L’impact du virus de Schmallenberg difficile à cerner

Bernard Griffoul - François d'Alteroche Réussir Bovins Viande

L’impact du virus  de Schmallenberg  difficile à cerner
Veau mort né atteint de la maladie de Schmallenberg. © J.-C. Gutner

Le SBV congénital (virus de Schmallenberg) a refait son apparition depuis quelques semaines dans les élevages bovins. Mais, les déclarations de cas sont loin d’être exhaustives.

Au 16 janvier, 178 élevages bovins avaient été confirmés atteints par des formes congénitales du virus de Schmallenberg (SBV congénital), depuis la reprise de la surveillance (1er septembre 2012). Pourtant, les chiffres sont loin de refléter la réalité. Tous les acteurs de terrain contactés parlent de large sous-déclaration. Rappelons que l’État s’étant désengagé du système de surveillance de la maladie, celle-ci est désormais assurée par la plateforme nationale d’épidémiosurveillance et coordonnée par GDS France, à partir des déclarations des éleveurs. Sur la carte des cas au 16 janvier, quelques zones se démarquent par un plus grand nombre de ronds rouges (cas bovins). Et notamment le nord de l’Aveyron. Murielle Vabret, vétérinaire dans cette zone, n’hésite pas à parler de « psychose ». Les premiers veaux malformés sont apparus fin décembre. « Nous en sommes déjà au deuxième veau dans les mêmes élevages », nous confiait-elle le 19 janvier. Psychose, car les vêlages ne faisaient que démarrer dans cette zone où ils sont très groupés sur les mois d’hiver. Elle s’attend à de nombreux cas au moins jusqu’à début mars. Les veaux naissant souvent mort-nés, le vêlage de ces vaches est difficile. « C’est dégoûtant et très dur pour les éleveurs », ajoute-elle.

« 15 % de vaches vides ou fortement retardées »

Mais, si elle s’attend à voir naître « entre 2 et 4 % » de veaux malformés, pour elle, le pire est ailleurs. « Dans notre clientèle nous estimons que 15 % des vaches en moyenne sont vides ou fortement retardées », assure-t-elle. De nombreux retours en chaleurs et avortements précoces certainement dus au fait que beaucoup de vaches étaient en début de gestation pendant la circulation virale. En cumulant ces chiffres avec les pertes habituelles, il pourrait manquer 20 % des veaux à l’appel sur la zone, alerte la vétérinaire : « Sur le plateau de l’Aubrac, le vrai impact du SBV ne sera pas sanitaire mais économique. Il y a peu de régions où les vêlages sont groupés sur une période aussi courte. »
Ailleurs, l’étalement des mises bas a, semble-t-il limité les dégâts. Même en Saône-et-Loire, où les vêlages d’hiver sont nombreux, les cas restaient limités. « Les cas de malformations apparaissent plutôt de façon sporadique et isolée », indique Vincent Robergeot, directeur du GDS. Il ne faisait pas non plus de constat alarmant sur le nombre de vaches vides. Un point de vue partagé par d’autres départements (Cher, Pyrénées-Atlantiques…). « Il ne faut pas être alarmiste, estime Kristel Gache, vétérinaire à GDS France, en charge du dossier SBV. Concernant les naissances d’animaux malformés, il y a peu d’élevages bovins très fortement atteints. »

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Déclarer les suspicions de SBV congénital en cas de signes de malformation caractéristiques

Même si les cas de veaux malformés semblent pour l’instant globalement peu nombreux, tous les GDS incitent les éleveurs à déclarer les suspicions de SBV congénital lorsqu’ils observent des signes de malformations caractéristiques : blocage des articulations, malformation de la colonne vertébrale, torticolis, raccourcissement de la mâchoire inférieure… Pour les élevages fortement atteints, une indemnisation par la caisse de solidarité santé animale de GDS France sera en effet possible. Le constat clinique de SBV congénital doit en principe être confirmé par une sérologie sur le nouveau-né (avant prise du colostrum) ou sur l’avorton. En cas d’impossibilité, dans les départements en zone 2 (moins de 20 cas l’an dernier), la sérologie peut être effectuée sur la mère. En zone 1 (plus de 20 cas en 2011/2012), il faut réaliser une PCR (recherche du virus) sur le cerveau du veau. L’échantillon de sang est accompagné d’une fiche décrivant le cas, signée conjointement par l’éleveur et le vétérinaire. Le GDS transmet les cas répertoriés à la plateforme d’épidémiosurveillance. L’analyse pouvant se révéler malgré tout négative, il est recommandé de comptabiliser les cas de naissance malformée par « des photos de bonne qualité permettant de visualiser les malformations du produit atteint », indique Kristel Gache. Les photos doivent attester qu’ils se rapportent bien à l’élevage demandant l’indemnisation (présence de l’éleveur sur la photo…).
La crainte de futures difficultés pour exporter leurs animaux vers des pays tiers a pu dissuader des éleveurs de déclarer des veaux malformés.

Pas de pénalisation pour la certification à l’export

Les garanties complémentaires exigées par ces pays comportent souvent un test PCR (qui doit être négatif) et une attestation signée par le vétérinaire qu’il n’y a pas de cas clinique de SBV le jour du départ des animaux, afin de prouver que le virus n’est pas exporté avec les animaux vivants. « Les déclarations des éleveurs de leurs cas de Schmallenberg congénitaux ne doivent pas les pénaliser pour la certification à l’export. Ce message a été clairement dit par la DGAL (ministère de l’agriculture) », assure le GDS de Saône-et-Loire. « Puisque le SBV est considéré comme une pathologie d’élevage et non réglementée, la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) n’a pas accès à la base de données correspondante, confirme Kristel Gache. Cela ne doit pas être un frein à la déclaration. »
 

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