Inséminations : Semence sexée : neuf chances sur dix d'avoir une femelle !

Franck Mechekour

L'offre de taureaux avec semence sexée s'étoffe. La technique est fiable à 90 %. Mais il faut prendre des précautions pour ne pas pénaliser les résultats par un faible taux de gestation.

Mettre à la trappe les spermatozoïdes mâles pour ne conserver dans les paillettes que les spermatozoïdes femelles ! Tel est l'objectif du sexage de la semence. « Dans ce domaine, la seule technologie fiable pour ne pas dire existante aujourd'hui est celle proposée par la société américaine Sexing technologies », explique Laura Salas Cortes, spécialiste à l'Unceia des travaux sur le sexage de la semence. Cette technique a connu une accélération nette sur le plan commercial depuis 2007. Les nombres de doses de semences produites dans le monde sont évalués à 4 millions en 2008 et à plus de 6 millions pour 2009. Aujourd'hui, bon nombre de races laitières proposent des taureaux avec de la semence sexée.
La méthode de Sexing technologies permet de trier efficacement les spermatozoïdes puisque la fiabilité annoncée est d'au moins 90 %, c'est-à-dire au moins 90 femelles sur 100 vêlages. Aux États-Unis et en France, via Gen'France (filiale d'Amelis), des semences sexées de taureaux américains sont également proposées avec une fiabilité de 75 %. La méthode utilisée est la même, mais le tri est moins drastique. Le coût de la semence est moins élevé.

Umotest, avec Sexing Technologies, a investi dans une plate-forme de sexage. Ce laboratoire lui permet de sexer la semence d'une large gamme de ses taureaux en étant ouvert aux autres races.(Umotest)

Umotest, avec Sexing Technologies, a investi dans une plate-forme de sexage. Ce laboratoire lui permet de sexer la semence d'une large gamme de ses taureaux en étant ouvert aux autres races.(Umotest)

Gain en facilité de naissance

Cette technologie offre un bon levier pour accélérer le progrès génétique, assurer le renouvellement du troupeau et notamment celui de certaines souches, mais aussi pour changer de race tout en limitant les achats d'animaux, améliorer le produit viande (croisement sur une partie du troupeau), vendre des génisses amouillantes ou des vaches en lait excédentaires…
Avec neuf femelles sur dix naissances, on peut utiliser avec moins de risques des taureaux dont l'index facilité de naissance tourne autour de 86. « Des travaux de l'Inra montrent que l'on gagne au moins trois points sur l'index facilité de naissance », explique David Dupassieux, directeur adjoint du groupe Umotest. Attention toutefois, dans un cas sur dix on perd !
Le talon d'Achille du sexage de la semence, c'est l'écart de fertilité avec la semence conventionnelle. Le tri des spermatozoïdes a une part de responsabilité dans ce phénomène. Mais c'est surtout du côté de la plus faible concentration en spermatozoïdes qu'il faut chercher la principale explication à cette baisse de fertilité. « Une paillette de semence conventionnelle contient environ 18 millions de spermatozoïdes contre seulement 2,1 millions dans une paillette sexée », souligne David Dupassieux. « Et après décongélation, il ne reste qu'environ 60 % de spermatozoïdes vivants », explique Laura Salas-Cortes.

Une baisse de fertilité maîtrisable

Cette concentration en spermatozoïdes représente un bon compromis entre un prix de revient de la dose de semence pas trop élevé et un taux de gestation correct. Avec neuf fois moins de spermatozoïdes, on peut en effet obtenir des taux de gestation supérieurs à 50 %, à condition toutefois de suivre scrupuleusement les consignes d'utilisation de ces paillettes.
La tentation est grande d'utiliser de la semence sexée sur une vache qui n'a eu que des veaux mâles, surtout si c'est une tête de souche. Mais il faut avant tout privilégier les inséminations sur génisses ou sur vaches fertiles dans les élevages maîtrisant la fertilité.
Les femelles doivent être en bonne santé, bien cyclées, avec des chaleurs nettes… La qualité de la contention au moment de l'insémination est également primordiale.
Une fois toutes ces conditions réunies, il est possible d'atteindre des taux de gestation supérieurs à 50 %. « Nos premiers résultats sur près de 3000 inséminations sont conformes à nos attentes avec 1,8 paillette sexée pour 1 gestation (contre 1,6 en semence conventionnelle) », indique David Dupassieux.

Près de 92 % de femelles : telle est la fiabilité annoncée par Gènes-Diffusion sur un total de 1900 inséminations réalisées avec de la semence sexée. (F. Mehekour)

Près de 92 % de femelles : telle est la fiabilité annoncée par Gènes-Diffusion sur un total de 1900 inséminations réalisées avec de la semence sexée. (F. Mehekour)

 

Une offre plus large grâce à la génomique

Le nombre de taureaux proposés avec de la semence sexée varie selon les races, mais pas seulement. En effet, tous les taureaux ne sont pas égaux face au sexage de leur semence. « Pour ne pas pénaliser le taux de gestation, les taureaux les moins fertiles en semence conventionnelle ne sont pas proposés en sexage », affirme David Dupassieux.
En moyenne seulement 30 % d'un éjaculat sert à fabriquer des doses de semences sexées. Autrement dit, 70 % de l'éjaculat part à la poubelle ! Alors, quand un taureau phare est très demandé et que son stock de semence est limité, le sexage n'est pas vraiment d'actualité.
La loi du marché joue également. À quoi bon proposer de la semence sexée pour un maximum de taureaux si la demande dans les élevages ne suit pas ?
À l'inverse, le choix limité en taureaux avec semence sexée a freiné le recours à cette technologie jusqu'ici.

Un investissement rentable

Les stratégies de diffusion varient également selon les entreprises de sélection.
En Montbéliarde par exemple, Umotest propose depuis septembre de la semence sexée de quatorze taureaux issus de dix pères différents et ayant un ISU moyen de 148 points. Jura-Bétail limite son offre à trois taureaux : Socrate JB, Ufuk JB et Bogoro JB, un taureau issu de la sélection « génomique ». Un choix que son directeur, Dominique Peinturier, explique ainsi : « Il faut encourager les éleveurs à utiliser de la semence sexée uniquement sur des génisses. Il faut donc sélectionner des taureaux avec un index facilité de naissance compatible avec une utilisation sur génisses même si l'on gagne quelques points avec de la semence sexée. Enfin, ces taureaux doivent avoir un pedigree original. »
La race Normande propose actuellement quatre taureaux : Redondo, Rafiot, Tarpolin et Traban.

En race Brune, en attendant l'arrivée des taureaux français issus de la sélection génomique, seuls les taureaux étrangers sont proposés en semence sexée. « En 2008, il y avait seulement deux taureaux avec de la semence sexée dans notre catalogue et nous avons vendu environ 500 paillettes, rapporte Olivier Bulot, directeur de BGS. Cette année, malgré le contexte de crise, nous avons déjà vendu 600 doses de semences depuis juin dernier. Cela va peut-être se tasser par la suite. Mais cette progression s'explique en partie par le fait que le choix de taureaux s'est étoffé et que c'est une solution intéressante pour monter un troupeau de race Brune sans acheter trop d'animaux. »

Source Réussir Lait Elevage Novembre 2009

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires