Crise du lait : Demain, qui va produire ? », demande un agriculteur nordiste

A cause de la crise du lait, « les jeunes agriculteurs reportent leur installation (..) car ils n'ont aucune perspective d'avenir », estime un producteur du Pas-de-Calais bien implanté mais qui subit lui-même la crise.

Philippe Dassonneville, 49 ans, qui produit du lait depuis 1985, est fier de son exploitation de 35 hectares, dans le petit village de Tilques (Pas-de-Calais), et de ses vaches, une trentaine de Prim'Holstein, qui lui donnent chaque année 280.000 litres de lait.

Mais ce trésorier de l'ADPL (Association départementale des producteurs de lait, affilié à la FDSEA) se montre inquiet pour la relève, à cause de la fourchette du prix du lait, entre 262 et 280 euros la tonne, fixée par un accord signé le 3 juin dernier. Si 2007 et 2008 ont été « de bonnes années », en 2009, « on ne gagne plus notre vie », explique-t-il.

Selon l'agriculteur, le coût de production de 1.000 litres de lait s'élève à 260 euros, hors salaire. « Quand on est jeune agriculteur, ou quand on a comme moi 25 ans d'installation, on n'a pas les mêmes annuités. Mon coup de production est un peu en-dessous, celui d'un jeune beaucoup plus haut », souligne-t-il. « A 280 euros (contre 346 euros l'année précédente), un jeune n'arrive même plus à payer ses emprunts ». « Demain, qui va poursuivre la production laitière ? », s'interroge-t-il.

Arnold Colin, 19 ans, stagiaire d'un lycée agricole voisin, confie entre deux traites, se poser « beaucoup de questions : Si aujourd'hui, mon maître de stage me proposait de reprendre son exploitation, est-ce que ce ne serait pas un cadeau empoisonné ? ».

« L'accord du 3 juin prévoit que toutes les familles de la filière se mettent autour d'une table: transformateurs, producteurs, et boites privées. Il faudrait aussi que la grande distribution se mette à table pour fixer un prix du lait qui permette à tout le monde de gagner sa vie. », estime M. Dassonneville. Par contre, il ne fera pas la grève du lait, comme le suggère l'Association des producteurs de lait indépendants (Apli). Brandir la menace d'un tel mouvement est pour lui une bonne façon d'alerter l'opinion, mais n'aura aucun impact sur le cours du lait, dont la baisse en
2009 va lui faire perdre 18.000 euros d'une année sur l'autre.

Du coup, Philippe Dassonneville « tire sur les charges » et a dû réduire les portions de soja qui constituent la ration de ses bêtes, quitte à ce qu'elles produisent un peu moins. A terme, il envisage une « diversification » et a déjà construit des boxes à chevaux, pour « prendre des pensions ». « Aujourd'hui, on demande aux producteurs de lait de faire attention à l'environnement, de donner une traçabilité aux consommateurs la plus large possible et après ça, il faut qu'on soit compétitif par rapport à un prix mondial. Il y a un moment, il faut savoir ce qu'on veut aussi », conclut-il.

Source AFP

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