Echanges en direct entre éleveurs australiens et bretons

Emeline Bignon - Réussir Lait Mars 2012

Echanges en direct entre éleveurs australiens et bretons
Grâce à une visioconférence par Skype, une dizaine d’éleveurs morbihannais ont pu discuter en direct avec des producteurs australiens. DR

S’affranchir des distances via Internet et échanger sur le métier avec des producteurs australiens. C’est le défi relevé par un groupe d’éleveurs du Morbihan. Une expérience originale et enrichissante, à renouveler.

Chiffres clés

3Pour gérer au mieux la ressource en eau,  les producteurs ont recours à des techno- logies avancées. Ici, une mini-station météo. DR

• 9,3 milliards de litres produits par an. • 7 900 exploitations laitières. • 1,2 million de litres par exploitation. • 214 vaches par exploitation à 5500 kg/an. • 53 % de la production nationale est exportée, principalement en Asie du Sud-Est. (Chiffres 2008-2009)

Plus de 15 000 kilomètres les séparent et pourtant des éleveurs morbihannais échangent en direct avec des producteurs australiens de la région de Brisbane, dans le Queensland. C’est la magie de la téléphonie par Internet ! « Avec la visioconférence, c’est un peu comme si les participants australiens se trouvaient dans la même salle que nous et que l’on discutait face à face, explique avec enthousiasme Nathalie Pincepoche, éleveuse. Le moteur de notre groupe est de mieux comprendre les forces en présence sur l’échiquier mondial du lait. D’où notre curiosité pour les producteurs australiens… On les enviait avant même de connaître vraiment leur système, mais finalement là-bas, ce n’est pas mieux que chez nous ! »
C’est par l’intermédiaire d’une ex-conseillère de la chambre d’agriculture devenue consultante dans le Queensland que l’échange a pu s’organiser. Le Queensland n’est pas une région laitière par excellence ; 6 % du volume de lait national y est produit par 540 élevages. Grand comme trois fois et demie la France, cet État connaît un climat tropical et subtropical permettant la culture de bananes, ananas, coton, cannes à sucre et divers fruits et légumes tropicaux. Ces dernières années, la région n’a pas été épargnée par les caprices de la météo, avec des sécheresses à répétition suivies par une vague d’inondations puis un cyclone qui a rayé de la carte 60 exploitations laitières en 2010.

Austral

En Australie, les vaches restent dehors toute l’année. Plus de la moitié des prairies sont irriguées. Les ray-grass sont resemés tous les ans. DR

Une curiosité réciproque a guidé les échanges

« Les disparités sont énormes entre nos deux régions, et pourtant nous avons des préoccupations communes », soulignent Philippe Racouët et Marc Le Blanc, éleveurs. Notamment sur le plan environnemental. « Depuis peu de temps, nous devons respecter un programme d’action environnementale afin de protéger la grande barrière de corail, indiquent les producteurs australiens, curieux d’en savoir plus sur le programme Bretagne Eau pure et les actions sur les nitrates et pesticides. C’est assez nouveau pour nous. Face cet enjeu planétaire, il a fallu nous former et modifier nos pratiques en six mois. » « Ce qui m’a frappé, témoigne Geneviève Lamour, de la chambre d’agriculture du Morbihan, c’est la capacité de ces exploitants à s’adapter aux nouvelles contraintes. Chez nous, les nitrates, on en parle depuis plus de quinze ans, et les mesures environnementales sont encore critiquées et le problème non résolu… » Les éleveurs sont sensibles à la qualité de l’eau, mais aussi aux aspects quantité. « L’eau est une denrée rare en Australie, exposent-ils. Nous utilisons des technologies sophistiquées pour connaître la météo et optimiser l’irrigation de l’herbe et des cultures. » Une goutte d’eau vaut cher. Les producteurs bretons n’en reviennent pas : « ils installent même des caméras sur les abreuvoirs pour contrôler les fuites » ! La surprise est aussi au rendez-vous côté australien. « Quoi ? Vous ne récupérez pas l’eau de pluie issue des toitures. Quel gaspillage ! », s’indignent-ils. « Mais c’est vrai que nous ne sommes pas à l’abri d’un épisode de sec comme au printemps dernier. Peut-être devrions-nous aussi songer à économiser l’eau sur nos exploitations », reconnaît Marie-Odile Goudy, productrice et membre du groupe.
Sur la table également, le devenir de l’agriculture. Si, en France, les terres agricoles sont menacées par l’extension urbaine, là-bas, la concurrence provient du développement de l’industrie minière qui exerce une forte pression sur le foncier. « Sans parler de l’incidence sur la main-d’œuvre. L’industrie minière est florissante, elle nécessite beaucoup de main-d’œuvre qu’elle rémunère deux fois plus que ne l’est un salarié agricole. Les jeunes aussi quittent le métier. Nous craignons à terme que les mines prennent le dessus sur l’agriculture. »
Si le prix du lait australien se montre plus élevé (392 €/1000 l)(1), le coût alimentaire se révèle quant à lui plus important (203 €/1000 l) qu’en France. « Nos systèmes sont basés sur le pâturage et l’ensilage d’herbe. Nous utilisons des ray-grass en plante annuelle et des espèces tropicales (kikuyu, rhodes grass…). Plus de la moitié des pâturages sont irrigués. » « Vos rendements atteignent près du double des nôtres, s’étonnent les bretons. C’est surprenant de resemer vos prairies chaque année ! »

Des animaux qui restent dehors toute l’année

Les Australiens, quant à eux, restent bouche bée devant les photos de stabulations françaises. En toute bonne foi, ils questionnent le groupe : « Vous avez de la neige six mois par an pour disposer de tels bâtiments pour les vaches ? Ah... ils servent seulement 3-4 mois par an… » Rien à voir avec les bâtiments australiens « low cost » : juste une salle de traite et une table d’alimentation couverte, éventuellement. De quoi rester songeur… 

 
(1) En 2009-2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires