Fertilisation minérale sur prairie : Quel est l'impact réel des apports d'azote tardifs et du fractionnement des doses ?

Emeline Bignon

Une série d'essais conduits par Arvalis en 2008 encourage à apporter l'azote minéral sur prairie de fauche en un seul passage, entre le 1er et le 15 février selon les régions.

Le prix de l'azote minéral flambe. Dans ce contexte, la question de la dose optimale d'engrais minéral azoté est de nouveau d'actualité, notamment pour les prairies de fauche. « Dans l'Ouest de la France par exemple, pour une date d'ensilage, la préconisation actuelle est d'apporter une centaine d'unités d'azote par hectare à une somme de températures de 200°C à compter du 1er janvier(1), rappelle Pierre-Vincent Protin, ingénieur fourrages à Arvalis. Or, sur le terrain, on observe que les doses sont souvent inférieures (autour de 60 à 80 unités/ha) et que le fractionnement est courant. » Ces pratiques pénalisent-elles vraiment le rendement et la qualité du fourrage récolté ? Que se passe-t-il en cas d'impasse de l'apport d'azote ? Et un apport d'azote tardif en cours de montaison permet-il d'améliorer la qualité des foins tardifs ?

Le fractionnement des apports d'azote a peu d'effets bénéfiques sur la qualité des foins et ensilages. (S. Grente)

Le fractionnement des apports d'azote a peu d'effets bénéfiques sur la qualité des foins et ensilages. (S. Grente)

Dose d'azote optimale

Des questions auxquelles les techniciens d'Arvalis ont cherché à répondre par une étude menée le printemps dernier sur des prairies de graminée pure, sur trois sites expérimentaux différents : dactyle en Loire-Atlantique, fétuque élevée dans l'Indre et prairie naturelle dans la Meuse. Les parcelles d'essai n'ont reçu aucune fertilisation organique les années précédentes.
Premier constat : pour une récolte précoce, autour du 15 mai en ensilage, la dose d'azote optimale se situe entre 120 et 150 unités par hectare selon les sites. « Ceci est un peu au-dessus de nos préconisations techniques, constate Pierre-Vincent Protin. Pour une exploitation plus tardive, autour du 10 juin en foin, un apport de 60 unités par hectare est plutôt conseillé. Les résultats de 2008 confirment qu'au-delà, le rendement évolue peu en Loire-Atlantique, alors qu'il continue de progresser dans l'Indre jusque 120 unités et dans la Meuse jusque 90 unités. »

Mais quels sont les résultats obtenus sans apport d'azote ? Avec une date de récolte précoce, au 15 mai, le rendement des prairies non fertilisées s'est limité en moyenne à 2 tMS/ha et la teneur en matière azotée totale (MAT) à 9 %. « Par rapport à la dose d'azote optimale, il faut ainsi s'attendre à une baisse de production de 4 à 5 tMS et 3 % de MAT. » Avec une récolte plus tardive, au 15 juin, l'impasse en azote a conduit à un rendement moyen de 5 tMS et une teneur en MAT de 6,5 %. « La différence de rendement observée entre ces deux récoltes (3 tMS/ha) tient essentiellement à la fourniture d'azote par le sol, précise le technicien, en rappelant que l'année 2008 s'est montrée particulièrement favorable à une bonne minéralisation. Afin de consolider ces résultats, d'autres essais sont programmés pour la campagne 2009. » Par rapport à la dose optimale, l'impasse en azote a entraîné une perte de rendement moyen de 3,5 tMS/ha et 2 % de MAT.

Apports tardifs risqués

D'autre part, quels que soient les sites et les doses d'azote apportées, les apports tardifs ont pénalisé le rendement (-600 kg MS/ha en récolte d'ensilage et - 2 tMS/ha en récolte de foin) et amélioré la MAT (+1,1 %/ha en ensilage et +2,1 %/ha en foin) par rapport à un seul apport effectué à 200°C après le 1er janvier. « Plus l'apport est retardé, plus l'exploitant améliore la qualité de son foin mais prend des risques en matière de stocks fourragers. Cette solution s'envisage plus facilement pour des élevages dont la surface n'est pas limitante. »

Fractionnement des doses

Avec des apports fractionnés, la teneur en MAT a gagné seulement 0,1 % pour l'ensilage et 0,4 % pour le foin sans effet sur le rendement. « Si on considère le temps et le coût du passage, il est clair qu'il vaut mieux apporter tout l'azote minéral en une seule fois », conclut Pierre-Vincent Protin.

(1) Dans le Grand Ouest, cela correspond en général au 1er février, dans le Centre au 28 janvier, et dans l'Est au 15 février.

Source Réussir Lait Elevage Janvier 2009

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