Gestion : valuer les risques de son exploitation en six points

Emeline Bignon

« Sur une exploitation, il y a toujours une part de risque que l'on accepte de prendre, mais sans la connaître vraiment. » Ces propos de Pierre et François Collin, frères et associés en Gaec à Bouvron, en Meurthe-et-Moselle, sur une exploitation de polyculture-élevage (100 vaches, 800 000 litres, deux salariés) sont lourds de sens. Suite à un regroupement, les deux exploitants misent sur un projet de reconstruction à neuf avec un investissement lourd (700 000 €). « En tant qu'entrepreneurs, nous aimerions être en mesure d'agir en connaissance de cause, mais la maîtrise des risques ne se montre pas toujours très cartésienne », analyse Pierre. Les incertitudes économiques liées à la conjoncture laitière n'aident pas, mais c'est un risque parmi d'autres…

Se sentir rassurés pour oser aller plus loin

La prise de risques n'est pas nouvelle, mais les conséquences induites ont un impact beaucoup plus important qu'auparavant. Pour être efficace, une approche globale du risque s'impose dans l'entreprise. C'est en tout cas l'objectif de la démarche que propose depuis quelques mois le CER France Adhéo (Meuse et Meurthe-et-Moselle). « L'idée est d'appréhender les risques auxquels sont confrontés les exploitations laitières d'une façon transversale car ces derniers interfèrent dans la gestion de l'entreprise, avance Pierre-Alain Roussel, chargé de mission Qualité hygiène sécurité environnement à Adhéo. Il faut engager une dynamique de prise de risque mesurée afin que les exploitants puissent se sentir rassurés et oser aller plus loin. » Le diagnostic permet en fait de dégager une vue globale de la vulnérabilité de l'exploitation pour permettre aux exploitants de se rassurer et de savoir où agir.
Concrètement, la démarche vise à identifier les différents risques à travers six domaines distincts, à les hiérarchiser selon leur importance et leur probabilité, puis à mettre en oeuvre des moyens d'action pour y remédier.

Hiérarchiser les risques préjudiciables à la viabilité de l'entreprise

Parmi les risques majeurs auxquels le Gaec du Grand Parc est confronté, Pierre et François Collin mettent d'abord en avant le risque humain, en lien avec la survenue d'une maladie, d'un accident, voire le décès de l'un des associés. « Bien sûr, nous sommes certainement moins exposés à ce risque que ne l'est un exploitant qui travaille seul. Mais en cas d'absence ou de disparition de l'un de nous deux, l'entreprise peut-elle continuer à fonctionner ? », s'interrogent les éleveurs. Si des solutions se montrent envisageables à court et moyen terme, notamment sur les aspects travail grâce à la souscription de contrats d'indemnisation journalière, la préservation de la société à long terme (plus d'un an) apparaît moins certaine. « Pour améliorer la couverture de ce risque, un point peut s'envisager avec un juriste, note le conseiller. Il veillera notamment à vérifier le nom des titulaires des baux, à les faire au nom de la société et à s'assurer de la possibilité de poursuivre le bail par le conjoint, les enfants ou les parents. » Autant de précautions indispensables à la pérennité de l'entreprise dans un tel cas de figure.
S'il arrive au second plan, le risque économique apparaît néanmoins prépondérant dans la réflexion des exploitants. « L'importance des capitaux à engager au regard de la rentabilité nous alarme », lâchent les éleveurs. « Tant qu'on ne connaît pas son prix de revient, il est difficile de se positionner par rapport à un marché et de savoir quelles sont les véritables marges de manoeuvre de l'entreprise », estime Pierre-Alain Roussel, en préconisant une réactualisation annuelle de cet indicateur, tant pour le lait que pour les cultures, lors de la remise du résultat.

 

 

« Sécuriser les risques négatifs, c'est pouvoir se concentrer sur les opportunités »

« Ce diagnostic remet en lumière des éléments dont nous avions déjà plus ou moins conscience mais sans vraiment prendre le temps de les traiter à tête reposée, conclut Pierre Collin. Les divers autres points soulevés tels que l'intérêt d'une assurance aléas climatique, risque fiscal, la protection du patrimoine personnel, ou même l'affichage de documents obligatoires, ne nous empêchent pas de conduire l'exploitation au quotidien, mais si on ne se penche jamais dessus, ils pourraient se révéler un jour préjudiciables à la viabilité de l'entreprise. C'est psychologiquement rassurant de faire le tour de la question une fois pour toute. Maintenant, nous savons exactement vers qui nous tourner pour résoudre tel ou tel point et l'échéancier établi nous incite à agir dans un délai précis. »

Source Réussir Lait Avril 2010

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