Damien Bastard*, président de l'OS « Les races alpines réunies » : L'Abondance est fière d'être la quatrième race laitière en France »

Propos recueillis par Franck Mechekour

Quatrième race laitière française en effectifs contrôlés, la race Abondance compte rester dans le carré d'as en s'appuyant sur ses atouts : rusticité et lait de qualité valorisé en fromages AOC.

Comment évoluent les effectifs de la race ?

Damien Bastard - Il y a environ 50 000 vaches de race Abondance en France. Nos effectifs au contrôle laitier ont légèrement progressé avec près de 19 500 lactations corrigées en 2008. Cela fait de l'Abondance la quatrième race laitière en France et nous allons tout faire pour conserver cette place. Environ 50 % des vaches sont présentes en Haute-Savoie, mais la race gagne du terrain en Savoie (25 %) et dans le Massif central (15 %).

Damien Bastard : « Notre principal défi est d'augmenter le nombre de troupeaux en race pure. »

Damien Bastard : « Notre principal défi est d'augmenter le nombre de troupeaux en race pure. »

Comment expliquez-vous cette progression ?

D. B. - Dans les massifs montagneux, les éleveurs recherchent des animaux à la fois productifs et fiables en termes de fertilité et de qualité des aplombs. Par ailleurs, c'est une race à vocation fromagère (AOC reblochon, abondance, tome des Bauges, beaufort…) avec un rapport TB/TP de 1,12 et des comptages cellulaires faibles. Les résultats du contrôle laitier montrent que les deux tiers des comptages cellulaires sont inférieurs à 300 000 cellules en race Abondance contre une moyenne nationale de 31 %. Le niveau de production est de 5991 kg de lait (lactation corrigée) à 37 de TB et 33,1 de TP. On peut dire que nous avons la vache des « 35 heures » parce qu'elle produit du lait de qualité sans poser trop de soucis aux éleveurs. Nous sommes très vigilants pour conserver ces qualités dans nos objectifs de sélection.

Quel est le principal point faible de la race ?

D. B. - C'est le pourcentage de troupeau en race pure (35 %). Sur 1 276 troupeaux, seulement 450 sont en race pure. Ils représentent par contre 60 % des résultats du contrôle laitier. Augmenter le pourcentage d'élevages en race pure est un grand challenge pour nous. La taille de la population est parfois une source de difficultés pour trouver rapidement des animaux avec de bons pedigrees pour répondre à la demande d'éleveurs qui, comme les jeunes installés, bénéficient d'une attribution de quota.
En Haute-Savoie où la place dans les bâtiments et la surface sont souvent limitées, la meilleure façon de dynamiser l'élevage de génisses pour répondre à la demande est de créer une filière dynamique et bien organisée. Nous allons nous y employer.

Pourquoi avoir créé un organisme de sélection à trois races ?

D. B. - Nous avons effectivement créé un organisme de sélection avec les races Villard-de-Lans et Hérens avec une entité commune, les Alpes, mais tout en conservant les caractéristiques de chacune des races. Nous sommes très attachés au concept de race-produit-territoire. L'organisme commun permet de dynamiser le développement des trois races. Nous sommes montés ensemble au Salon international de l'agriculture. Cela a permis de diminuer les coûts de participation tout en créant une ambiance et une dynamique très forte. Les trois races étaient également présentes lors de notre concours spécial qui s'est déroulé à Megève les 25 et 26 avril derniers.

Pourquoi la Tarentaise est-elle absente de l'organisme de sélection ?

D. B. - Nous avons eu de nombreuses discussions en 2008 avec l'Upra Tarentaise. Notre objectif à l'époque était de créer un organisme-entreprise de sélection (OES) regroupant également les schémas de sélection tout en conservant les particularités de chaque race. Mais nos divergences de points de vue n'ont pas permis de faire aboutir le projet. Cela se fera peut-être un jour.

Que pensez-vous de la sélection génomique ?

D. B. - Nous sommes très demandeurs parce que c'est un moyen d'accélérer le progrès génétique. Malheureusement, cette technologie n'est pas encore disponible pour les races qui ne disposent pas de grands effectifs. On le regrette mais cela devrait évoluer dans les prochaines années.

* Damien Bastard est associé en Gaec avec son épouse et sa mère en Haute-Savoie. L'exploitation a un site pour l'été, sur le plateau des Glières, et pour l'hiver au Grand-Bornand. Le quota de 300 000 litres est produit par une soixante d'Abondance. Tout le lait est transformé sur l'exploitation en reblochon fermier. L'élevage des veaux est externalisé. Les génisses sont récupérées lorsqu'elles sont prêtes à vêler.

Source Réussir Lait Elevage Mai 2009

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