Gestion des effluents : Le co-compostage séduit à la fois agriculteurs et collectivités

Bernard Griffoul

Une fois broyés, les déchets verts sont récupérés par des agriculteurs qui les compostent avec leurs fumiers. Facilitant la gestion des effluents, le co-compostage séduit aussi les collectivités.

Jean Camps, éleveur laitier à Bugnein,dans les Pyrénées-Atlantiques, fait partie des sept fondateurs de la Cuma Agricompost créée au début des années 2000 ; ils sont 250 aujourd'hui, principalement dans le pays basque. Le compost, il connaît. Mais, au début, il avait des difficultés pour travailler le fumier de la stabulation à logettes de ses 37 vaches laitières car il contient peu de paille. « Ce sont des fumiers lourds qui se tassent très vite. »

Au plus près des lieux de production

Depuis quelques années, il les mélange avec des déchets verts issus de la communauté de communes. De l'ordre d'un tiers de déchets pour deux tiers de fumier. Ce compost de qualité, épandu à raison de 20 à 25 tonnes par hectare, assure toute la fumure de fond des 20 hectares de maïs qu'il cultive (38 ha de SAU). Dans l'année, il récupère quelque 250 à 300 tonnes de déchets verts. Il observe sur ses parcelles une « remontée de la matière organique et une meilleure tenue des terres à l'irrigation. Les années de sécheresse, je gagne un tour et demi d'eau, soit 35 millimètres par an. Le pH est remonté également, je ne chaule plus ». Les déchets verts sont généralement très riches en calcium.
Facilitant la gestion des effluents, profitable sur le plan agronomique, le co-compostage n'intéresse pourtant pas que les agriculteurs.
Le syndicat mixte Bil Ta Garbi (BTG), qui gère les déchets d'une bonne moitié du département des Pyrénées-Atlantiques, ne s'y est pas trompé. « Le co-compostage nous permet de traiter les déchets verts au plus près des lieux de production », se réjouit son directeur Dominique Carrère.





Après une phase d'expérimentation, ce sont aujourd'hui sept plateformes qui reçoivent au total 3500 tonnes de déchets par an provenant des zones rurales.
Pour chacune d'entre elles, quatre ou cinq agriculteurs (32 au total) en assurent le traitement par compostage avec des effluents ou parfois seuls. Le syndicat BTG a passé une convention avec la fédération des Cuma qui assure un suivi (mesures de température, analyses…). Les déchets verts de l'autre moitié du département (le Béarn) sont gérés par un autre syndicat qui procède de la même manière avec la Cuma départementale de compostage et une trentaine d'agriculteurs également.




(B. Griffoul)

(B. Griffoul)

 

Les déchets verts, une fois broyés, et les fumiers, peu chargés en paille, feront un excellent compost permettant aux agriculteurs de supprimer la fumure de fond sur leurs maïs. (B. Griffoul)

Les déchets verts, une fois broyés, et les fumiers, peu chargés en paille, feront un excellent compost permettant aux agriculteurs de supprimer la fumure de fond sur leurs maïs. (B. Griffoul)

 

Surveiller la finesse du broyat

Jean Camps récupère les déchets verts de la plateforme du canton de Navarrenx avec trois autres agriculteurs, dont Georges Lacampagne, président de la Cuma Agricompost.
Ce sont des résidus de tonte ou d'élagage amenés tout au long de l'année par des particuliers, des entreprises et les collectivités. Ils sont broyés deux fois par an par une entreprise spécialisée. À chaque broyage, les quatre éleveurs, situés dans un rayon de cinq kilomètres, récupèrent quelque 600 tonnes de déchets qu'ils se partagent. Ils assurent eux-mêmes le transport et sont rémunérés par le syndicat Bil Ta Garbi (30 euros par heure pour le chargement et 3,50 euros par tonne pour le transport). La facturation est assurée par la FDCuma. « Notre objectif est d'avoir un produit le plus homogène possible, expliquent les deux éleveurs. Il faut surveiller la finesse du broyat. L'entreprise a un cahier des charges à respecter mais il faut être vigilant. Il a fallu apprendre le métier. Maintenant, nous faisons du bon boulot mais nous avons toujours la crainte d'avoir une surprise. »
Les « surprises », ce sont notamment des morceaux trop gros (plus de 20 centimètres) qui
ne posent pas de difficultés pour le compostage mais peuvent bloquer un outil, voire provoquer une casse. « Des discussions sont en cours avec les collectivités pour que les gardiens fassent un tri », explique Nathalie Guitter, de la FDCuma.


« Pas satisfait à 100 % »

Des corps étrangers (métaux, plastiques, piles…) sont parfois présents dans les déchets organiques, notamment sur les plateformes qui recueillent aussi les déchets ménagers. Là encore, plutôt une appréhension qu'un véritable problème. Pour parer à ce risque, Georges Lacampagne vient tous les mois sur la plateforme pour remuer les tas de déchets déposés les uns à côté des autres, les mélanger et les empiler, ce qui lui permet d'enlever les indésirables.
Le président d'Agricompost reconnaît qu'il «n'est pas satisfait à 100 %» de ce fonctionnement. Ses yeux se tournent vers la Vendée où, avant de se lancer dans le co-compostage, il avait rencontré une Cuma qui assurait la totalité de la prestation, du tri des déchets jusqu'à l'épandage du compost. La qualité du produit est ainsi mieux contrôlée et le service rendu à la collectivité mieux valorisé. « J'aimerais faire la même chose, mais c'est un autre métier. C'est peut-être une évolution à rechercher si les agriculteurs prennent conscience de l'intérêt de s'investir davantage dans le co-compostage, surtout quand on
voit le prix des engrais. Il y a là un potentiel de valorisation des déjections animales et de
réduction des intrants qui est encore mal exploité. »

Avec des fumiers lourds, le mélange 2/3 fumier 1/3 déchets verts facilite le travail. (FDCuma 64)

Avec des fumiers lourds, le mélange 2/3 fumier 1/3 déchets verts facilite le travail. (FDCuma 64)

 

Source Réussir Lait Elevage Octobre 2008

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