Enquête de l'Anses : Zoom sur l'utilisation des antibiotiques par les éleveurs

Annick Conté

l'heure où l'on s'interroge sur la bonne utilisation des antibiotiques, l'Anses a réalisé une vaste enquête postale pour dresser un état des lieux en élevage bovin.

Quelles sont les molécules antibiotiques utilisées en élevage bovin ? Pour traiter quelles maladies et dans quelles conditions ?
Pour en savoir plus sur les pratiques des éleveurs, l'unité épidémiologique de l'Anses-Laboratoire de Lyon(1) a mené courant 2007-2008 une enquête postale anonyme dont les résultats viennent d'être publiés. Les éleveurs devaient décrire les deux derniers traitements antibiotiques réalisés sur des animaux ou groupes d'animaux. La plupart de ces traitements ont été réalisés dans les quinze jours précédents l'envoi du questionnaire.
Chez les laitiers, il s'agit dans 90 % des cas de traitements individuels. Les mammites arrivent largement en tête des affections ayant motivé un traitement antibiotique (69 %). La grande majorité des traitements (88 %) a fait l'objet d'une ordonnance. Mais le vétérinaire n'a été consulté que dans 36 % des cas et l'animal traité a été vu par le vétérinaire dans 21 % des cas.
Parmi les 980 traitements décrits, 65 % ne comportaient qu'une seule spécialité (pouvant contenir plusieurs molécules antibiotiques différentes), 25 % en comportaient deux et 10 % plus de deux. Les aminosides et tétracyclines ont été les deux familles les plus utilisées : elles ont été mentionnées au moins une fois dans respectivement 50 % et 41 % des traitements.
Elles sont suivies de très près par deux autres familles les polypeptides (40 %) et les pénicillines (36 %).

Plus d'un quart des traitements avec des céphalosporines

Qu'en est-il des trois familles d'antibiotiques, jugées « critiques » pour la santé humaine et vétérinaire : les céphalosporines de 3e et 4e génération, les fluoroquinolones et les macrolides (famille plus ancienne que l'on cherche à préserver) ?
D'après l'enquête, les éleveurs laitiers ont peu recours aux deux dernières qui sont respectivement utilisées dans 3,6 % et 10,1 %. « En revanche, les céphalosporines de 3e et 4e génération ont été mentionnées dans presque 20 % des traitements, beaucoup plus souvent que chez les allaitants, constate Émilie Gay, chargée en partie de l'étude. Et surtout pour traiter des problèmes locomoteurs (52 % des cas) vraisemblablement parce que le délai d'attente lait est nul. Mais on les retrouve aussi dans le traitement des pathologies de la mamelle (25 %) et des troubles respiratoires (25 %) ». Émilie Gay souligne que seules 5 % des spécialités antibiotiques ont été utilisées hors AMM en ce qui concerne l'adéquation indications thérapeutiques/maladies. « Ce chiffre est relativement faible et inférieur à celui mis en évidence en production allaitante. Mais il pourrait être plus faible au vu du large arsenal thérapeutique disponible chez les bovins et ne se limiter qu'aux cas particuliers des éventuels échecs thérapeutiques. »
Le mode d'enquête, qui est basé sur le renvoi volontaire d'un questionnaire, introduit certes quelques biais. « Les 15 % d'éleveurs qui ont répondu sont sans doute davantage sensibilisés à la bonne utilisation d'antibiotiques que la moyenne des éleveurs. »

 

(1) Étude menée par G. Gazeau, N. Jarrige, D. Calavas et E. Gay

Source Réussir Lait Mars 2011

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