Fromages AOC : Un fonds d'investissement pour la filière comté

Costie Pruilh

Depuis juillet, des fruitières à comtés cotisent à un fonds d'investissement, pour se donner les moyens d'investir dans l'affinage, et garder ainsi un pouvoir important dans la filière.

Le fonds d'investissement « Coop invest » est né cette année à l'initiative des FDCL (fédérations des coopératives laitières) de Franche Comté. Le système est basé sur le volontariat. Les fruitières à comté qui s'engagent dans le dispositif cotisent l'équivalent de 5 euros pour 1000 litres de lait transformé en comté, sur trois ans. « Nous nous sommes fixé un objectif de 100 coopératives volontaires, sur les 150 coopératives que compte la filière. Cela représente 450 millions de litres de lait, soit un fonds de 6,75 millions d'euros. Pour l'instant, seules 52 coopératives ont abondé le fonds. Certaines se disent prêtes à participer, mais attendent d'y voir plus clair dans le projet, ou que plus d'opérateurs s'engagent… », expose Bernard Marmier, président de la FDCL du Doubs.
Rappelons qu'en filière comté, les fruitières sont des coopératives gérées par des producteurs de lait. Elles fabriquent les fromages en blanc, puis les vendent aux affineurs, qui sont soit des privés, soit des coopératives, dont le siège de décision est soit local, soit extérieur à la région. L'AOC comté compte une quinzaine d'affineurs. Parmi ceux qui dominent le marché, on trouve des locaux comme la Fromagerie Petite, Arnaud, Rivoire et Jacquemin, et des grands groupes comme Entremont alliance, Lactalis, la coopérative Ermitage (siège social dans les Vosges).

Des affineurs qui se concentrent

L'objectif du fonds d'investissement est de donner la possibilité aux fruitières d'être présentes dans l'aval de la filière, c'est-à-dire l'affinage. Le fonds peut servir à participer à l'acquisition d'un intervenant, ou à entrer dans son capital.
« Jusqu'à récemment, les producteurs ne se sont pas inquiétés de la mise en marché des comtés. Mais aujourd'hui, le risque est réel de voir de gros intervenants prendre trop de pouvoir au sein de la filière, assure Bernard Marmier. Nous voulons que les structures régionales gardent un pouvoir de négociation en interprofession. »
Depuis une vingtaine d'années, des petites entreprises d'affinage locales ont été reprises par des acteurs souvent extérieurs à la région. Les affineurs régionaux ne représentent plus que la moitié des comtés. Les repreneurs sont de grosses structures qui peuvent ne pas avoir le même esprit de filière et de soutien du tissu agricole comme l'ont les entreprises locales. « Quand le pouvoir de décision part hors de la région, c'est synonyme d'appauvrissement de la filière », selon Bernard Marmier. Surtout s'il se concentre entre deux ou trois mains.

Un des objectifs du fonds d'investissement est la participation des fruitières au capital de Juragruyère (groupe Entremont alliance) dans le nouvel ensemble annoncé entre Sodiaal et Entremont. (CIGC)

Un des objectifs du fonds d'investissement est la participation des fruitières au capital de Juragruyère (groupe Entremont alliance) dans le nouvel ensemble annoncé entre Sodiaal et Entremont. (CIGC)

 

Sauver la philosophie du comté

Le président explique que « quand les gros affineurs aimeraient faire plus de comtés et le vendre moins cher, nous - producteurs, fruitières et affineurs locaux - défendons la maîtrise des volumes, la valorisation des comtés, le partage de la valeur ajoutée, la santé des exploitations laitières, et ainsi le maintien d'un tissu dense d'élevages et de fromageries ».
Aujourd'hui, les éleveurs et les fruitières ont encore un poids important dans la filière. En témoigne l'effort fait par les affineurs sur la campagne 2008-2009 pour anticiper la hausse du prix d'achat des fromages en blanc qui était pressentie vu l'amélioration du marché du comté. Le prix du lait avait ainsi pu augmenter plus tôt.
Le fonds d'investissement vise ainsi à préparer l'avenir, et à ce que l'amont de la filière ne perde pas trop son poids face à des affineurs qui se concentrent.

Prendre des parts dans l'ex-Entremont ?

L'idée de monter ce fonds d'investissement chemine depuis quelques années. Mais la campagne 2007-2008, avec les problèmes de qualité de fourrage et une production laitière en retrait, n'a pas été favorable à l'engagement des producteurs. Ni l'année 2008 avec un différentiel de prix du lait avec le conventionnel qui se réduisait. Cette année est plus favorable. Le prix du lait a augmenté (400 €/1000 l environ). L'ICHN (indemnité compensatoire des handicaps naturels) a été revalorisée. Le bilan de santé est favorable à la montagne. De plus, l'actualité d'Entremont alliance met en lumière l'urgence de la constitution de ce fonds.

« Jura gruyère (groupe Entremont) est le plus gros intervenant en comté, avec environ 15 000 tonnes. Si Sodiaal reprend la totalité d'Entremont, Jura gruyère passera dans son giron. Le groupe coopératif n'est pas encore présent dans la filière comté », souligne Bernard Marmier. Il reste encore beaucoup d'inconnues sur le montage de cette reprise par Sodiaal, et les fruitières ambitionnent d'y prendre part. « La fruitière dont je suis adhérent fait partie d'un groupement de coopératives - Juramonts - qui vend ses fromages en blanc à Juragruyère. Et Juramonts veut être dans le capital du nouvel ensemble qui sera monté avec Sodiaal. C'est une des raisons pour lesquelles le fonds d'investissement a été créé », témoigne Daniel Prieur, président de la chambre d'agriculture du Doubs.
Le fonds d'investissement ne permet pas à lui seul de reprendre Juragruyère, d'où l'idée de partenariats, de prise partielle de capital… Reste à voir si les fruitières parviendront à prendre part dans le nouvel ensemble. Et si toutefois cela ne se faisait pas, cet argent pourra servir à d'autres projets de reprise.

Source Réussir Lait Elevage Octobre 2009

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