durablement éleveurs laitiers, « certains se sont engagés dans une démarche
de valorisation maximale du pâturage, « à la néo-zélandaise », reposant sur une forte
technicité dans la gestion de l'herbe et l'introduction du RGA-TB, ainsi que des fourrages
hivernaux — colza, betterave, navette fourragère… Les vêlages sont calés sur la saison
de pâturage. Le système repose sur 250 jours de pâturage seul. Les vaches sont
majoritairement croisées Holstein-Jersiaise ou Rouges suédoises, et sont conduites avec
peu ou pas de concentrés. Ces élevages très économes se sont regroupés en un réseau
nommé « Pasture to profit, P2P », conseillés par des techniciens néo-zélandais établis en
Grande Bretagne, comme Tom Philipps », développe Valérie Brocard, de l'Institut de
l'élevage, un des auteurs de la présentation.

Spécialisation laitière renforcée

Enfin, le problème numéro un en Angleterre est la main-d'oeuvre. La moitié des chefs
d'exploitation ont plus de 60 ans. Ils ont du mal à transmettre leur exploitation. La main-
d'oeuvre familiale est réduite, et le recours aux salariés est important (un tiers des actifs
agricoles). « Or, les éleveurs sont confrontés à une pénurie de main-d'oeuvre, à cause de
la mauvaise image du métier, des conditions de travail difficiles et de la rémunération jugée
trop faible (12 euros de l'heure). La priorité est donc donnée à l'amélioration de la
productivité du travail, et les investissements sont centrés sur la salle et le matériel de
traite. Le robot n'est toutefois pas adapté à ces grands troupeaux (plus de 100 vaches) sur
système pâturant. Les éleveurs anglais externalisent le maximum de tâches auprès
d'entreprises agricoles et de voisin : semis, traitement, épandage, voire même l'élevage des
génisses. »
Les auteurs de l'étude estiment que l'avenir de la production laitière anglaise repose sur les
choix de la distribution. Cherchera-t-elle uniquement des prix bas, ou fera -t-elle émerger
des gammes de produits « made in England » mieux valorisés ?


(1) Valérie Brocard - Institut de l'élevage ; Luc Delaby - Inra de Rennes ; Jean-Marc Seuret -
pôle herbivore des chambres d'agriculture de Bretagne ; Tom Philipps - réseau « Pasture to
profit ».

Source Réussir Lait Elevage Décembre 2008

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