Des exportations allemandes de produits laitiers en croissance, notamment en fromages

Costie Pruilh* - Réussir Lait Janvier 2013

Des exportations allemandes de produits laitiers en croissance, notamment en fromages
Pour conforter leur valeur ajoutée, les industriels allemands se dotent d’outils modernisées et performants pour être compétitifs. © C. Reibel

La production laitière continuera d’augmenter d’environ 1 % par an. La consommation intérieure étant stable, voire menacée de repli, les industriels allemands devront exporter encore plus qu’aujourd’hui. Ils visent notamment l’Europe de l’Est.

La collecte allemande est en nette progression depuis 2007, avec une hausse de plus de deux millions de tonnes, soit +7 % (France : +1,8 millions de tonnes, soit +8 %). L’après-quota ne sera pas synonyme d’accélération de la hausse de la production. « Une croissance de 1 % par an semble être un maximum, indique Gérard You, de l’Institut de l’élevage. Le principal concurrent du lait en Allemagne, ce sont les grandes cultures et les cultures énergétiques. L’orientation politique pour la transition vers plus d’énergie renouvelable maintient la pression du biogaz sur la disponibilité et le prix des terres et du maïs. »
Ce dynamisme de la production laitière est porté par les coopératives, conscientes des opportunités à l’export. En Allemagne, elles dominent le paysage de la transformation ; elles assurent plus de 70 % de la collecte. Les coopératives allemandes ne cherchent pas à encadrer les volumes produits, comme en France. Pour écouler une collecte croissante, elles développent leurs exportations. En effet, « le marché domestique est à la fois peu rémunérateur et mûr, voire même menacé de repli du fait d’une population vieillissante », souligne la dernière étude de l’Institut de l’élevage sur l’Allemagne laitière. Les privés allemands (Müller, Hochwald) se situent plutôt dans la moitié sud de l’Allemagne, où la production est stable. Pour développer leurs activités, ils misent davantage sur l’internationalisation (achat de laiteries étrangères).

L’industrie allemande maîtrise ses coûts

La transformation allemande se caractérise par une stratégie de volume, qui s’explique par un marché intérieur peu rémunérateur. « Le prix du lait allemand est similaire au prix français et leurs produits sont moins valorisés. Peu marketés (il n’y a pas vraiment de marques nationales fortes), ils font l’objet d’une concurrence féroce sur les prix », souligne Gérard You. Le consommateur allemand est en effet à l’affût de produits alimentaires peu chers ; 50 % des achats des ménages en produits laitiers sont réalisés en magasins hard discount. Et la consommation est sensible aux prix.
La filière allemande compense sa moindre valorisation par une bonne maîtrise des charges et un effet volume. « Selon un rapport sur la compétitivité de la filière laitière française (Mc Kinsey, 2011), les coûts de collecte seraient inférieurs de 3 euros par tonne en Allemagne, en partie du fait d’un tissu plus serré de laiteries (encore beaucoup d’entreprises de taille moyenne, de 50 à 250 salariés, comparé à la France), souligne l’étude de l’Institut de l’élevage. Les coûts de transformation seraient inférieurs de 15 euros par tonne, du fait d’une gamme plus resserrée et composée de produits moins exigeants. Les frais d’emballage, de stockage et de transport seraient également moindres (8 €/t). » Pour maîtriser son résultat, la filière allemande bénéficie d’un autre atout par rapport à sa voisine française : une saisonnalité de la production deux fois moins marquée.

De plus en plus de fromages… de commodité

L’industrie allemande a misé sur les fromages, plus rémunérateurs que les produits industriels sur une longue période, pour valoriser la hausse de la production. Il s’agit surtout de pâtes pressées (gouda, edam, emmental) à trancher (40 % des fabrications fromagères), de fromages frais (20 %) et de pâtes filées (11 %). Ce sont des fromages de commodité. « Les transformateurs se sont dotés de fromageries modernisées et performantes pour être compétitifs et dégager de la valeur ajoutée », souligne l’étude.
Cette stratégie fromagère a permis à l’Allemagne d’améliorer la valorisation de ses exportations : pendant longtemps, la valorisation des exportations était inférieure pour l’Allemagne par rapport à la France ; en 2011, leurs valorisations étaient équivalentes !
Au vu de la demande mondiale forte sur les produits industriels, les derniers investissements annoncés et réalisés portent davantage sur des tours de séchage.

De plus en plus d’exportations vers l’Europe de l’Est

En 2011, les exportations représentent 46 % de la collecte allemande. « Cette part va encore augmenter durant les années à venir », assure l’étude. En 2012, les exportations sont attendues en hausse, portées par « les fromages (+7 % sur les huit premiers mois 2012), le beurre, la caséine et la poudre de lactosérum », souligne Gérard You.
L’Europe de l’Ouest reste le premier débouché de l’Allemagne : la France pour le beurre et le lait vrac, l’Italie pour les fromages. Plus récemment, les exportations vers les Pays-Bas se développent (poudres maigres et de lactosérum).
Les opportunités de développement sont autant recherchées sur le marché européen — notamment Europe centrale et de l’Est — que sur les pays tiers. « Avec ses produits concurrentiels, l’Allemagne arrive à se faire une place, même sur des marchés peu porteurs comme les marchés européens », souligne Gérard You.
Le plus gros potentiel de développement se situe plus à l’Est. Les volumes expédiés vers les pays tiers progressent, notamment pour les fromages et les poudres. Jusqu’en 2009, ils représentaient entre 50 et 60 milliards d’euros. En 2011, ils atteignaient 95 milliards. Les débouchés hors UE sont essentiellement la Russie et quelques pays d’ex-URSS. L’Allemagne espère que l’adhésion de la Russie à l’OMC (et la baisse de ses droits de douane) va lui permettre d’y accroître ses exportations de fromages.

Capture

Un solde commercial inférieur à la France en valeur

. Pour les exportations, l’Allemagne est toujours devant la France, en volume et en valeur, depuis 1999.
. Les importations allemandes, importantes en valeur, pénalisent le solde commercial. Les importations de fromages (en provenance des Pays-Bas, de France, Italie) ont atteint 658 000 tonnes en 2011, soit environ 60 000 tonnes de plus que les exportations. Il s’agit de spécialités fromagères à prix élevé.
. Le solde du commerce extérieur est comparable en volume entre
l’Allemagne et la France, mais inférieur en valeur pour l’Allemagne. Toutefois, l’écart entre le solde français et allemand a tendance à se réduire depuis 2008, du fait de la revalorisation des exportations allemandes.

* article réalisé d’après l’étude de l’Institut de l’élevage sur l’Allemagne laitière.

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