À la découverte de six élevages bio irlandais

Costie Pruilh - Réussir Lait Mai 2013

À la découverte  de six élevages bio irlandais
« Le croisement et ce qu’il apporte en rusticité a intéressé plus d’une personne dans le groupe ! », souligne Yves Jan, éleveur du groupe Ceta avenir bio. © S. Lehuger - Ceta 35 - Avenir Bio

On ne compte que vingt-cinq élevages laitiers bio en Irlande. L’image verte à conserver, une demande internationale croissante... pourraient asseoir une filière biologique.

Chiffres clés

À la découverte  de six élevages bio irlandais
Malgré leur modernisation à l’occasion de la mise aux normes, les bâtiments d'élevage irlandais restent très simples. © S. Lehuger - Ceta 35 - Avenir bio

En Irlande
• 19 000 exploitations laitières (78 000 en France)
• 5,5 milliards de litres de lait collectés (24,6 milliards en France)
• 0,1 % du lait est bio en Irlande (1,3 % en France)
Chiffres 2011

L’Irlande ne produit que  5 millions de litres de lait bio. Et encore, la plupart des produits laitiers biologiques partent à l’export. La demande intérieure est très faible. Les Irlandais n’accordent pas une grande importance à la distinction biologique. Par contre, ils vendent l’image verte de l’Irlande dans les îles britanniques et au-delà, où il y a une diaspora irlandaise et britannique (Amérique du Nord notamment). La production laitière biologique pourrait aussi se développer sous l’impulsion d’une attente des consommateurs citoyens pour une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Cette exigence pourrait naître d’une qualité des eaux qui se dégrade. Côté production, la bio entre dans les programmes de formation  agricole. Ce tout petit créneau pourrait donc amorcer sa croissance à moyen terme.

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Ici, un mélange de navet, colza et choux fourragers, implanté entre deux prairies dans la rotation. © V. Mellet - Ceta 35 - Avenir bio

Tous les systèmes, du tout herbe au robot

Une dizaine d’éleveurs bio de la Fédération des Ceta d’Ille-et-Vilaine sont allés rendre visite à six éleveurs bio irlandais, au début du mois d’octobre 2012. « Nous avons vu tous les systèmes. Michael élève 60 vaches « multicolores » (croisement de races anciennes à 4 500 l/vache/an) de façon très extensive. Elles passent tout l’hiver dehors, sur les parcelles les plus drainantes. Le seul bâtiment vaches laitières est un box de vêlage. James Howard nourrit ses vaches lui aussi exclusivement à l’herbe. Declan ne fait pas pâturer : il affourage en vert et fait de l’enrubannage. Il souligne que l’herbe est ainsi plus facile à exploiter, il gagne en rendement, et n’a plus de clôtures à faire. Selon lui, pour être efficace, il faut choisir : pâturage ou herbe conservée. Sean affiche 60 000 euros de revenu disponible. Il valorise des navets, choux et colza fourrager en complément d’enrubannage pour ses génisses. Il souligne l’intérêt agronomique à insérer des crucifères dans la rotation avec une prairie ray-grass et trèfle. Brendan s’est lancé dans le bio pour pouvoir produire plus de lait. Il a obtenu 250 000 litres de rallonge de quota car ses collègues en bio ne produisent pas tout leur quota. En tout, il produit 800 000 litres avec 100 vaches Irish frisonne, c’est-à-dire Prim’Holstein, en race pure, ce qui est rare en Irlande. Il est équipé : deux robots de traite, une mélangeuse, un DAL. Il complémente la ration des vaches avec du blé et du soja. Son revenu disponible est d’environ 25 000 euros », brosse Yves Jan, éleveur du groupe Ceta avenir bio.

Le climat est plus humide et moins lumineux

« Les six exploitations que nous avons visitées se situent à l’Ouest de l’Irlande, entre Limerick et Galway. Les conditions climatiques y sont plus difficiles que dans l’Est, avec davantage de précipitations et moins de luminosité. Les éleveurs trouvent que depuis dix ans le climat change. Mais en plus humide, moins lumineux et plus frais l’été. Les sols gorgés d’eau, avec des petits lacs qui se créent aux pieds des collines, réduisent la surface à pâturer. La forte pluviométrie gène les épandages. La hausse du coût des concentrés et de la paille est une autre conséquence », détaille Yves Jan. Quand ils récoltent l’herbe, les éleveurs font de l’ensilage et de l’enrubannage. Heureusement, les sols sont fertiles et drainant, le sous-sol étant calcaire. Le rendement de l’herbe est régulièrement de plus de 15 t MS/ha. « Nous avons vu quelques parcelles de céréales, mais certains n’avaient toujours pas récolté le 5 octobre. Deux champs de maïs ont pu être récoltés quelques semaines après notre départ. »

Les conditions de travail sont rudes

Le groupe a retenu de son voyage des éleveurs passionnés, qui arrivent à vivre de la bio en Irlande. Il y a peu de main-d’œuvre, pas de Cuma, mais un réseau d’entreprises de travaux agricoles, à qui ils délèguent facilement le sursemis, l’enrubannage… pour se concentrer sur les vaches et la gestion de l’herbe.
« En France, on s’est habitués à travailler dans le confort », a réagi un des éleveurs du groupe, marqué par les conditions de travail rudes. « Ils ont très peu de bâtiments, très simples, même si au moins trois d’entre eux ont bénéficié d’aides pour faire un nouveau bâtiment vaches laitières. Pour les vaches, ce sont des aires paillées, mais avec peu de paille (par souci d’économie), et la litière est raclée une fois par an. Les salles de traite sont vieillottes, à simple équipement. Ils ne sont pénalisés sur les cellules qu’à partir de 400 000 cellules par millilitre (procédure suspension de collecte), contrairement à la France, où à partir de 250 000 cellules on a des pénalités financières », rappelle Yves Jan. Par contre, le capital est dans les terres : 15 000 à 20 000 €/ha !

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