Dans les Côtes-d'Armor : Une communauté de communes bientôt autonome en énergie

Amélie Villette

Dans le Mené, élus et agricul-teurs se prennent en main pour produire leur propre énergie. Avec une huilerie, des chaudières à bois et des panneaux photovoltaïques, ils atteignent aujourd'hui 50 % d'autonomie.

« En tant qu'agriculteur, je suis depuis longtemps intéressé par la thématique des énergies. Avec la complexification des exploitations, nos systèmes sont devenus très dépendants, et peuvent être paralysés par le moindre incident. Pourtant on a les moyens d'avoir une grosse part d'autosuffisance », raconte Jacky Aignel, éleveur, maire de la commune de Saint-Gouéno et responsable de la commission Énergies de la communauté de communes.
La Cuma Mené Energies et l'association MIR (Mené Initiatives Rurales) réfléchissaient depuis longtemps à un projet de méthanisation. Puis les responsables ont souhaité élargir la réflexion aux collectivités, d'où l'implication des élus. En 2003, une commission Énergie voit le jour dans la communauté de communes, et se fixe comme objectif d'être 100 % autonome en énergies d'ici 2015. Elle commence par commander une expertise du territoire auprès d'un cabinet d'étude pour évaluer ses potentialités, puis la voilà partie en Autriche visiter un centre européen d'énergies renouvelables. Quelques projets paraissant à leur portée sont sélectionnés. Finalement la communauté de communes se porte candidate à un Pôle d'excellence rurale, qu'elle gagne, ce qui va lui permettre de bénéficier de subventions intéressantes.

Alimenter nos tracteurs à l'huile

Le premier projet est la mise en place d'une huilerie sur Saint-Gouéno en partenariat avec les communes voisines. Cette installation représente un investissement de 550 000 € (amortissement prévu sur sept ans), financé à 60 % par les aides du Pôle d'excellence rurale. L'huilerie, prévue pour traiter 1200 hectares de colza, n'en traite aujourd'hui que 400, suite au contrecoup du coût du pétrole et du blé. Mais le problème est en train de se résorber car les éleveurs y trouvent un intérêt financier.
La Cuma, devenue coopérative Menergol pour pouvoir acheter et vendre plus facilement, compte aujourd'hui 54 adhérents, des éleveurs laitiers pour la plupart. Pour une partie des graines dont ils récupèrent les produits, ils payent à la coopérative une prestation de service de 38 €/t pour la trituration. Pour le reste, ils vendent les graines à la Cuma qui revendra elle-même huile et tourteau à 640 et 180 €/t. Comme l'huilerie n'est pas utilisée à pleine capacité, la coopérative achète aussi des graines à l'extérieur qu'elle triture et dont elle revend les produits.

Certains agriculteurs ont adapté, pour 2000 €, leurs tracteurs avec des bi-carburateurs qui permettent de fonctionner à l'huile végétale pure (HVP). D'autres utilisent l'huile en mélange sans aucune adaptation. L'huile est aussi utilisée en alimentation porcine. En ce qui concerne le tourteau, il y a une forte demande des éleveurs laitiers, émanant même des départements voisins.
« On n'a rien inventé, mais on a repris ce qui était fait par les anciens, commente Jacky Aignel. Avant, les paysans produisaient des fourrages pour les animaux de traits. Aujourd'hui, on cultive des plantes énergétiques pour faire tourner les tracteurs, ça revient au même ! »

L'huilerie, d'une capacité de traitement de 1200 hectares, est alimentée par 54 adhérents, essentiellement des éleveurs laitiers. (DR)

L'huilerie, d'une capacité de traitement de 1200 hectares, est alimentée par 54 adhérents, essentiellement des éleveurs laitiers. (DR)

 

