Blocages philosophiques au pays des AOP d’Auvergne

Patricia Olivieri

Alors que l’AOP cantal s’apprête à fêter les cinq ans de son nouveau décret, le principe d’une valorisation équitable des AOP d’Auvergne est menacé.

 Blocages philosophiques au pays des AOP d’Auvergne

 

Pour le cinquième anniversaire du décret qui l’a sans doute sauvé de la déchéance, l’AOP cantal aurait pu rêver meilleure gratification. À quelques jours seulement de la date de péremption de la validité de la cotisation volontaire obligatoire (CVO), l’avenir est en effet des plus incertains quant à la suite qui sera donnée ou non à ce dispositif au cœur de l’accord cadre de 2009. En cause, dénonce aujourd’hui la FRSEA Massif central : l’attitude des entreprises. Rappel des épisodes précédents : début 2009, sous la pression des producteurs, un accord cadre “pour une meilleure valorisation des quatre fromages AOC d’Auvergne (bleu d’Auvergne, cantal, fourme d’Ambert, saint-nectaire laitier)” est signé par les trois familles de la filière : producteurs, transformateurs et affineurs - coopérateurs et privés - sous l’égide du préfet du Cantal. Le principe de la CVO est acté : prélevée sur chaque kilo de fromage commercialisé, elle servira d’une part à revaloriser le lait équitablement entre les producteurs engagés et entre les entreprises ; d’autre part au financement de campagnes promotionnelles. Fixé à 30 € / 1 000 litres les deux premières années (2009 et 2010), son montant s’élève à 40 € en 2011, l’objectif fixé par l’accord étant d’atteindre au plus tard en 2015 une plus-value de 70 €/tonne.

Les vertus du Canada dry

“Globalement, même s’il y a eu des accrochages, ces trois années se sont déroulées conformément à l’accord”, analyse aujourd’hui Michel Lacoste, responsable du dossier des AOC à la FRSEA Massif central. En juillet dernier, les acteurs de la filière - réunis à l’invitation du préfet - s’accordent unanimement pour demander la prorogation - jusqu’en 2015 - du dispositif, déjà prolongé à titre exceptionnel par l’État jusque fin février 2012. C’est ce qu’ils rediront trois mois plus tard à Matignon devant le chargé agricole du Premier ministre, les représentants du ministère de l’Agriculture et de la DGCCRF. Impossible cependant de pérenniser cette cotisation sans s’exposer aux foudres bruxelloises. Le gouvernement s’engage néanmoins à accompagner la filière des AOP d’Auvergne et à construire un système ayant les mêmes effets que la CVO. Promesse tenue : “Début février, le ministère et la DGCCRF nous ont rendu le fruit de leur travail, explique Michel Lacoste. Ils proposent un système qui est pour nous un “Canada dry” de la CVO. Le montage juridique, compatible avec les règles de la concurrence, donc pérenne, est différent mais cette mécanique permettra à la fois un paiement mutualisé entre tous les producteurs sous la forme d’une prime AOP plutôt portée par les transformateurs et, en parallèle, d’appeler une cotisation séparée pour la communication. Pour nous producteurs, c’est très satisfaisant et nous tenons à souligner l’investissement de l’administration pour aboutir à ce projet.”

Rendez-vous le 9 mars

 Un projet peut-être trop beau justement... Puisque contre toute attente, les deux autres familles de la filière, industriels et coopératives, font savoir dans la foulée qu’elles ne souhaitent pas s’engager dans la démarche proposée. Pourquoi ? “Pour des raisons que je qualifierais d’abord de philosophiques, estime le représentant de la FRSEA. Jusqu’à présent, la CVO était appelée par l’interprofession, le Crielal. Dans le schéma ministériel, le relais serait pris par une association de producteurs ou de groupements de producteurs, ce dont ne veulent pas entendre parler les entreprises alors même que c’est l’évolution des choses et du Paquet lait adopté par Bruxelles.” Le syndicaliste y voit une seconde explication : “Les entreprises se sont quasi unanimement positionnées contre la mutualisation de la prime AOC alors que c’est ce qui s’est fait ces trois dernières années et que c’est ce qui est inscrit dans l’accord cadre. Une fois de plus, les entreprises ne respectent pas leur parole - même celle donnée à Matignon - ni les engagements pris contractuellement. C’est malheureusement courant dans le monde laitier”, fustige Michel Lacoste qui regrette cette fois “le regard passif de l’État”. La suite ? Un nouveau rendez-vous a été fixé par le préfet aux protagonistes du dossier le 9 mars sachant que ces derniers se réuniront en amont pour trouver une position commune. Un vrai défi selon Michel Lacoste pour qui le fossé entre les positions des uns et des autres “est très très grand”. Aussi, la FRSEA appelle les producteurs à se mobiliser pour exprimer leur souhait auprès des structures syndicales, “et à mettre la pression sur l’État et les entreprises”. En cas d’échec, le gâteau d’anniversaire de l’AOP cantal le 7 mars aura, c’est sûr, un goût bien amer.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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