Empreinte carbone, analyse du cycle de vie : Course de vitesse pour l'évaluation écologique

Laurence Mouquet

Depuis l'annonce d'une information du consommateur sur le « coût environnemental » des produits pour 2011, la mise au point pratique d'une méthode de calcul harmonisée a passé la vitesse supérieure.

En 2011, le consommateur devra être informé sur l'impact environnemental des produits qu'il achète. Voilà ce qu'a décidé le Grenelle de l'environnement. Sous quelle forme, sur quelles bases, sous quelle responsabilité ? Ceci reste à décider, et le travail est colossal et urgent. Sous l'égide du Comop 23 (comité opérationnel du Grenelle), les groupes de travail se multiplient, avec un objectif : arriver à une méthode unique par grandes catégories de produit. « Les transformateurs de l'agroalimentaire se sont aussitôt rapprochés de la FCD et de l'Ademe, explique Nelly Delfaut, d'Atla, avec un objectif clair : établir une méthodologie commune à tous les produits, élaborée avec toutes les parties prenantes. » Pas question de multiplier les méthodes d'évaluation.

L'Ania et FCD, en collaboration avec l'Ademe, ont retenu le consortium Bio Intelligence service/RDC/Intertek pour mettre au point une méthodologie d'analyse de cycle de vie des produits. (R. Lemoine)

L'Ania et FCD, en collaboration avec l'Ademe, ont retenu le consortium Bio Intelligence service/RDC/Intertek pour mettre au point une méthodologie d'analyse de cycle de vie des produits. (R. Lemoine)

Trois critères à définir

Même point de vue du côté de l'Ademe : l'agence, en collaboration avec l'Afnor, a édité dès fin juillet 2008, un référentiel de bonnes pratiques(1) définissant les principes qui doivent s'appliquer à l'affichage environnemental des produits. Les détails n'y figurent pas, seulement les grandes lignes. Ce référentiel garantit que les informations qui seront transmises au consommateur via l'affichage sur le lieu de vente seront comparables d'un magasin à l'autre et d'un produit à l'autre, même si le format définitif de l'affichage est à définir. Reste désormais à le décliner précisément par famille de produit, en choisissant les indicateurs les plus pertinents, et à établir en parallèle, une base de données publique, gérée par l'Ademe et accessible à tous.

Cette information environnementale portera sur plusieurs critères. Pour l'instant, les expériences existantes se limitent à l'indication de l'empreinte carbone : les émissions de gaz à effet de serre participant au réchauffement climatique et exprimées en équivalent CO2.
Deux initiatives prises par les distributeurs ont en effet déjà fait parler d'elles. « C'est probablement grâce à ces deux opérations pilotes des distributeurs que le sujet a pu être abordé lors du Grenelle de l'environnement », estime Christine Cros, chef du département écoconception et consommation durable à l'Ademe. « Elles prouvaient que ce n'était pas impossible. » Mais il reste du chemin à parcourir : « L'objectif du Grenelle est bien que l'information soit disponible pour chaque produit de manière que le consommateur puisse choisir. »
Il s'agit donc désormais d'identifier, pour chaque catégorie de produits, les indicateurs les plus adéquats. « Le référentiel de bonnes pratiques évoque ‘un nombre limité de critères'. Mais on ne peut guère imaginer en restituer plus de trois », estime Christine Cros. Et déjà, un indicateur à trois critères pose des difficultés au consommateur, comme le montrent les études qualitatives menées par l'Ademe sur ce point.

Expérimentation sur 300 produits

C'est certain, les émissions de gaz à effet de serre feront partie des indicateurs retenus. « Mais elles ne reflètent pas réellement l'empreinte sur l'environnement de l'activité d'élevage, souligne Jean-Baptiste Dollé, de l'Institut de l'élevage. C'est donc à nous de proposer d'autres éléments à prendre en compte, comme la biodiversité, l'aménagement du territoire, la consommation d'eau, etc. »
Une convention d'engagement pour cinq ans, signée en janvier 2008 entre le ministère de l'Écologie, du Développement et de l'Aménagement durables et la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) prévoit que dès 2008, quelque 300 produits devraient être sélectionnés pour être évalués et étiquetés à titre expérimental en 2008 et 2009. La démarche sera progressivement étendue à compter de 2010.
Dans le secteur agroalimentaire, l'Ania et la FCD vont lancer une expérimentation sur un panel de produits alimentaires types. Sélectionné sur appels d'offres, c'est le consortium Bio Intelligence service/RDC/Intertek qui a été retenu pour mettre au point la méthodologie, élaborer un outil et fournir une base de données (en collaboration avec l'Ademe). « L'objectif est de bâtir une méthode accessible aussi aux petites et moyennes entreprises, souligne Nelly Delfaut. Car les analyses de cycle de vie sont très lourdes et coûteuses, donc pas forcément accessibles à tous. »

Parmi les produits proposés se trouvent cinq produits laitiers. A priori, un produit frais (yaourt), de l'emmental, un camembert pasteurisé, une pâte pressée non cuite et du lait UHT demi-écrémé. « Le cahier des charges a donné lieu à de longues discussions, notamment concernant la confidentialité des données. Les entreprises doivent en effet fournir des données très détaillées… » Qui sera responsable de l'affichage ? La question n'est pas tranchée. « On constate une ambiguïté actuellement entre fabricant et distributeur », estime Christine Cros. Le contrôle devrait être du ressort de la DGCCRF, comme pour toute déclaration sur un produit.
Enfin, l'étiquetage mènera-t-il à une écocontribution, ou un système de bonus/malus ? « Il faut que les produits vertueux aient un avantage prix par rapport aux produits qui ne le sont pas », déclarait Chantal Jouanno, présidente de l'Ademe, en mai dernier lors d'une table ronde. Distributeurs et industriels s'en défendent, arguant que l'affichage environnemental peut modifier les comportements d'achat sans qu'il soit besoin de recourir à la fiscalité.

En savoir plus

Cet article est extrait du dossier de la Revue Laitière Française de décembre 2008 sur l'environnement et l'évaluation écologique. www.rlf.fr

Source Réussir Lait Elevage Février 2009

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