Cultures, maïs, prairies : Des coûts de production passés à la loupe en groupe

Emeline Bignon

En Loire-Atlantique, différents exploitants ont analysé et comparé leurs coûts de production en céréales et cultures fourragères. Une initiative de la coopérative Terrena pour faire des économies à bon escient.

Connaissez-vous du tac au tac votre coût de revient pour produire une tonne de blé, de maïs ou d'herbe ? « Voilà une question à laquelle peu d'éleveurs savent répondre, constate Bertrand Pinel, du service agronomie de la coopérative Terrena. Pourtant, il est crucial d'avoir une idée précise de ses coûts de production pour piloter son exploitation dans un contexte de prix de plus en plus mouvant. »
Depuis deux ans, Terrena a commencé à travailler avec différents groupes d'exploitants pour analyser leurs coûts de production en blé, et plus récemment aussi en cultures fourragères. L'intérêt pour les éleveurs est de bien identifier les points forts et points faibles de leur système en se comparant les uns aux autres et d'identifier les leviers pour optimiser ces coûts.
« Ce travail est riche d'enseignements, poursuit le technicien. En blé par exemple, les groupes affichent des coûts de revient moyens en 2008 de 155 €/tMS. Ils se révèlent souvent plus élevés que ce qu'imaginaient les exploitants au départ. Le fait de se situer par rapport à des repères leur permet de mieux palper l'impact de telle ou telle décision culturale. » Le coût de production calculé correspond à l'ensemble des charges ramenées au rendement. Il intègre à la fois les charges opérationnelles liées aux intrants et les charges de structure telles que la mécanisation, la main-d'oeuvre, les fermages, la MSA, etc.

155 € pour produire une tonne de blé

Toute la question est ensuite de trouver comment réduire ce coût. Pour Bertrand Pinel, « le rendement est un facteur primordial pour la rentabilité des cultures. En blé, nous avons observé que les exploitants qui affichent les meilleurs coûts de production sont aussi ceux qui présentent les meilleurs niveaux de rendement. Une différence de cinq quintaux en moyenne par hectare ne paraît pas énorme, mais peut parfois plomber un coût de production ! » En fait, toute incidence sur le rendement entraîne un moindre amortissement des charges fixes de l'exploitation. « Attention aux fausses économies, comme par exemple le passage aux techniques culturales sans labour s'il n'assure pas un bon lit de semences ! Ou encore à l'économie d'un passage de fongicide en cas de risque important. »
De même, le technicien rappelle qu'il faut investir dans la parcelle en fonction de son potentiel. « Selon les conditions climatiques et la pression vis-à-vis des maladies et ravageurs, les éleveurs doivent chercher à piloter le niveau d'intrants et le nombre de passages en fonction du rendement escompté sur chaque parcelle, quitte à changer ses habitudes en termes d'itinéraire cultural d'une année sur l'autre. L'important est de trouver le juste équilibre entre ce que l'on investit et le rendement que l'on en retire. »

Les réunions de groupe permettent aux exploitants de comparer leurs pratiques. Chacun peut ainsi se situer poste par poste et identifier les points à améliorer. (E. Bignon)

Les réunions de groupe permettent aux exploitants de comparer leurs pratiques. Chacun peut ainsi se situer poste par poste et identifier les points à améliorer. (E. Bignon)

 

Investir selon le potentiel de la parcelle

D'après les calculs réalisés, le coût de production du blé tourne autour de 160 € par tonne en moyenne, avec des différences de plus de 100 € par tonne entre les exploitations ! « Ces variations s'expliquent surtout par des écarts de rendement supérieurs à 30 quintaux par hectare sur des exploitations semblables au niveau pédoclimatique. Le coût des intrants représente 38 % du coût de production et la mécanisation 31 %. » L'analyse est similaire en maïs fourrage. Selon les exploitations, ce coût de production peut passer du simple au double (de 70 à 140 €/t). Sur un coût moyen de 1 020 €/ha (et 80 €/t), la mécanisation occupe le premier poste de charges (34 %). « Ce qui ressort nettement des calculs, c'est que le coût de production ne se trouve pas corrélé à la charge d'intrants à l'hectare. En effet, pour des investissements techniques identiques, les coûts de production se montrent très variables, analyse Bertrand Pinel. Par contre, on observe que les éleveurs dont les coûts de production sont les plus faibles présentent aussi les coûts de mécanisation les moins élevés à l'hectare. Et vice versa. » Et de poursuivre : « en élevage, on trouve beaucoup trop de tracteurs à 300 heures par an ! Quand on sait qu'ils sont rentabilisés à partir de 700 heures annuelles, cela donne à réfléchir… »

Le technicien conseille d'adapter son parc matériel à ses besoins en optimisant davantage le nombre de chevaux par hectare. Autre levier : le travail du sol, qui peut permettre des économies en jouant aussi bien sur la profondeur travaillée que le nombre de passages.

Diluer les charges fixes sur les prairies

« Nous avons été surpris par le coût de production des prairies fauchées. Avec un rendement moyen de 7,3 tonnes de matière sèche par hectare, il atteint 104 € la tonne. Ce qui se révèle plus élevé que celui du maïs fourrage (80 € par tonne) ! » Ceci s'explique par le niveau de charges fixes. Elles représentent plus de 80 % du coût de production total ; la moitié concerne la mécanisation, l'autre moitié le fermage, la MSA, la main-d'oeuvre, etc. Les exploitations qui présentent les coûts les plus bas se distinguent par de bons rendements (8-10 tMS/ha). « Le rendement est important pour l'amortissement des charges engagées dans la prairie, mais également le nombre d'années d'exploitation de la prairie. » Un apport suffisant de fertilisants et d'amendements calcaires, surtout lorsque la prairie est fauchée à plusieurs reprises, est aussi une pratique relevée dans les élevages aux coûts de production les moins élevés.

 

Source Réussir Lait Elevage Novembre 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires