En Chine, la dépendance laitière pourrait être durable

Costie Pruilh - Réussir Lait Mai 2012

En Chine, la dépendance laitière  pourrait être durable
Dans un supermarché à shanghai. Les Chinois qui en ont les moyens préfèrent se payer des produits laitiers étrangers. © B. Carré Chen

La Chine pourrait avoir du mal à déployer une filière laitière à la hauteur de sa demande intérieure. Elle pourrait alors rester durablement dépendante des importations.

Chiffres clés

• 12,6 millions de vaches laitières dans 2,4 millions d’élevages• 32 millions de tonnes de lait produites en 2011, contre 36 Mt pour le record de 2007, selon l’USDA• 350 €/1 000 l : prix du lait à la production en 2011• 28 l/habitant/an pour la consommation intérieure

« Cela ne m’étonnerait pas que le prix de la poudre de lait soit durablement élevé sur le marché mondial, du fait de la difficulté de la Chine à développer sa production laitière, pour répondre à une demande intérieure en forte progression », a pronostiqué Jean-Paul Jamet, du CNPA(1), lors d’une table ronde organisée par l’Institut de l’élevage, à l’occasion du lancement de Idele-Chine, la lettre de veille et d’analyse de l’Institut de l’élevage sur la Chine.
Aujourd’hui, la Chine dépend des importations pour 15 % de ses besoins en produits laitiers (5 % en 2007), et pour moitié de ses besoins en poudre de lait infantile !
Depuis les divers scandales de lait contaminé (mélamine, nitrites…), les Chinois se méfient des produits laitiers made in China. Ceux qui en ont les moyens préfèrent se payer des produits laitiers fabriqués à l’étranger.
La baisse de la consommation qui a suivi la crise de la mélamine, et le durcissement de la réglementation sanitaire, ont provoqué une importante restructuration des élevages et des usines laitières (la moitié n’ont pas vu leur licence renouvelée), et une baisse de la production laitière. Ce sont surtout les petits élevages (moins de 5 vaches) qui ont été frappés. Les élevages de plus de 20 vaches (73 300 en 2009) sont au contraire les principaux artisans de la reconstitution du cheptel national. La production reste malgré tout atomisée. « Les deux tiers des exploitations possèderaient moins de quatre vaches », chiffre l’Institut de l’élevage.

AgriChine

« La production se déplace des zones pastorales vers les zones de cultures. Les élevages y sont plus soumis aux variations de prix des matières premières », indique Jean-Marc Chaumet, de l’Institut de l’élevage. © P. Le Douarin

Une forte dépendance aux importations d’aliments pour vaches laitières

Depuis 2009, la production laitière repart, mais doucement. « Le plafonnement de la collecte s’explique par le durcissement de la réglementation, mais aussi par le fait que la production laitière a d’abord été développée là où c’était le plus évident de le faire, en Mongolie intérieure. Pour continuer à développer la production, il leur faudra soit intensifier là où il y a déjà du lait, soit développer une production là où il n’y a pas encore de lait », indique Jean-Paul Jamet.
Les autres handicaps de la filière laitière chinoise sont des élevages aux coûts de production élevés, un manque de compétences pour la maîtrise de l’alimentation et des soins aux animaux. Un exemple illustre cette lacune. « Le Nord du pays produit du foin. Mais les grosses fermes laitières du Sud importent du foin des États-Unis, car le foin y est de meilleure qualité », cite Jean-Marc Chaumet, de l’Institut de l’élevage.
« La production se déplace des zones pastorales vers les zones de cultures. Dans ces régions, les élevages sont plus dépendants des importations d’aliments, et sont donc plus soumis aux variations de prix des matières premières, pointe Jean-Marc Chaumet. Le prix du lait chinois est aujourd’hui proche du prix du lait français, voire supérieur ; il couvre la hausse des coûts des matières premières. »

Un prix du lait élevé mais une filière très peu structurée

Les Chinois ont les moyens d’implanter de très gros troupeaux. Par exemple, ils ont importé plus de 99 000 vaches en 2011. « Par contre, ils n’ont pas encore investi dans des compétences (peu de formations à l’élevage) », estime Jean-Paul Jamet. Toutefois, les choses pourraient changer. Par exemple, Nestlé, présent dans le Nord-Est du pays, va construire un centre de formation spécialisé dans les produits laitiers. Il est prévu une formation à l’élevage des vaches. Philippe Amé, de l’Institut de l’élevage, ajoute : « L’Ouest de la Chine compte beaucoup de prairies. Les Chinois nous demandent un appui technique pour mieux utiliser le territoire pour faire du lait. Développer l’élevage laitier leur demandera de gros efforts d’investissement, pas seulement dans les exploitations et dans l’acquisition des compétences, mais aussi dans le développement d’infrastructures pour transporter le lait et le transformer. » Ainsi, si la Chine parvient à développer une filière laitière performante, cela lui prendra du temps. Mais elle pourrait aussi faire d’autres choix de développement, industriels ou agricoles. « La Chine pourrait choisir de se concentrer sur les secteurs agricoles qu’elle maîtrise le mieux, à savoir les productions végétales et le porc pour les productions animales. La production bovine serait alors moins franchement développée », lance Jean-Paul Jamet. 

 
(1) CNPA : centre national pour la promotion des produits agricoles et alimentaires

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