Cinq ans pour mieux connaître les acides gras et les protéines du lait

Anne-Marie Paulais - Réussir Lait janvier 2013

Cinq ans pour mieux connaître les acides gras et les protéines du lait
Analyse du lait : mesure du taux de matière grasse et du taux de protéine. © C. Pruilh

Phénofinlait. La filière laitière a rendu publics le 28 novembre dernier les résultats d’un important programme de recherches sur la composition fine du lait.

Chiffres clés

De fin 2009 à fin 2010, la collecte des données a concerné 20 000 femelles laitières vaches, brebis, chèvres de plus de 1500 élevages dont 70 en agriculture biologique, localisés dans 26 départements. Parmi eux, 1224 élevages de vaches laitières permettant 445 000 analyses de lait, le génotypage d’environ 8000 femelles et 6650 enquêtes alimentation constituant de fait une base de données exceptionnelle.

Face à un consommateur de plus en plus préoccupé par les questions de santé et dans un environnement international de plus en plus concurrentiel, la filière laitière a investi 4 millions d’euros dans un important programme de recherches conduit pendant cinq ans : Phénofinlait. L’enjeu est d’accéder à une connaissance plus fine de la composition du lait et notamment des acides gras ainsi que de six lactoprotéines majeures, de mesurer l’impact des conditions d’élevage et notamment de l’alimentation, ainsi que les effets de la génétique pour mieux orienter le conseil en élevage. Pour Koenraad Duhem, directeur scientifique de l’Institut de l’élevage : « On a besoin de passer de méthodes de gestion quantitatives à des méthodes qualitatives de précision ».
Ce ne sera pas le moindre des acquis d’avoir mis autour de la table l’ensemble des acteurs des filières laitières bovine, ovine et caprine : le Centre national de l’économie laitière (Cniel), France génétique élevage (FGE), l’Inra et l’Institut de l’élevage. Au total, plus de 45 organismes de terrain ont été impliqués. Le financement a été assuré par des fonds professionnels, interprofessionnels et publics. Pour Patrick Ramet, éleveur et président de la commission sciences et techniques de l’élevage du Cniel : « Phénofinlait est riche par les connaissances scientifiques créées mais également par les outils qu’il offre à la filière : analyse en routine de la composition fine du lait en acides gras et protéines, génotypage des femelles laitières afin de constituer une première population de référence pour construire des index génomiques sur ces caractères, enrichissement du conseil en élevage. »

45 organismes impliqués dans le programme

L’un des objectifs de Phénofinlait était la recherche d’une méthode d’analyse utilisable à grande échelle et en routine par tous les laboratoire d’analyse du lait. C’est la spectrométrie dans le moyen infrarouge (MIR) qui a été retenue. Elle permet d’estimer entre 10 et 25 acides gras et de 4 à 6 protéines avec une bonne fiabilité.

Entre 15 et 45 % des différences d’origine génétique

Sans surprise, Phénofinlait a confirmé l’influence de l’alimentation sur la composition du lait. Ainsi, au pâturage, les vaches produisent un lait moins riche en acides gras insaturés (dont l’acide palmitique) qu’avec du foin ou de l’ensilage de maïs, l’ensilage d’herbe donnant un profil intermédiaire. Le lait est généralement moins riche en acides gras saturés en début de lactation qu’à 3-4 mois, puis la teneur diminue au profit des acides gras insaturés.
Enfin, entre 15 et 45 % des différences entre les laits seraient d’origine génétique. Une sélection ciblée sur un type d’acides gras : saturés, mono insaturés, polyinsaturés devrait donc permettre de moduler la composition du lait. Cependant, du fait des liaisons entre les caractères, une sélection en faveur de la production laitière ou en défaveur du TB risque d’augmenter le taux d’acides gras insaturés dans la matière grasse laitière.
Demain, selon les besoins des filières laitières, la base de données constituée pourra être mobilisée pour des études sur les teneurs en minéraux et notamment en calcium, en lactose, sur la structure de la matière grasse ou encore sur des indicateurs de l’état de santé de l’animal. Phénofinlait a démontré que la composition fine du lait pouvait être orientée à la fois par la conduite d’élevage et par la génétique, mais c’est bien évidemment la politique de prix qui décidera de la mise en application de ces résultats sur le terrain.

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