Enquête de l'Institut de l'élevage : Dessine-moi une exploitation flexible

Costie Pruilh

Une enquête de l'Institut de l'élevage auprès de 477 éleveurs montre que les leviers techniques à actionner pour s'adapter aux fluctuations de prix et de volumes sont bien identifiés.

Les exploitations laitières françaises sont-elles flexibles ? C'est une des questions de l'enquête menée par l'Institut de l'élevage il y a un an, auprès de 477 éleveurs des réseaux d'élevage.
Dans un contexte de volatilité accrue des prix et des volumes, plus des deux tiers des éleveurs enquêtés affirment qu'ils s'adapteront. « Les éleveurs analysent bien leur flexibilité sur les volumes. Ceux qui s'estiment flexibles à très flexibles (près de 60 %) ont effectivement bien ajusté leur production à leur référence laitière augmentée des allocations provisoires (résultats sur quatre campagnes laitières) », indique Dominique Caillaud, de l'Institut de l'élevage. Les exploitations peu ou pas flexibles le sont par choix (zone AOP, production biologique…) ou parce qu'elles doivent déjà s'adapter à une hausse récente de quotas, comme cela peut être le cas en zones intermédiaires où les redistributions de quotas sont importantes. Pour ces dernières, le plus gros frein pour s'adapter à des rallonges de références est le manque de place dans les bâtiments et la main-d'oeuvre.

Le premier levier cité pour adapter les volumes sont les effectifs d'animaux. (S. Roupnel)

Le premier levier cité pour adapter les volumes sont les effectifs d'animaux. (S. Roupnel)

La place dans les bâtiments est citée comme premier frein

Une exploitation flexible* a des marges de manoeuvre sur plusieurs postes : effectifs d'animaux, système fourrager, places en bâtiment, main-d'oeuvre… Et inversement pour une exploitation peu flexible.
Quand on demande aux éleveurs enquêtés quels leviers ils mobiliseraient s'ils devaient à nouveau produire plus, il est intéressant de noter qu'ils garderaient moins de vaches de réforme qu'en 2007-2008, pour éviter les problèmes sanitaires. Par contre, ils sont plus nombreux à envisager de mettre en production davantage de génisses, voire à en acheter. Le levier alimentation serait davantage utilisé.
Quand on leur demande ce qu'ils changeraient pour s'adapter à une volatilité accrue, les éleveurs placent la gestion des investissements et de la trésorerie parmi les priorités d'un nouveau mode de gestion des élevages. « On espère que ce n'est pas qu'un voeu pieux, mais que c'est un véritable enseignement de la dernière crise », nuance Dominique Caillaud. La gestion des effectifs d'animaux arrive aussi en tête.
Dominique Caillaud indique qu'un des manques de cette enquête est d'avoir abordé la flexibilité volume, mais pas l'aspect économique. « C'est l'objet de l'étude lancée suite à cette enquête. Des techniques pour gagner en flexibilité seront testées, et l'impact économique de ces solutions sera analysé. La finalité de cette étude est de produire des références et des outils pour améliorer la flexibilité des exploitations. »

L'exploitation diversifiée est jugée plus flexible

Les éleveurs ont des visions assez convergentes du profil de l'exploitation flexible. Ils voient une exploitation plutôt diversifiée que spécialisée, et ceci dans une proportion supérieure à la situation actuelle des éleveurs enquêtés. Une surprise, étant donné le discours actuel pro-spécialisation. « Les systèmes lait et viande disent pouvoir faire plus de lait que d'autres exploitations. Des possibilités de substitution peuvent donner plus de souplesse à l'exploitation pour produire plus ou moins de lait. Enfin, l'idée est de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier », souligne Dominique Caillaud.
Autre surprise : le plébiscite du pâturage. « Sur le terrain, on voit plutôt le pâturage se réduire avec l'agrandissement des troupeaux. » À horizon 2015, les éleveurs enquêtés se voient produire plus de lait avec plus de vaches et de surface, mais aussi produire plus de viande, le tout en limitant le recours à la main-d'oeuvre salariée. « Ils chercheront des gains de productivité. »
L'enquête de l'Institut de l'élevage conclut à un creusement des écarts entre les bassins. « En zone intermédiaire, on s'attend à des agrandissements très importants chez ceux qui continueront en lait, alors que dans les régions à forte densité laitière les installations devraient rester fortes, et la restructuration devrait être plus lente. »

 

* La flexibilité d'un élevage est sa capacité à s'adapter à un contexte mouvant, tout en restant durable (viable, vivable, transmissible, respectant l'environnement…).

Source Réussir Lait Janvier 2011

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