Dans le Nord de l'Italie et du Portugal : Il sera difficile de réduire les coûts alimentaires

Costie Pruilh

Les filières devront soutenir leur prix du lait pour compenser des coûts de production élevés et le poids des investissements pour s'adapter à la Directive nitrates.

Dans la plaine du Pô, en Italie (60 % de la production du pays), et dans le Nord-Ouest du Portugal (la moitié de la production nationale), les exploitations sont spécialisées lait, avec quasiment toute leur SAU consacrée aux cultures fourragères. Les structures familiales disposent de 80 à 100 vaches dans la plaine du Pô, et sont plus petites (entre 20 et 30 vaches) dans le Nord du Portugal. Elles se caractérisent par un chargement élevé, qui s'explique par un prix du foncier élevé.
Les vaches sont en stabulation toute l'année. Elle reçoivent principalement du maïs ensilage - le rendement du maïs irrigué peut atteindre 20 t MS/ha -, de la luzerne et du ray-grass d'Italie, et beaucoup de concentrés : environ 2500 kg/vache/an dans la plaine du Pô, plus de 3000 kg dans le Nord-Ouest du Portugal. Ces systèmes sont donc particulièrement vulnérables en cas de forte hausse du prix des aliments. « En 2007, la hausse du prix du lait a compensé seulement une partie de l'augmentation importante du prix des aliments et des engrais », précise Kees de Roest, chef du département économie du centre de recherche de production animale (CRPA) Reggio Emilia, en Italie.

Un coût environnemental croissant

Autre caractéristique de ces deux régions : les exploitations laitières se trouvent dans des bassins à forte densité de population, où le prix du foncier explose (jusqu'à 80 000 €/ha), et où la compétition pour l'eau s'accentue. Dans la plaine du Pô, les exploitations laitières sont en outre en concurrence avec d'autres productions (porc, cultures).
Autre problématique commune : une pression environnementale qui s'accroît et pèse sur l'économie des exploitations.
Pour réduire ce poids, les chercheurs proposent des pistes pour améliorer l'efficacité d'utilisation des intrants - concentrés et engrais.
Une autre solution est d'opérer un déplacement des exploitations, ou d'une partie du troupeau (le troupeau de renouvellement par exemple) vers des zones plus favorables au respect des normes environnementales.

Dans les AOP comme le parmesan, la profession doit structurer une offre collective, pour maintenir une bonne valorisation des fromages et donc du lait. (J.-J. Biteau)

Dans les AOP comme le parmesan, la profession doit structurer une offre collective, pour maintenir une bonne valorisation des fromages et donc du lait. (J.-J. Biteau)

 

Améliorer la qualité des fourrages

Pour s'adapter à des coûts de production en hausse, les exploitations laitières de la plaine du Pô ont plusieurs pistes. « On peut réduire les quantités de concentrés en améliorant la qualité des fourrages : faire un ensilage de maïs plus riche en énergie par exemple. Le centre de recherche Reggio Emilia a suivi onze fermes. Elles ont diminué le chargement par une réduction du nombre de vaches (de 91 à 86), en éliminant les moins productives, et en augmentant la superficie des exploitations (+ 6 ha). Elles ont pu modifier la ration : ajout d'un kilo de maïs fourrage, et retrait d'un kilo de concentrés. Finalement, le coût alimentaire a quand même augmenté d'environ 4,05 €/100 kg (+35 %) », détaille Kees de Roest, qui ajoute que « les possibilités d'ajustement de la ration sont limitées car la Holstein a remplacé les races autochtones ; les vaches à haut potentiel ne peuvent s'adapter à des changements radicaux de leur alimentation ».

Au Portugal, mêmes pistes : l'amélioration de la qualité des fourrages, et l'augmentation des surfaces pour produire des légumineuses, du ray-grass, de l'ensilage d'épis de maïs… sont citées par M. Trindade, du Citab - centre de recherche à Vila Real, au Portugal. Les fermes poursuivent l'amélioration du rendement laitier des vaches. « Le taux de renouvellement est élevé, et on ne garde que les vaches les plus performantes. En moyenne, le rendement laitier est d'environ 7000 kg de lait/vache/an. Dans les fermes les mieux gérées et les plus modernes, il peut être supérieur à 9000 kg de lait. »

Soutenir le prix du lait

L'atout des systèmes de la plaine du Pô est d'avoir le prix du lait le plus élevé de l'Union européenne. D'une part, le lait est essentiellement transformé en fromages, notamment des AOP : Grana Padamo, Parmigiano Reggiano, Gorgonzola… D'autre part, la filière italienne est déficitaire en lait. « Dans la zone parmesan, les revenus sont malgré tout très variables d'une année sur l'autre, en fonction du prix des concentrés, mais aussi du prix des parmesans. La profession doit structurer une offre collective pour maintenir une bonne valorisation des fromages et donc du lait. »
Dans le Nord-Ouest du Portugal, le prix du lait est plus élevé que la moyenne européenne, mais il n'est pas soutenu comme en Italie par des filières de qualité. « Une politique de marché ciblée sur la conquête de nouveaux marchés d'exportation est nécessaire pour assurer un prix du lait qui compense des coûts de production élevés », estime M. Trindade.

Source Réussir Lait Elevage Janvier 2009

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