Des reprises d’exploitations laitières plus complexes

Costie Pruilh - Réussir Lait Mai 2013

Des reprises d’exploitations laitières plus complexes
En bovin lait, les valeurs de reprenabilité peuvent être plus ou moins éloignées des valeurs patrimoniales, suivant les régions. © Christophe Maître/Inra

L’agrandissement et la modernisation des structures et la volatilité des prix rendent la transmission et l’installation plus complexes. L’Institut de l’élevage livre quelques pistes de réflexion.

Le recours à des formes innovantes de sociétés

Pour transmettre sans trop alourdir la note du jeune installé, citons l’exemple de la SCOP, une forme coopérative où les associés peuvent être salariés coopérateurs et/ou de simples apporteurs de capitaux. Son résultat après autofinancement est réparti, par exemple, pour un tiers à la réserve impartageable. « La SCOP détient ainsi progressivement la majeure partie du capital », souligne Emmanuel Béguin.
Pour un tiers aux associés apporteurs de capitaux, et pour un tiers pour les associés salariés. « Son intérêt est d’éviter de devoir racheter le capital à chaque génération. La SCOP oriente les choix d’investissements vers l’efficience du système au détriment d’une approche patrimoniale. »

« La question de la transmission est celle de la lourdeur des capitaux à reprendre au regard des résultats attendus », souligne d’emblée Emmanuel Béguin, de l’Institut de l’élevage. En bovin lait, le rapport capital hors foncier/EBE est élevé : de 5 à 6 en moyenne. « Le rapport capital/EBE tend à se détériorer avec la hausse de la productivité de la main-d’œuvre, malgré une légère baisse du capital/litre de lait. Ceci s’explique par une tendance à la détérioration de l’efficience économique (EBE/produit) des exploitations à forte productivité de la main-d’œuvre », développe Emmanuel Béguin. Notons que les exploitations bovin lait en bio obtiennent un rapport capital/EBE favorable (proche de 4), grâce à une excellente efficience. C’est aussi le cas de systèmes laitiers herbagers autonomes de l’Ouest. Pour améliorer le rapport capital/EBE, citons quelques pistes : bâtiments économes, optimisation de la mécanisation, amélioration de l’efficience de l’élevage (réduction des coûts alimentaires…).

Reprise progressive de capitaux, portage de capitaux…

L’augmentation des besoins en capitaux par unité de main-d’œuvre (UMO) pose problème. Elle ne favorise pas l’installation hors cadre familial, qu’il faut pourtant promouvoir pour la relance des installations en élevage.
« Cette situation est rendue d’autant plus difficile que les conditions d’accès au crédit sont plus compliquées depuis que les prix sont plus volatils. Les banques demandent davantage de garanties, d’apport personnel, de fonds de roulement… »
Pour réduire le niveau des capitaux à reprendre par le jeune lors de l’installation, plusieurs solutions peuvent être envisagées. On peut transmettre progressivement du capital : remplacement d’un associé par un autre, avec reprise progressive des parts ; le jeune peut commencer comme salarié, avec un système d’intéressement au résultat, capitalisé dans la société ; la location-vente du foncier, par la Safer par exemple.

Une valeur de reprenabilité inférieure à la valeur patrimoniale

On peut faire financer une partie des capitaux par des tiers : le cédant ou des tiers (collectivité, laiterie…) détien(nen)t une partie du capital avec rémunération du capital ; on peut organiser le portage collectif des capitaux pour du foncier, via un GFA (groupement foncier agricole). Ce système permet un achat progressif des terres par le jeune.
En bovin lait, les valeurs de reprenabilité peuvent être plus ou moins éloignées des valeurs patrimoniales, suivant les régions (pratique des pas de porte, pression foncière forte…).
La valeur de reprenabilité par UMO est ce que l’EBE que je prévois de dégager me permet d’investir. Elle est sensible à l’efficience économique de l’exploitation, au niveau des prélèvements privés, et aux conditions de prêt. On peut l’augmenter en améliorant ses conditions de prêt. « Une réduction du taux des prêts de 1 % et un allongement de leurs durées de cinq ans permettent d’augmenter les valeurs de reprenabilité entre 6 000 et 14 000 euros, selon la classe de productivité de la MO », indique Emmanuel Béguin. Pour assurer un certain volume de prêt, un fonds de garantie, financé par l’État, les collectivités locales et/ou les filières pourrait être créé.
La valeur patrimoniale est la somme de la valeur des actifs. Aux valeurs sans foncier peuvent s’ajouter des achats de foncier, des coûts d’arrière fumure et/ou de pas de porte.
La différence entre la valeur patrimoniale et la valeur de reprenabilité donne le besoin en apport personnel. « Les fermes du groupe « robot » (20 exploitations) sont un exemple de fermes où la valeur patrimoniale est bien supérieure à la valeur de reprenabilité. Le besoin d’apport personnel s’élève à 113 400 euros par UMO », illustre Emmanuel Béguin.

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