Avortements des ruminants. Un diagnostic direct facilité grâce à la CRSSA

Dr Didier GUERIN

Avortements des ruminants. Un diagnostic direct facilité grâce à la CRSSA

CRSSA Limousin avortements => L’apparition d’avortements dans un élevage entraîne des interrogations auxquelles il convient de répondre par un plan d’action raisonné. La CRSSA Limousin va permettre de renforcer l’utilisation du diagnostic direct.

Les avortements sont des pathologies anciennes et persistantes. Tous les élevages sont concernés, 2% des femelles avortent chaque année. Mais, en présence de causes infectieuses, parasitaires, alimentaires… des avortements en série peuvent apparaître avec des conséquences économiques toujours préjudiciables, voire considérables.

Les causes infectieuses et parasitaires, les plus redoutables

Parmi toutes ces causes, celles d’origine infectieuse (bactérienne ou virale) ou parasitaire (toxoplasmose, néosporose…) sont les plus redoutables car contagieuses et douées d’un grand pouvoir d’expansion intra et inter élevage, souvent difficiles à combattre (échecs thérapeutiques), persistantes par le biais d’animaux porteurs asymptomatiques et excréteurs et parfois transmissibles à l’homme comme la brucellose, la chlamydiose, la fièvre Q, la listériose, la toxoplasmose… Certaines sont surtout dangereuses pour la femme enceinte et les personnes présentant un déficit immunitaire.

Le recours au laboratoire, un passage obligé pour assurer le diagnostic étiologique

Connaître la cause d’une épidémie est indispensable pour mettre en place la thérapeutique curative adaptée et pour élaborer la stratégie préventive adéquate. Avec les avortements, les manifestations cliniques et les caractéristiques épidémiologiques ne sont jamais suffisamment spécifiques pour permettre de porter un diagnostic sûr. Au mieux ces éléments peuvent orienter vers une suspicion mais le recours au laboratoire est toujours un passage obligé pour assurer le diagnostic étiologique. Les examens de laboratoire font appel à des méthodes directes avec recherche de l’agent causal ou indirectes avec recherche des anticorps (cf. encadré « Conduite à tenir lors de tout avortement »).

Avortements des ruminants. Un diagnostic direct facilité grâce à la CRSSA

Un diagnostic direct à renforcer, d’où l’implication de la Caisse Régionale de Solidarité Santé Animale (CRSSA)

Ces dernières années, de nouveaux outils de diagnostic direct (PCR) ont été mis à disposition. Leur pleine utilisation demande une méthodologie et un coût abordable. C’est dans cet objectif que le Conseil d’Administration du GRASL a décidé de consacrer la CRSSA, partie régionale du fonds mis en place lors de l’épisode fièvre catarrhale, au diagnostic direct des avortements dans les élevages bovins, ovins et caprins. Ce projet, fruit d’une concertation régionale entre les Groupements Techniques Vétérinaires, les Laboratoires Départementaux d’Analyses et les Groupements de Défense Sanitaire, est maintenant disponible. Il consiste en la mise à disposition d’un kit PCR pour plusieurs maladies, adapté à chaque espèce, avec une prise en charge de 75% (cf. tableau « CRSSA – Kit diagnostic direct avortements ruminants »). En cas de nécessité de recherches sérologiques complémentaires, le plan régional « maladies émergentes » permet la poursuite de la prise en charge de 50% des frais d’analyses et de la visite vétérinaire de mise en place du plan de lutte et de prévention.

En conclusion, une approche sanitaire et raisonnée

L’application d’un protocole « avortements répétés » donne des résultats « favorables » dans plus de 60% des cas. La réalisation d’un diagnostic direct adéquat multiplie par quatre le nombre de chances d’obtenir un résultat de certitude. Mais n’oublions pas que l’impact global d’une épidémie de maladies abortives sera fonction de l’application des mesures sanitaires résumées dans l’encadré « Conduite à tenir lors de tout avortement ».

Avortements des ruminants. Un diagnostic direct facilité grâce à la CRSSA

Conduite à tenir lors de tout avortement Conduite à tenir lors de tout avortement

1)L’isolement impératif de l’avortée, de l’avorton et du placenta.

La 1ère phase de conseils initiaux peut paraître symbolique. Elle s’avère cependant essentielle quant à l’importance potentielle de l’épidémie que l’on risque d’observer au sein du troupeau. Dès la constatation d’un avortement et le plus rapidement possible, il sera isolé de façon systématique, l’avortée, l’avorton et le placenta expulsé (en prenant les mesures d’hygiène nécessaires). En élevage ovin, on ne fera pas adopter des agneaux bien portants à des brebis avortées. Cela représente les premières dispositions à prendre pour éviter la contamination des congénères étant donné la forte charge infectieuse que peuvent présenter ces éléments et ainsi limiter la contamination du cheptel.

2)Le contrôle de l’eau et de l’alimentation

La qualité de l’eau et de l’alimentation (ensilages mal conservés et contaminés par des rats, aliments avec des moisissures) s’avère primordiale car elles peuvent être de formidables relais de contamination, notamment en matière de contamination bactérienne.

3)Le recueil des commémoratifs

Le recueil des commémoratifs est indispensable même si parfois l’exploitation en est décevante. Les objectifs sont de définir la nature des avortements dans l’exploitation, de recueillir des renseignements cliniques (stade d’avortement) et épidémiologiques (lot concerné, mouvement d’animaux, signes particuliers) permettant d’orienter les recherches. Le calcul du taux d’avortement permet de se situer par rapport aux seuils d’alerte de chaque espèce (cf. tableau « Avortements – Seuils d’intervention »).

4)La prescription des analyses

Les grands principes retenus face à un épisode d’avortements répétés sont les suivants :•Rechercher l’agent pathogène sur l’avortée et/ou l’avorton dans la mesure où, pour l’agent concerné, il est admis ou démontré que l’excrétion est concomitante de l’avortement. C’est l’objet de cette action mise en place dans le cadre de la CRSSA du Limousin avec une méthodologie définie du prélèvement aux analyses.•Rechercher les anticorps chez les avortées depuis plus 15 jours. L’échantillon pourra être complété par les mères de mort-nés et des femelles ayant présenté des troubles de la reproduction compatibles avec l’intervention de l’agent pathogène. Dans tous les cas, les prélèvements devront être identifiés et acheminés rapidement (idéalement moins de 24 heures), dans un emballage étanche, sous couvert du froid et avec une fiche d’accompagnement.

5)L’interprétation des résultats

Les résultats d’analyses ne donnent pas forcément « la » réponse : l’interprétation doit être faite de façon rigoureuse en tenant compte de la nature du prélèvement, du contexte… Les phases prescription – interprétation s’avèrent donc primordiales. Seuls, un choix rigoureux des animaux prélevés, des prélèvements, une prescription méthodique, une rigueur dans l’interprétation des résultats permettent de poser sinon un diagnostic de certitude, au moins un diagnostic de forte présomption, ou, et cela est loin d’être négligeable, d’éliminer certaines causes.6)Le “ plan de prévention ”, quelles suites ?Les suites à donner seront fonction du diagnostic mais également d’autres critères pour l’utilisation d’une politique basée sur la mise en place des seules mesures sanitaires ou associées à des mesures médicales (vaccinations, antibiotiques…) voire utilisant seulement des mesures médicales.

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