Biomasse énergie : Dix logements chauffés grâce à un entretien durable de haies

Franck Mechekour

Depuis 2006, l'association Haiecobois, créée par des agriculteurs de la Manche et soutenue par la FDCuma, valorise des haies bocagères. Un vrai projet durable et rentable.

Quand l'intérêt d'une commune rurale rejoint celui des agriculteurs pour le bien de tous :
cette formule résume plutôt bien la démarche initiée en 2003 par Henri-Paul Tressel, maire
de la commune de Saint Samson-de-Bonfossé, dans la Manche, et directeur de la FDCuma
(lire article page 153). Cette initiative, bâtie sur des motivations environnementales et
économiques, s'est concrétisée durant l'hiver 2006 par le chauffage d'un lotissement HLM à
l'aide d'une chaudière à bois déchiqueté.
En effet, le projet de Henri-Paul Tressel a eu un certain écho auprès d'agriculteurs
sensibles à la fois à l'entretien et à la valorisation de leurs haies bocagères. Ces derniers
ont assisté à des démonstrations de chantiers de déchiquetage et ont bénéficié de
l'expérience de l'association bretonne Aile et d'agriculteurs du sud Manche.






Le lotissement HLM avec, à droite, le local abritant la chaudière à bois d'une capacité de 85 kwatts. Quelque 40 tonnes de plaquettes ont été brûlées l'année dernière. (F. Mechekour)

Le lotissement HLM avec, à droite, le local abritant la chaudière à bois d'une capacité de 85 kwatts. Quelque 40 tonnes de plaquettes ont été brûlées l'année dernière. (F. Mechekour)

Près de 53 000 km de haies

Forts de cette expérience, une dizaine d'éleveurs ont fondé en février 2006 une association
dénommée Haiecobois. Cette dernière a la charge de la production et de la livraison des
plaquettes de bois. « Le cahier des charges prévoit que les agriculteurs s'engagent à
entretenir durablement leurs haies. Les plaquettes ne doivent pas provenir de la destruction
d'une haie », insiste Virginie Hervieux, animatrice de la FDCuma de la Manche et de
l'association Haiecobois.
Avec « près de 53 000 km de haies productives », la Manche est sur ce critère « le premier
département de France », souligne avec satisfaction Virginie. L'association contrôle les
stocks et garantit la qualité du bois livré. Pour limiter les déplacements dans tout le
département, le site de production de plaquettes doit s'inscrire dans un rayon de 20 km
autour du lieu d'utilisation. Autrement dit, sur les soixante agriculteurs adhérant actuellement
à l'association, seule une dizaine d'entre-eux sont directement concernés par
l'approvisionnement de la chaudière à bois de la commune de Saint Samson-de-Bonfossé.





Un revenu complémentaire

« Avant, on entretenait les haies avec des lamiers. Mais le bois n'était pas valorisé. C'était
vraiment du gaspillage. Et l'entretien représentait une charge », souligne Stéphane Germain,
producteur laitier en Gaec à Quibou (trois associés, 550 000 litres de lait) et administrateur
de l'association Haiecobois. Le Gaec dispose d'une surface de 160 hectares et d'environ
25 km de haies. « Nous devrions valoriser à peu près deux kilomètres de haie par an avec
une rotation sur dix à quinze ans suivant la nature de la haie. »
Lors de l'exercice 2007-2008, la tonne de plaquettes sèches livrées a été rémunérée 90
euros hors taxes par l'association. « Cela couvre la main-d'oeuvre et les frais de matériel »,
souligne Virginie Hervieux. « On ne fait pas une marge énorme, mais c'est un revenu
complémentaire. Deux kilomètres de haie représentent un potentiel d'environ 100 tonnes de
bois secs. Par ailleurs, même si nous n'exploitions pas le bois, la charge pour l'entretien de
la haie serait toujours là », explique Stéphane.




Seuls les noisetiers, frênes, saules et épines sont déchiquetés. « Nous conservons les
chênes et les cerisiers. » Un chantier bois déchiqueté est moins gourmand en main-
d'oeuvre que le bois bûches et permet de valoriser le petit bois qui était le plus souvent
brûlé. « Cela augmente le rendement d'environ 30 %. » Le bois déchiqueté était jusqu'ici
stocké chez les agriculteurs. Mais la communauté de commune va mettre à disposition de
l'association des infrastructures pour stocker le bois.
La Cuma départementale Ecovaloris ayant un nombre suffisant d'adhérents, a investi en
mars dernier dans une déchiqueteuse à grappin en complément de ses deux
déchiqueteuses manuelles. Selon le niveau d'organisation du chantier, cette nouvelle
déchiqueteuse a un rendement d'environ 35 m3 par heure.



Chantier de déchiquetage. Depuis mars 2008, la Cuma a investi dans une déchiqueteuse à grappin permettant d'accélérer la vitesse de chantier et de diminuer la main-d'oeuvre. (DR)

Chantier de déchiquetage. Depuis mars 2008, la Cuma a investi dans une déchiqueteuse à grappin permettant d'accélérer la vitesse de chantier et de diminuer la main-d'oeuvre. (DR)

 

Environnement et biodiversité

« La machine accepte des morceaux de bois jusqu'à 40 centimètres de diamètre. » Le
chantier ne peut fonctionner qu'avec le chauffeur de la Cuma. Un forfait de déplacement de
40 euros est facturé aux agriculteurs puis 200 euros par heure.
Outre les aspects économiques, l'environnement, la biodiversité, la beauté du paysage et la
conservation du bocage sont des mots qui ont encore un sens pour Stéphane Germain. «
C'est notre environnement de tous les jours. Et je regrette que certains agriculteurs, et
notamment des jeunes installés, ne prennent pas pleinement conscience de l'utilité de
conserver des talus et des haies », souligne l'éleveur. Ce type d'initiative se développera
d'autant plus que le bois déchiqueté trouvera des débouchés. « Notre priorité est de
valoriser le bois par le chauffage. Pour l'instant, seuls 40 % du bois déchiqueté par
Haiecobois dans tout le département partent en chauffage. Le reste est vendu pour le
paillage de massifs ornementaux ou comme litière », commente Virginie Hervieux.
L'installation de chaudière à bois fait des émules dans des communes voisines de Saint
Samson-de-Bonfossé et dans d'autres départements. Dans un contexte de flambée des
prix des énergies fossile et électrique, tout laisse à penser que la valorisation des haies par
le chauffage va connaître un fort développement.


Source Réussir Lait Elevage Octobre 2008

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