Forte hausse de la consommation : Le Mexique veut construire une filière laitière compétitive

Rita Lemoine - Revue laitière française

La demande en produits laitiers dépasse les capacités de production du pays, qui souffre d'un manque de compétitivité de ses exploitations laitières et de sa proximité avec les États-Unis. Une situation difficile à faire évoluer.

Entre 2000 et 2006, les Mexicains ont augmenté leur consommation de lait et de produits laitiers de 55 % et avoisiné ainsi un total de 14 960 millions litres en équivalent lait. Sur la même période, la production laitière s'est accrue de 10 % pour atteindre 10 050 millions de litres. Ces chiffres révèlent un fort déficit des disponibilités en lait. La résorption de ce déficit n'est pas envisageable à court terme. En effet, la demande de produits laitiers continue à progresser à un rythme soutenu — la consommation par habitant en 2008 a atteint 100 kilos contre 96 en 2007—, alors que la production recule. Alfonso Moncada de Yakult Mexico estime la baisse de la production en 2007 à 1 % et prévoit – 4 %pour 2008. Même si ces évolutions ne font pas l'unanimité (le ministère de l'Agriculture affiche +2,2 % entre 2006 et 2007), une chose est sûre, la production a subi en 2007 et 2008 un prix du lait bas alors que les charges des exploitations ont culminé, notamment l'alimentation animale. Le Mexique importe 40 % de ses besoins en grains, principalement en provenance des États-Unis. « Les taux de change USD/Pesos ont alourdi la note de 20 à 30 %, l'année dernière », regrette Vincento Gomez Como, président d'Anglac, l'association nationale des producteurs de lait mexicains spécialisés.

Cette dépendance vis-à-vis des Etats-Unis se retrouve également au niveau des importations de lait et de produits laitiers. « Les quotas d'importation instaurés en 1994 (le Mexique est membre, avec les États-Unis et le Canada, de l'Alena (NAFTA)) ont été supprimés fin 2007. Le marché est donc totalement libre et il est difficile de lutter contre notre puissant voisin », souligne-t-il.
Toutefois, les États-Unis ne sont pas les seuls intervenants sur ce marché. Le Mexique est un des pays les plus ouverts aux échanges. Il compte douze accords de libre-échange avec quarante-quatre pays et six accords préférentiels avec vingt-quatre autres.

Le lait est le premier produit consommé par les Mexicains : plus de 65 % des parts de marché en volume des produits laitiers. (R. Lemoine)

Le lait est le premier produit consommé par les Mexicains : plus de 65 % des parts de marché en volume des produits laitiers. (R. Lemoine)

 

Développement de fermes de plus de 1000 vaches

Cette conjonction de faits, le positionne au deuxième rang des pays importateurs de lait et de produits laitiers (au même niveau que la Russie mais après les États-Unis) avec, en 2008, 3,3 milliards de litres en équivalent lait selon les estimations d'un panel d'experts(1), soit 32 % de la consommation contre 26 % en 2007. Et l'année 2009 risque encore de creuser le déficit. « La chute fin 2008 des cours des produits de commodité va indéniablement avantager les importations, prévoit Vincento Gomez Como. Si notre pays n'était pas aussi ouvert aux importations, le prix du lait serait plus élevé et la production progresserait », renchérit Carlos Fernandez Gomez, président de l'autre association de producteurs de lait, l'ANPLE. Une situation qui n'aide pas la production laitière mexicaine à atteindre un niveau de compétitivité suffisant.

Il existe ainsi trois formes d'exploitations laitières au Mexique : les spécialisées (65 % de la production mexicaine), les familiales (25 %) et les mixtes (10 % des exploitations des zones tropicales (côtières) basées sur des troupeaux de zébus, dont une partie du lait est trait et l'autre laissé au veau, élevé avec sa mère). Ces dernières structures pèsent sur la production puisqu'elles peuvent faire le choix de produire ou pas en fonction du prix du lait.
Selon FIRA, le fonds public de financement de l'agriculture dépendant de la Banque centrale du Mexique, ce classement correspond respectivement à plus de 275 vaches, entre 90 et 200 vaches et moins de 90 vaches. Toutefois, parmi les fermes spécialisées, 5 % détiendraient plus de 1000 vaches et représenteraient 75 % de la production de cette catégorie qui compte 1,2 million de têtes, selon Vicente Gomez Cobo. En effet, les fermes de plus de 1000 vaches se sont multipliées ces dernières années dans le centre et le nord du Mexique. Et il existe plusieurs exploitations de 20 000 vaches et même une de 40 000 vaches dans le nord du pays.

Parmi les fermes spécialisées mexicaines, 5 % détiendraient plus de 1000 vaches et représenteraient 75 % de la production. (R. Lemoine)

Parmi les fermes spécialisées mexicaines, 5 % détiendraient plus de 1000 vaches et représenteraient 75 % de la production. (R. Lemoine)

 

Un prix du lait bas en 2007 et 2008

« 20 % des petits producteurs ont arrêté cette année de produire. Les fermes de 300 vaches sont amenées à disparaître. Les fermes de demain devraient détenir plus de 1000 vaches pour être compétitives », explique Vincento Gomez Cobo. C'est le cas de son exploitation à Quéretaro à 200 kilomètres au nord de Mexico, où il élève 1200 vaches dont 1000 sont traites (8500 litres par vache et par an). Vincento Gomez Cobo a augmenté sa production de 25 % en 2008. Ses possibilités de développement dépendent de ses actions à la coopérative Alpura. Son voisin, coopérateur également chez Alpura (1300 vaches à la traite), souhaite acheter de nouvelles actions pour augmenter de 15 % sa production. Mais le prix du lait n'est pas encourageant. « Une vache — 28 à 32 litres par jour — équivaut à une action », précise Vinceto Gomez Cobo.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement compte faire du secteur laitier un secteur compétitif. Un programme laitier sur la période 2007-2012 est en cours et vise à améliorer la production, la transformation et la consommation. Le ministère de l'Agriculture estime que 6 % de la valeur de la production laitière seraient nécessaires pour développer une filière organisée.

(1) source : Hoard's dairyman, octobre 2008 par Albelardo Martinez.

Source Réussir Lait Elevage Mars 2009

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