Gestion : Cinq leviers pour améliorer la marge en jeunes bovins laitiers

Emeline Bignon

« On constate d'importants écarts de marge en production de jeunes bovins laitiers », indique Alain Guillaume, du pôle herbivore des chambres d'agriculture de Bretagne. D'après une étude de groupe du CER Bretagne en 2009, la marge brute moyenne des élevages s'élève à 1 300 €/ha de SFP et 2120 € pour le quart supérieur, soit un écart de 820 €/ha de SFP. « Les meilleures marges s'expliquent par un produit brut élevé, des charges maîtrisées et un nombre de jeunes bovins produit par hectare plus important. »

1 - Cibler le bon poids de carcasse

« En Bretagne, les jeunes bovins de race Prim'Holstein sont abattus à 21,5 mois au poids moyen de 380 kg de carcasse, précise le technicien. L'analyse des données d'abattage montre que la moitié des carcasses dépassent les 380 kg et 20 % atteignent plus de 400 kg. Environ 40 % des carcasses de plus de 380 kg sont jugés trop grasses. Or, la filière préfèrerait des carcasses de 350-370 kg, aptes à se substituer à celles des vaches de réforme laitières. » Pourtant au fil des ans, le poids de carcasse moyen des jeunes bovins Prim'holstein progresse, +15 kg de 2003 à 2007.
D'après un essai conduit à la station de Mauron, passer de 350 à 400 kg de carcasse implique une consommation supérieure de maïs ensilage (+965 kg MS) et de concentrés (109 kg de correcteur azoté et CMV), une dégradation de l'indice de consommation (+0,7 UFV/kg de gain de poids vif), une dégradation de l'état d'engraissement (+10 % de carcasse en note 4), pour une légère amélioration de la conformation (+1/6 de classe). « Au final, l'éleveur y perd 40 € par jeune bovin produit, frais de mécanisation déduits, en prenant en compte l'absence de marge blé sur la surface supplémentaire nécessaire pour produire des jeunes bovins. »

2 - Prévoir les périodes de vente

Produire des jeunes bovins à partir de veaux Prim'Holstein reste intéressant quelle que soit la période de naissance, à condition d'éviter les ventes sur les périodes où l'offre est plus importante et la demande plus faible (généralement de juin à fin août). Aussi est-il important de raisonner les sorties en fonction de la période de naissance. « Les jeunes bovins nés à l'automne seront vendus sur mars et avril, et ceux nés en mars-avril le seront sur septembre-octobre, rappelle le technicien. Pour les veaux nés en hiver, un abattage à 350-370 kg conduit à des sorties en milieu d'été. Dans ce cas-là, retarder la sortie et viser un poids de carcasse supérieur peut s'avérer payant. »

3 - Maîtriser le coût alimentaire

Hors alimentation lactée, un bon repère de coût alimentaire, c'est de viser entre 300 et 350 € par jeune bovin en race laitière. Pour y parvenir, il faut d'abord une bonne valorisation de la ration de base, et donc du maïs fourrage avant de distribuer un concentré énergétique supplémentaire. « L'incidence d'un apport de 1 kg par jour de concentré énergétique à 210 €/t dans une ration » maïs et tourteau de soja « entraîne un surcoût alimentaire de 90 €/JB et une baisse de la marge brute de 60 €/JB. »

4 - Assurer des croissances élevées

Il faut chercher des croissances supérieures à 1150 g par jour. Cela équivaut à un poids de carcasse de 360 kg à 17,5 mois. « Sur le terrain, on observe des différences de GMQ de 255 g/j pour un même poids de carcasse final. À la station expérimentale de Mauron, le GMQ moyen s'élève à 1225 g/j pour un abattage à 17,5 mois, alors que les élevages tournent plutôt à 950-1000 g de GMQ moyen pour un âge à l'abattage autour de 22 mois. Soit 4,5 mois d'élevage supplémentaires. » Comment l'expliquer ? Le plus souvent par une composition de la ration présentant une densité énergétique insuffisante. « Ceux qui affichent la meilleure marge disposent de 90 % de maïs dans la SFP destinée aux jeunes bovins. » Autre explication : les animaux peuvent être rationnés. « Il faut veiller à distribuer le fourrage à volonté et complémenter correctement la ration à hauteur de 1 à 1,2 kg équivalent tourteau de soja, conseille le technicien en rappelant que de moindres performances dans le jeune âge (nurserie et post-sevrage) se retrouvent ensuite en phase d'engraissement.

5 - Cibler des rendements élevés en maïs

« En dessous de 11 tMS de rendement de maïs par hectare, ou une production de trois jeunes bovins par hectare, la marge dégagée par les jeunes bovins ne permet pas de faire face aux charges engagées et à la rémunération du travail. » Avec un même niveau de charges opérationnelles par hectare, un écart de rendement d'une tonne de matière sèche impacte de 130 € la marge par hectare. D'où l'importance de produire des jeunes bovins sur des parcelles de maïs productives. D'après une récente enquête en Bretagne, la moyenne des rendements en maïs chez les producteurs de jeunes bovins laitiers s'élève à 14,3 tMS/ha, avec des fluctuations de 12,5 à 16 tMS/ha. Cet écart se traduit par une différence de chargement 1,1 JB/ha, entraînant une variation de la marge brute de 465 €/ha.

 

Source Réussir Lait Octobre 2010

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires