Danemark : les limites de la substitution capital-travail

Annick Conté - Réussir Lait Décembre 2011

Danemark : les limites de la substitution capital-travail
Les exploitations laitières danoises sont lourdement endettées, en moyenne 2 millions d’euros, avec des étables neuves à 7 à 8000 €/vache. © C. Perrot

La forte efficacité productive des Danois est incontestable. Mais ils ont été rattrapés en 2008-2009 par leur modèle de financement « acrobatique ».

Un système qui avait permis de faire passer les exploitations danoises en peu de temps de troupeaux de 40 Rouges danoises au pâturage et en étables entravées à des troupeaux de 100 à 300 Holstein en ration complète et stabulation libre. Les lourds investissements nécessaires avaient en effet été financés par un système de crédit hypothécaire rechargeable dans lequel les prêts sont accordés en fonction du montant des actifs présentés (et non de la capacité de remboursement).

Cette facilité d’accès au crédit a créé au cours des années 2000 une bulle foncière et financière qui a éclaté en 2008 : tant que le prix du foncier qui servait à garantir le crédit montait (il a plus que doublé entre 2002 et 2008 jusqu’à 35 000 €/ha), le système fonctionnait. Il a chuté de 40 %, et le robinet du crédit s’est fermé. Pour gérer cet endettement colossal des exploitations, les banques ont eu recours à des emprunts indexés au franc suisse qui ont entraîné des pertes importantes. Les exploitations danoises ont vu ainsi leurs frais financiers propulsés à 153 €/1 000 litres à cause des pertes sur les instruments financiers !
Résultat, onze banques régionales ont fait faillite depuis 18 mois. 7 % des éleveurs sont « insolvables » (passif supérieur à l’actif). « Mais il y a peu de vraies faillites, grâce à des ventes arrangées par les banques entre des agriculteurs fragilisées et d’autres plus solides (ceux qui ont investi en 2002-2003). Les banques ont une gestion énergique de la crise, elles veulent tenir le marché foncier, vital pour leur survie », explique Christophe Perrot.

Peu de vraies faillites grâce à des ventes arrangées

Cela conduira-t-il à une production partiellement intégrée ? « Il y a pour des managers des opportunités de reprise de bâtiments en location en salariant l’ancien propriétaire. » Ce système à très forte productivité du travail — 1 million de litres par UTA avec des vaches à 9 000 kg — peut donner des résultats exceptionnels comme en 2007 mais il peut aussi multiplier les pertes comme en 2009. « Sa rentabilité n’est assurée qu’avec un prix du lait élevé et un intérêt bas », analyse-t-il.

Les éleveurs danois bénéficient d’un prix du lait plus élevé qu’ailleurs. Pour plusieurs raisons : le taux de matière grasse élevé, l’importance de l’agriculture biologique (10 % des élevages) et l’efficacité de la coopérative Arla où les producteurs sont fortement impliqués. Ainsi en 2009, les coopérateurs ont bénéficié d’un complément de prix exceptionnel de 28 €/t.

Malgré les difficultés actuelles, le Danemark ne remet pas en cause ses choix stratégiques. Les investissements des élevages laitiers ont tout de même été divisés par dix et une surveillance mensuelle des comptes d’exploitation (cash flow) a été mise en place. En 2012-2013, les Danois s’attendent à de faibles revenus particulièrement dans les grands troupeaux de plus de 250 vaches. Au final, la production future du Danemark ne devrait que faiblement augmenter. Pour d’autres motifs : en cause, de fortes contraintes environnementales qui bloquent tout accroissement du cheptel national.

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