Chili : Une filière laitière ultra libérale

Amélie Villette

La production laitière chilienne est marquée par de fortes inégalités entre quelques grands propriétaires terriens et les petits paysans. L'absence de protections aux frontières la rend de plus très sensible aux aléas du cours mondial.

Coincé entre l'océan Pacifique et la cordillère des Andes, le Chili est actuellement la première économie d'Amérique du Sud. Avec 4000 km de long pour une largeur moyenne de 150 km, il a l'avantage de posséder une grande variété de climats et de reliefs. La production laitière est concentrée dans le Sud du pays, où le niveau de précipitation est compris entre 2000 et 4000 mm. « L'élevage chilien est fortement sectorisé entre de grandes exploitations capitalistes, étendues sur plusieurs milliers d'hectares, des exploitations moyennes, d'une centaine d'hectares, et des exploitations très modestes, de superficie inférieure à 50 hectares, ces dernières étant les plus nombreuses », explique Mélanie Lignon, envoyée par le CER France Orne en volontariat international au Centro de Gestion Empresarial de Rio Bueno, une des principales régions de production.
Les grandes exploitations sont un héritage des haciendas de la colonisation et appartiennent aux « grandes familles » du Chili. « Si beaucoup d'entres elles ont été démantelées lors des réformes agraires des années 1970, ces dernières ont tourné court après le coup d'état du général Pinochet, et les grands propriétaires terriens ont réussi à récupérer la quasi-totalité de leurs terres. Ces propriétaires investissent en agriculture, comme ils investissent dans des hôtels ou des usines. Le fonds agricole est généralement administré par un agronome, avec l'aide d'un comptable, de secrétaires, de chefs de personnel et d'ouvriers agricoles », détaille-t-elle.
Avec plusieurs centaines à un millier de vaches, principalement de race Prim'Holstein, ils suivent le plus possible l'exemple néo-zélandais. Les prairies permanentes, bien fertilisées, sont pâturées et récoltées pour l'hiver sous forme de foin ou ensilage. Avoine, colza, navets ou choux fourragers sont aussi semés pour être pâturés. Les vaches reçoivent un complément concentré et atteignent ainsi de hauts niveaux de production, supérieurs à 10 000 kg de lait par an.

Les petits paysans n'ont pas de capital ni d'accès au crédit pour investir dans du matériel de traite performant. (M. Lignon)

Les petits paysans n'ont pas de capital ni d'accès au crédit pour investir dans du matériel de traite performant. (M. Lignon)

Un prix très bas et volatil pour les petites exploitations

Sur les petites exploitations, le travail est réalisé par le propriétaire et sa famille, qui pratiquent une agriculture d'autoconsommation dont seuls les excédents sont vendus. Le troupeau laitier est composé d'une à plusieurs dizaines de vaches de race mixte Overo negro ou Colorado, au pâturage toute l'année avec un chargement assez élevé (1,4 UGB/ha). Ces éleveurs n'ont généralement pas accès au crédit pour investir dans du matériel, ni au service des entrepreneurs agricoles, qui refusent de se déplacer pour travailler de si petites surfaces, ce qui rend difficiles les récoltes de fourrages. Les rendements laitiers sont donc faibles : 2500 l/vache/an. « Comme ils peuvent rarement investir dans un tank à lait, ils traient en bidon, et c'est la coopérative qui passe ramasser les bidons tous les matins pour les verser dans son tank. La qualité et donc le prix du lait se ressentent beaucoup de cette réfrigération tardive du lait, et rares sont maintenant les usines qui acceptent encore ce type de lait. » Les coopératives vendent donc à des fromageries locales à un prix très bas et très volatil. Cette agriculture familiale paysanne représente environ 25 % des terres agricoles et contribue à presque 30 % de la valeur totale de la production du secteur.
Entre ces deux extrêmes, on trouve des élevages « moyens » où les propriétaires s'occupent des animaux avec l'aide d'ouvriers agricoles, car cette main-d'oeuvre est très bon marché (230 €/mois).

Pas de stabulation : dans les petites exploitations, les vaches restent à l'herbe toute l'année. (M. Lignon)

Pas de stabulation : dans les petites exploitations, les vaches restent à l'herbe toute l'année. (M. Lignon)

 

Des programmes publics d'aide à l'agriculture familiale

Conscient de la nécessité de maintenir la production des éleveurs plus fragiles, le ministère de l'Agriculture a développé de nombreux programmes d'aide à l'agriculture familiale, proposant du conseil technique et de gestion, des crédits à taux bonifiés et des subventions pour la fertilisation des sols, l'achat de semences ou les investissements productifs. « Ces petits élevages sont donc aujourd'hui de plus en plus efficaces, mais doivent affronter trois problématiques importantes : l'absence dans le privé de crédit aux éleveurs, la transmission des terres provoquant la division des exploitations et la concurrence de poudres de lait ou de fromages venant des pays où les agriculteurs bénéficient de subventions (Europe, États-Unis ou Argentine) », conclut Mélanie Lignon.

 

Dans le cas des grands fonds agricoles, les vaches logent l'hiver dans des stabulations, consomment de l'ensilage et sont traites trois fois par jour. (M. Lignon)

Dans le cas des grands fonds agricoles, les vaches logent l'hiver dans des stabulations, consomment de l'ensilage et sont traites trois fois par jour. (M. Lignon)

 

Source Réussir Lait Juillet-Août 2010

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