Se chauffer au bois et au soleil

Deux chaudières à bois de puissance 100 et 350 kWh ont été mises en place dans deux communes. À Saint Gouéno, la chaudière chauffe onze logements communaux et sera raccordée en 2010 à la salle des fêtes. Son approvisionnement est fait par les agriculteurs : taillis, branches d'élagage… Ils abattent et alignent les branches pour lesquelles ils sont rémunérés 3 €/m3. La collectivité paie leur broyage et les transporte jusqu'à une plate-forme de séchage et stockage. L'énergie des chaudières est revendue par la commune aux locataires des logements alimentés, au prix de 10 €/m2 de surface habitable par an.
Chaudière et plateforme de stockage représentent pour le site de Saint-Gouéno un investissement de 165 000 €. Il a été financé à hauteur de 65 %, par l'Ademe dans le cadre du plan Bois État-région et par le contrat de pays (pays Centre Bretagne), un financement européen qui transite par les régions. Les chaudières, en place depuis février 2008, ont inspiré les communes voisines et trois nouveaux projets sont en cours.
Les plate-formes de stockage des copeaux ont été couvertes de panneaux photovoltaïques pour « boucler la boucle », avec une puissance prévue de 12 000 kW/an. L'investissement, de 90 000 € a été financé par la commune et l'énergie est revendue à EDF à 0,60 €/kWh. La seule difficulté dans ce domaine, a été le raccordement à EDF, long et laborieux.

Bientôt une Route des énergies

Un projet d'usine de méthanisation est en cours sur une autre commune avec trente agriculteurs impliqués. L'unité a été prévue pour traiter 75 000 tonnes : 30 000 tonnes de lisier et 45 000 tonnes de coproduits (graisses de stations d'épuration et d'abattoirs). Le méthane produit alimentera un moteur qui fabriquera de l'électricité pour le réseau. L'eau rejetée par le process servira à arroser des saules TTCR (taillis à très courte rotation) qui sont déjà en place sur douze hectares, et destinés a alimenter les chaudières à bois.
Enfin un projet éolien a été lancé. Sept éoliennes sont en construction, financées par des investissements locaux, grâce à la création de Cigales (clubs d'investisseurs pour une gestion alternative et locale de l'épargne solidaire). Les investisseurs sont essentiellement des gens de la commune qui placent de 2500 à 8000 €. L'objectif est d'en faire bénéficier un maximum de personnes.

La communauté de communes a aussi formé un technicien pour faire du contrôle énergétique des bâtiments communaux. Jamais à court d'idées, elle s'apprête aujourd'hui à lancer deux nouveaux projets. Le premier, c'est de mettre en place une Route des énergies, avec l'aide du conseil régional, pour organiser un circuit de visite, signalant les différentes structures du projet énergies renouvelables. En effet, beaucoup d'élus, professionnels et agriculteurs voulant mettre en place le même type de démarches, viennent visiter la région, et ces visites sont en augmentation.
Le second projet est la construction de pavillons avec objectifs de basse consommation d'énergie.
Quand il regarde en arrière le travail accompli, Jacky Aignel reconnaît : « Bien sûr, il a fallu en convaincre certains. Ça prend parfois du temps et il ne faut pas vouloir brûler les étapes. Mais, globalement, dans la région les gens sont dynamiques et aiment le travail en commun. »

Les plate-formes de stockage des copeaux de bois pour la chaudière sont recouvertes de panneaux photovoltaïques. « Ainsi, la boucle est bouclée ! » (A. Villette)

Les plate-formes de stockage des copeaux de bois pour la chaudière sont recouvertes de panneaux photovoltaïques. « Ainsi, la boucle est bouclée ! » (A. Villette)

 

En savoir plus

. Sur le site du GPSE (www.gpse.fr), une plaquette sur les courants parasites est téléchargeable. On peut aussi entrer en contact avec l'organisme pour faire une demande d'intervention.
. Sur la géobiologie : le site de Jean-Marc Billard (www.geobiologie-vendee.com) ou celui de Jean Ugen, géobiologue breton assez connu (www.prosantel.net).

Source Réussir Lait Elevage Février 2010

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