AOP : Les entreprises “soupe au lait” font s'indigner les producteurs

R. Saint-André

Malgré la pression des syndicats de producteurs, les transformateurs refusent de reverser davantage que le minimum : 30 euros/1 000 litres, au titre de la CVO.

Dans cette affaire, l'État a un rôle de médiateur. Témoin du désaccord entre les producteurs et les transformateurs, le représentant de l'État qu'est Paul Mourier, préfet du Cantal, est clair : “L'État considère que la demande des producteurs est fondée ; les éléments économiques de l'année 2009 relatifs aux AOP permettent de reverser 70 euros par 1 000 litres aux éleveurs engagés dans la démarche”. Un argument de poids dans ce conflit en faveur des producteurs. À l'appel de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs, ces derniers ont une nouvelle fois fait savoir aux entreprises coopératives ou privées qu'ils ne seraient pas prêts à lâcher le morceau. C'était notamment le cas ce jeudi à Riom, où les producteurs ont pu s'entretenir avec les dirigeants de l'usine Lactalis (voir en pages locales). Ce même jeudi matin, une bonne vingtaine de producteurs étaient aussi devant l'usine LFO/3A de Saint-Mamet. Ils ont demandé audience auprès des responsables professionnels de la coopérative. Par téléphone, ils ont pu joindre le président Loustau depuis un bureau de l'entreprise.

Chacun campe sur ses positions

“Nous lui avons demandé pourquoi ils restaient sur la base de 30 euros, alors que l'ensemble des entreprises a engrangé 24 millions d'euros d'une plus-value qui nous revient et redistribué 9 millions au titre de l'année 2009. Reste un delta de plus de 15 millions d'euros”, résume la délégation de producteurs au sortir de ce rendez-vous. Dans sa réponse, le président de 3A rappelle qu'il est à l'origine de la décision majeure de mettre en place une prime AOP de 30 euros, l'annonçant dès novembre 2008 et résultant sur l'accord de mars 2009. “Les grincheux pensent que ce n'est pas assez et qu'il aurait fallu faire plus, les mêmes qui n'ont rien fait pendant 30 ans...” Jean-Louis Loustau estime qu'il ne “casse pas” l'accord qui prévoit une clause si les conditions sont réunies pour augmenter la CVO. “Car compte-tenu de l'état du marché, il n'y a pas lieu de la revaloriser au risque de mettre en péril les outils”, affirme-t-il en appuyant son propos sur un chiffre : en maintenant les prix en 2009, l'entreprise a perdu 1 000 tonnes de marché AOP cantal. “Et si on augmente le prix, on perd encore des volumes”, poursuit le président du groupe coopératif, convaincu que “la crise n'est pas finie et arrive au niveau des ménages”. Les actionnaires de LFO partagent cette analyse. Afin de justifier encore la situation de l'entreprise, le président Loustau ajoute que les AOP ne sont “qu'un petit marché” et que l'ensemble des productions ont été touchées par la récession économique. En outre, selon lui, les producteurs doivent pouvoir compter sur des jours meilleurs dès cette année, avec un prix global du lait qui devrait augmenter dès le second semestre ou encore une “prime montagne” revalorisée…

 

Impatience

Néanmoins, il précise que, malgré la conjoncture sombre qu'il dresse pour les transformateurs, “3A continuera d'appliquer l'accord et à payer 30 euros pour 1 000 litres en 2010”. Quant au constat que dresse le représentant de l'État, Jean-Louis Loustau le regrette : “Le préfet sait très bien ce qui se passe. Son rôle est de maintenir la paix sociale”. Le président finit par craindre que vole en éclat un accord collectif. “Si c'était le cas, nous ne nous occuperions que de nos producteurs. Ce serait dommage d'en arriver là”, conclut-il. En restant sur ses positions, comme le fait de son côté l'entreprise Lactalis également visitée, le président de 3A suscite l'agacement des producteurs qui promettent de multiplier les actions. “Nous sommes venus pour discuter. Si cela ne doit pas aboutir, nous allons réfléchir à d'autres formes d'actions”, promettent la FDSEA et les JA, sans forcément attendre la rencontre entre Jean-Louis Loustau, président de 3 A et Jacques Chazalet, président de la FRSEA Massif-central est programmée mardi 18 mai à Aurillac, les producteurs avouent leur impatience.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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