A La Réunion, une mini-filière lait qui se développe

Thierry Joly - Réussir Lait Février 2012

A La Réunion, une mini-filière lait qui se développe
Sur les Hauts, le soleil, en une journée, peut laisser vite place à la pluie ou au brouillard. Et, sur l’année, les extrêmes vont du gel hivernal aux températures tropicales l’été. © T. Joly

Les éleveurs réunionnais, confrontés à des conditions climatiques extrêmes, couvrent environ 30 % de la demande des transformateurs de l’île. Un accroissement de 50 % de la production est attendu d’ici dix ans.

Chiffres clés

A La Réunion, une mini-filière lait qui se développe

• 84 exploitations• 3200 vaches• 1800 ha de SAU• 19,8 millions de litres produits par an• 230 000 litres produits par exploitation• 40 000 tonnes de poudre de lait importées par an• 833 000 habitants• 2512 km2 (équivalent aux Yvelines)• Coût de la vie : +6,2 % par rapport à la métropole (+37 % pour l’alimentation)Sica 2010

Encouragée par les Pouvoirs publics, la mise en place d’une filière lait à La Réunion n’a débuté qu’en 1962 et s’est inscrite dans un cadre plus large : l’aménagement des Hauts de l’île. Il a toutefois fallu attendre le début des années 1980 pour voir un réel essor du nombre d’élevages, car tout était à faire : créer des routes d’accès, relier ces zones au réseau électrique et amener l’eau courante ou aménager des retenues collinaires. Certains éleveurs ont même dû dépierrer leurs parcelles pour les rendre plus accessibles aux vaches, car la roche volcanique n’est au mieux recouverte que par 10 à 20 cm de terre.
« Pour cette raison, il faut bien gérer les prairies afin de ne pas avoir de sols nus quand arrive la saison des pluies, sinon ils sont lessivés », souligne Yves Evenat, directeur de la Sica Lait, la coopérative qui regroupe et chapeaute la filière à travers plusieurs fonctions. Tout d’abord, elle procure un appui technique aux éleveurs, assure la distribution de matériels de traite et de récoltes de fourrage, et est propriétaire des tanks réfrigérés installés dans les exploitations. Par ailleurs, elle possède un atelier de 650-700 génisses, constitué de petits veaux femelles achetés aux éleveurs, et revendues à ceux qui en ont besoin à l’âge de 6-7 mois.

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La Sica exige désormais que les éleveurs qui s’installent aient un bâtiment pour les bêtes. © T. Joly

Des troupeaux d’une dizaine à 90 vaches

Bien entendu, la Sica collecte le lait, en général trois fois par semaine, et vend celui-ci à deux entreprises : la Compagnie laitière des Mascareignes, qui fabrique des produits frais et du lait — sous marques Yoplait et Candia ainsi que sous des marques locales — et des fromages, et la Société Réunionnaise Laitière, franchisée de Danone, qui ne fait que des yaourts et des desserts. Enfin, la Sica gère six magasins verts.
De formes juridiques diverses (Gaec, EARL, SCEA,…) et associant souvent père et fils, les exploitations sont pour 90 % spécialisées. Si elles disposent toutes, ou presque, d’une salle de traite, généralement 2x4 ou 2x5, seules quelques-unes comptent décrocheurs et DAC. « Vu notre isolement, nous privilégions les installations simples, faciles à entretenir ou à réparer ».
Les troupeaux vont d’une dizaine à 90 vaches, pour 90 % des Holsteins, plus des Brunes des Alpes et quelques Montbéliardes. Inséminées artificiellement avec des semences importées (France, Canada, États-Unis, Italie,..), elles ont été plus sélectionnées sur la morphologie et l’adaptation aux conditions locales que sur le rendement. Les bêtes donnent en moyenne 6 200 litres de lait par lactation avec un pic de productivité en octobre-novembre, au cœur de la saison sèche quand l’herbe est pourtant la moins bonne. « Mais comme il y a moins d’humidité, que les sols sont plus porteurs, elles ont moins de problèmes de pieds, de mammites, de parasites et de maladies », explique Yves Evenat. Très extrême, avec du gel en hiver et des températures tropicales les mois les plus chauds, le climat est par ailleurs très changeant. À tel point que Valentin Grandin, à la tête d’une exploitation de 70 vaches, dont 60 en lactation, ne met ses bêtes dans les prés qu’entre 10 heures et 14 heures les jours où il fait beau.
Comme dans les autres fermes, la base de l’alimentation est donc constituée d’enrubannages de balles rondes. « Ce sont de petits chantiers faciles à interrompre si la pluie survient, alors que l’ensilage requiert de grosses quantités », explique Valentin Grandin, qui réalise cinq à huit fauches par an, foin compris. Mais des périodes de sécheresse ne sont pas exclues, et en 2011 la Sica a dû importer 600 tonnes de luzerne sèche d’Espagne. Distribuée en stabulation libre, cette alimentation est complétée par des tourteaux et des concentrés fabriqués localement à partir de matières premières importées.
Les élevages se trouvent tous à plus de 800 mètres d’altitude, et pour 80 % entre 1 000 et 1 600 mètres. Ils sont répartis entre quatre secteurs : la plaine des Cafres, le plus important avec 66 % de la production, situé au centre de l’île, comme la plaine des Palmistes, les Hauts de l’Ouest, où il y a un regain d’activité, et les Hauts de Saint Joseph, au Sud, où la tendance est à la baisse. « Là plus qu’ailleurs, il y a eu des cessations d’activité et des éleveurs ont raté l’opportunité de se moderniser, de s’agrandir, entre autres faute des autorisations nécessaires, note Yves Evenat. Car l’aménagement des Hauts a ouvert la voie à la création de zones résidentielles avec lesquelles nous sommes désormais en concurrence pour l’eau et l’espace. »

80 % des élevages entre 1000 et 1600 mètres d’altitude

Conséquence, durant les dernières années, la production a légèrement régressé. Le prix du lait est pourtant très attractif, à 55 centimes du litre ! « Il est établi selon une convention qui prend en compte des éléments du marché, mais avec des limites haute et basse, et nous n’avons pas connu de forte baisse comme en métropole. Notre insularité fait que la seule concurrence est la poudre de lait », explique Yves Evenat. Un facteur qui devrait favoriser la relance programmée de la production.

Des financements européens spécifiques

. Lors des États généraux de l’Outre-Mer, qui ont fait suite aux mouvements sociaux de 2009, il a été décidé de développer les productions agricoles locales dans les DOM-TOM pour lutter contre le chômage et la vie chère en partie due aux importations. Ceci avec des financements européens Poséi (Programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité).
. Dans ce cadre, la filière lait réunionnaise a établi un projet Défi (Développement élevages filières interprofessions) qui prévoit d’augmenter la production de 50 % d’ici dix ans par une quarantaine d’installations, de reprises et d’agrandissements. « Cinq sont déjà prévues pour 2012. Nous avons des jeunes disposant de foncier, bien formés et issus du milieu prêts à se lancer », précise Yves Evenat. Il faut dire qu’un métier d’avenir avec un revenu attractif est aujourd’hui une opportunité à saisir dans l’île, où le taux de chômage avoisine 30 % et atteint 60 % chez les jeunes.

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