Gaz à effet de serre : Comment réduire l'empreinte carbone du lait

Emeline Bignon

Les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont aujourd'hui connus. L'Union européenne s'est engagée à réduire de 20 % ses émissions de GES d'ici 2020. Et la France va encore plus loin, en se fixant l'objectif de diviser par quatre ses émissions à l'horizon 2050. Quel sera l'effort réclamé à l'élevage ? Rien n'est pour l'heure décidé. Mais une chose est sûre, l'affichage environnemental des produits, impulsé par le Grenelle de l'environnement, aura un impact sur l'image des produits laitiers et de la viande bovine auprès des consommateurs.
Pour se préparer à ce défi, la filière laitière s'est mobilisée pour évaluer les émissions de GES en élevage et approcher l'empreinte carbone du lait. Une méthode d'évaluation — Ges'tim — a été mise au point par l'Institut de l'élevage pour mesurer l'impact des exploitations laitières sur l'effet de serre. « Ges'tim permet d'évaluer l'ensemble des émissions directes et indirectes (celles liées aux intrants) d'un élevage, en traduisant les différents flux environnementaux pour les trois gaz impliqués dans le réchauffement climatique, à savoir le méthane, le protoxyde d'azote et le dioxyde de carbone », avançait Armelle Gac, de l'Institut de l'élevage, lors d'une récente journée consacrée aux gaz à effet de serre en élevage herbivore. Tous les postes d'émission (fermentations liées à l'activité du rumen, stockage des déjections, pâturage, fertilisation azotée, intrants, consommation de fioul et d'électricité) sont comptabilisés.

Prairies et haies permettent de compenser 5 à 40 % des émissions en élevages grâce au stockage du carbone dans le sol. C'est un des leviers majeurs pour limiter l'empreinte carbone du lait. (S. Dévé)

Prairies et haies permettent de compenser 5 à 40 % des émissions en élevages grâce au stockage du carbone dans le sol. C'est un des leviers majeurs pour limiter l'empreinte carbone du lait. (S. Dévé)

« Produire un litre de lait s'accompagne d'un kilo de CO2 émis »

« Cette première approche fournit les émissions brutes d'une exploitation donnée, poursuit la spécialiste. Mais pour évaluer avec justesse les émissions de gaz à effet de serre, il faut calculer les émissions nettes en retranchant la quantité de carbone stocké dans le sol grâce aux prairies et haies. »
Les quatre cents exploitations laitières des Réseaux d'élevage, représentatives des systèmes laitiers français, ont été passées à la moulinette de Ges'tim. « Nous parvenons à une empreinte carbone brute comprise entre 1 et 1,5 kg CO2 par litre de lait pour la moitié des exploitations, rapporte Jean-Baptiste Dollé, de l'Institut de l'élevage. Si nous observons peu de différences entre les systèmes polyculture, plaine et montagne, les plages de variation apparaissent importantes au sein d'un même système. Ce qui laisse présager de pistes d'amélioration pour les éleveurs. » Le niveau d'émission moyen pour produire un litre de lait s'approche de 1 kg eqCO2, un niveau proche de ceux calculés dans d'autres pays. En Europe, la moyenne se situe à 1,3 kg eqCO2/l, à 1,8 aux Pays-Bas, à 1,3 dans les élevages allemands intensifs (1 chez les extensifs) et 0,9 en Nouvelle-Zélande.
Dès lors que l'on prend en compte le stockage du carbone (estimé à 500 kg/ha/an), les émissions se trouvent compensées. « L'empreinte carbone nette se voit cette fois comprise entre 0,7 et 1,2 kg eqCO2/l. Les différences entre systèmes apparaissent plus marquées et associées à la part que tient l'herbe. »

Le stockage du carbone sous prairie peut couvrir 40 % des émissions

Selon la part des prairies dans le système fourrager, le stockage du carbone permet de compenser 5 à 40 % des émissions. Cela représente 10 à 95 % du méthane issu de la fermentation entérique des ruminants. « Si les émissions nettes de GES apparaissent en lien direct avec la part d'herbe dans le système fourrager, il n'y a pas de corrélation avec le niveau de production laitière, souligne l'expert. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les élevages les plus productifs dégagent autant d'émissions que les autres, malgré des émissions de méthane ramenées au litre de lait inférieures. Cela tient à un recours plus important aux intrants et aux engrais azotés minéraux, un temps en bâtiment généralement plus long, et une faible compensation par le stockage du carbone sous prairies. » L'étude démontre aussi que la performance environnementale n'est pas incompatible avec la performance économique.

Source Réussir Lait Janvier 2011

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires