Jean-Christophe Moreau de l'Institut de l'Elevage : Le changement climatique aura des effets contrastés »

Propos recueillis par Franck Mechekour

Jean-Christophe Moreau de l'Institut de l'Elevage  : Le changement climatique aura des effets contrastés »

Sécheresse en été, hivers doux… Une étude pilotée par l'Institut de l'élevage(1) permet d'estimer l'impact du changement climatique sur l'agriculture d'ici la fin du siècle.

A-t-on déjà mesuré des effets du changement climatique ?

Oui. On constate notamment depuis une quinzaine d'années que la mise à l'herbe est plus précoce dans le Grand Ouest ou en périphérie du Massif central. On sème déjà plus tôt le maïs et avec des variétés plus tardives. Notre travail prospectif(2) a donc pour but d'étudier les changements déjà en marche, mais aussi comment ils pourraient évoluer jusqu'à la fin du siècle, pour en déduire ensuite des adaptations techniques ou de systèmes pour les cultures comme pour l'élevage.

Est-ce que l'on doit s'attendre à de gros bouleversements ?

Les conséquences du changement climatique devraient être très variables selon l'évolution des émissions de gaz à effet de serre dans les prochaines années, mais aussi les cultures, les types de sols et les régions. Selon nos modèles de projections, nous pouvons penser que dans un premier temps le réchauffement climatique aura quelques effets bénéfiques sur le plan des rendements moyens des cultures fourragères… Mais, s'il se poursuit fortement, avec une augmentation de la température moyenne allant jusqu'à 4 degrés, alors l'impact pourrait être très négatif, avec des baisses de rendements des prairies allant jusqu'à 20 ou 25 % d'ici la fin du siècle dans certaines zones. Une augmentation de 4 degrés en moyenne sur l'année signifie une hausse de 1 ou 2 degrés en hiver mais jusqu'à 7 ou 8 degrés en été.

Ce scénario n'est pas inéluctable. Nous devons également poursuivre nos analyses. Mais il ne faut pas s'endormir. C'est dès maintenant qu'il faut agir pour se préparer, en créant par exemple de nouvelles variétés de maïs ou de graminées… La luzerne est la plante qui semble le mieux tirer son épingle du jeu, quel que soit le scénario envisagé.

Quels seront ses impacts sur les cultures fourragères ?

Le maïs pourrait mieux s'en sortir que ce que l'on pensait. Il suffirait de modifier l'itinéraire technique en ayant par exemple recours à des semis plus précoces avec des variétés plus tardives. Mais on ne maintiendra pas de bons rendements si le réchauffement climatique se poursuit. Les cultures seront impactées par le développement de certains ravageurs.
Pour les prairies, le scénario pourrait être le même que celui du maïs. Dans un premier temps, les prairies pourraient ne pas trop mal réagir, voire même bénéficier du réchauffement climatique dans des régions comme le Nord et l'Est de la France. Puis, si le réchauffement se poursuit, la situation se dégradera partout. On pourrait s'acheminer vers deux saisons de pousse d'herbe (printemps et fin d'automne) dans des zones où c'est inhabituel comme l'Est de la France ou la montagne. Mais il n'y aurait par contre quasiment plus d'herbe en été. Les systèmes fourragers seraient alors de plus en plus basés sur la production de stocks.

Des régions seront-elles plus touchées que d'autres ?

L'état actuel de nos connaissances ne nous permet pas d'avoir de certitudes sur l'impact du changement climatique. On peut cependant penser que le Nord et l'Est de la France seront un peu les gagnants du changement climatique avec l'amélioration des rendements fourragers. Le Grand Ouest et le Massif central devront, si le scénario se confirme, faire face à un déficit hydrique estival. Nous devrions assister à une « méditerranéisation » du climat dans le couloir rhodanien, mais ces systèmes sont déjà préparés à ces changements. Nos modèles d'analyse ne permettent pas d'avoir une vision précise de l'impact du réchauffement climatique en haute montagne.

(1) Jean-Christophe Moreau est responsable de projet au service « Fourrages et Conduite des Troupeaux Allaitants » de l'Institut de l'élevage. Il a piloté les travaux sur les conséquences du changement climatique sur les systèmes d'élevage et de grande culture.
(2) Programme conduit sous l'égide de l'Acta, associant l'Institut de l'élevage, l'Inra, Arvalis-Institut du Végétal et Météo-France.

Source Réussir Lait Elevage Novembre 2009

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