En Allemagne : Du biogaz dans le réseau de gaz naturel

Annick Conté

Cinq agriculteurs de Basse-Saxe ont monté un projet pilote de biogaz avec la ville de Hanovre. L'installation de méthanisation est reliée au réseau de gaz depuis mars 2008.

Dans une station de méthanisation classique, le biogaz issu de la digestion de matières organiques sert à faire tourner un moteur de cogénération qui produit de l'électricité et de la chaleur. Pour rentabiliser l'installation, cette chaleur doit être valorisée à proximité, en chauffant une piscine municipale par exemple.
L'installation de biogaz de Ronnenberg contourne cette difficulté. Elle ne produit pas d'électricité mais un biogaz épuré, 650 m3 par heure qui sont injectés dans le réseau de gaz naturel de la ville de Hanovre. Ce projet pilote permet de subvenir aux besoins en énergie de 1400 foyers. Il repose sur un partenariat entre cinq agriculteurs d'une même commune et la ville de Hanovre située à une dizaine de kilomètres au nord.
Ce projet a été rondement mené. « Les premières discussions ont eu lieu en 2005, explique Heinrich Möller, l'un des cinq associés. L'idée du biogaz a germé au moment où le prix du blé était descendu à 8,5 €: nous voulions que nos exploitations soient viables pour que nos enfants puissent s'installer. » Cinq agriculteurs ont adhéré très vite à un projet de méthanisation, qui au départ suivait le schéma classique de production d'électricité et chaleur. « Mais lors d'une réunion d'information, un représentant de la ville de Hanovre nous a informés que la ville cherchait des agriculteurs pour produire du biogaz destiné au réseau. » La construction a été lancée dès 2007 et l'installation mise en route en mars 2008.

Heinrich Möller. « Il a fallu six mois pour maîtriser dans les grandes lignes les différents paramètres ; et nous n'avons pas fini d'apprendre. » (A. Conté)

Heinrich Möller. « Il a fallu six mois pour maîtriser dans les grandes lignes les différents paramètres ; et nous n'avons pas fini d'apprendre. » (A. Conté)

2,7 millions d'euros d'investissements

« On nous a demandé de passer à une capacité de 1,2 mégaWatt au lieu des 0,6 prévus au départ. » L'ensemble est impressionnant : une véritable petite usine installée au milieu des champs et soigneusement clôturée.
Quatre imposants silos de 70 mètres de long et 20 à 30 mètres de large, et un pont bascule accueillent les visiteurs. L'installation de méthanisation proprement dite comprend deux énormes digesteurs, un post-digesteur, une fosse de stockage bâchée active en production de méthane et une fosse de stockage pur. Elle a été entièrement financée par les cinq agriculteurs à parts égales, soit un investissement de 2,7 millions d'euros au total, silos inclus. Juste à côté, une station de purification du biogaz permet de séparer le méthane du CO2 avant de l'envoyer dans le réseau de gaz naturel ; celle-ci a été financée en totalité (2 millions d'euros) par une filiale de la ville de Hanovre.

Ce sont les cinq agriculteurs qui font fonctionner l'ensemble. « Il a fallu six mois pour maîtriser dans les grandes lignes les différents paramètres. Et nous n'avons pas fini d'apprendre », reconnaît Heinrich Möller devant son écran de contrôle. Optimiser le rendement des fermenteurs demande beaucoup de doigté : un métier complètement nouveau pour ces cinq cultivateurs. Tous mettent la main à la pâte, week-end inclus, suivant un planning pré-établi incluant un service de garde. Un système d'alerte par SMS permet de contrôler l'installation 24 heures sur 24 à distance.

Cette station installée à côté des digesteurs permet de purifier le biogaz : elle sépare le méthane (48-50 % du biogaz) du CO2, avant de l'injecter dans le réseau. (DR)

Cette station installée à côté des digesteurs permet de purifier le biogaz : elle sépare le méthane (48-50 % du biogaz) du CO2, avant de l'injecter dans le réseau. (DR)

 

Besoin de trente stations

L'envolée du prix du blé en 2008 remet-elle en cause l'intérêt d'un tel investissement, alors même que les aides aux cultures énergétiques disparaissent en 2010 ?
« Nous raisonnons la rentabilité sur des prix moyens », répondent-ils en affirmant qu'ils sont « contents ». Difficile d'en savoir plus : le prix de vente du gaz est sous clause de confidentialité. Ce qui est sûr, c'est que le débouché est assuré : la ville de Hanovre affirme avoir besoin de trente stations comme celle-ci.

Matières organiques : exclusivement du maïs

Les deux digesteurs sont alimentés quasi-exclusivement avec du maïs, hormis au démarrage où un apport de lisier a permis d'ensemencer les cuves. « L'installation nécessite 400 ha de maïs — avec des rendements autour de 19-20 t MS/ha ; nous produisons nous-mêmes 300 ha sur les 750 ha que nous cultivons et achetons le reste à d'autres agriculteurs (à 26 €/t brute rendu bascule) pour préserver notre assolement. »
Le maïs est ensilé à 32 % MS et hâché le plus finement possible pour augmenter la surface de contact entre les bactéries et la plante. « Il est important de bien tasser et de couvrir soigneusement les silos pour éviter les moisissures. » Les deux trémies d'incorporation sont chargées une fois par jour au télescopique : le maïs est pesé et incorporé automatiquement dans les deux digesteurs toutes les demi-heures.

Source Réussir Lait Elevage Juillet-Août 2009

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