La Cuma Huilerie de Loire en Layon donne de l’autonomie aux éleveurs

Costie Pruilh - Réussir Lait Novembre 2012

La Cuma Huilerie de Loire en Layon donne de l’autonomie aux éleveurs
Cuma H2L dans le Maine-et-Loire. © C. Pruilh

La presse à huile fixe de soixante-quinze agriculteurs sécurise les prix de vente des graines et d’achat des tourteaux.

Chiffres clés

• 75 adhérents
• 1 salarié
• 6000 tonnes traitées par an
• 1250 tonnes de graines, 200 m3 d’huile, 100 à 150 tonnes de tourteaux de capacité de stockage
• 1,250 million d’euros hors bâtiment d’investissement réel (presse, stockage, trieur, séchoir…)
• 2 millions d’euros avec le bâtiment et une capacité de stockage de 3000 tonnes

Le projet de la presse de la Cuma Huilerie de Loire en Layon (Cuma H2L), dans le Maine-et-Loire, est porté de 2006 à son lancement en 2010, par Jean-François Corbin, de la chambre d’agriculture du Maine-et-Loire. Il préconise alors de valoriser le tourteau et l’huile dans le circuit alimentaire. « Il est quasiment toujours plus intéressant de vendre de l’huile alimentaire (alimentation animale ou humaine) que de l’huile carburant », souligne-t-il. Bruno Poupart, un des adhérents de la Cuma H2L, précise néanmoins que la Cuma a choisi de « suivre le cahier des charges pour l’huile végétale pure pour carburant, pour être en mesure de répondre à ce débouché ».
Deux structures sont créées en juin 2010 : La Cuma H2L stocke et presse, et la SAS Soleil de Loire achète les graines et commercialise l’huile et les tourteaux. Les 75 adhérents de la Cuma (et actionnaires de la SAS) sont apporteurs de graines et/ou utilisateurs de tourteaux. L’adhérent amène ses graines à l’usine, il règle la prestation à la Cuma, et il récupère sa quota part de tourteaux et d’huile. S’il le souhaite, la SAS peut assurer la commercialisation de ses tourteaux et de son huile.
À partir de l’exemple de ce projet, Jean-François Corbin décline les points clés de la rentabilité d’une huilerie. « Quand on n’a pas de visibilité sur l’évolution des prix, il faut pouvoir dégager rapidement du résultat. Pour cela, il faut réussir à obtenir un maximum d’aides (ici 30 % de subvention) », annonce-t-il d’emblée.

Faire tourner la presse le plus possible en continu

Le projet a été dimensionné avec les engagements des adhérents, et pour faire tourner la presse le plus possible en continu, il a fallu procéder à des achats extérieurs. « Entre 30 et 40 % des graines viennent des adhérents. Le reste est acheté par la SAS à des organismes stockeurs et directement à des agriculteurs stockeurs », développe Bruno Poupart.
Pour améliorer la rentabilité de leur huilerie, les adhérents se demandent s’il ne vaudrait pas mieux se concentrer sur le colza. « Le rendement du tournesol est moindre, le passage du colza au tournesol, et vice versa, prend du temps… »

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La Cuma fabrique cinq produits : huile de colza pour l’alimentation animale, tourteau de colza, huile de tournesol pour l’alimentation humaine (tournesol oléique) et animale, tourteau de tournesol. © C. Pruilh

Extraire un maximum d’huile

C’est essentiellement l’huile qui rémunère les graines. Le but est donc d’extraire un maximum d’huile de la graine. La Cuma H2L a fait des adaptations pour cela : sécher les graines si besoin (optimum à 7 % d’humidité en moyenne) ; passer les graines de colza au lamineur avant de passer dans la presse ; une extraction à 30 °C ; une presse surdimensionnée pour ne pas être saturée.

Viser des tourteaux fermiers de haute qualité

Il faut pouvoir valoriser le tourteau. Un des critères recherché est une teneur en matière grasse la plus faible possible, puisque c’est elle qui est limitante pour l’incorporation dans les rations. Les tourteaux de la Cuma H2L titrent à 10 % pour le colza et à 12 % pour le tournesol.
« Le tourteau fermier est plus intéressant qualitativement qu’un tourteau industriel. Il est fabriqué sans solvant. Les produits issus de la première pression à froid préservent les vitamines, oligoéléments et acides gras. Si ces avantages ne sont pas monnayables aujourd’hui, ils permettent un accès au marché », indique Jean-François Corbin. En effet, « la SAS cale le prix des tourteaux fermiers sur les cotations des tourteaux industriels. Elle applique une plus-value de 15 euros pour l’adhérent et de 25 euros pour un non adhérent, ce qui correspond au coût du transport du port à l’exploitation dans le cas d’achat de tourteau industriel », indique Bruno Poupart. Et la demande est au rendez-vous. « Les fabricants d’aliments sont très demandeurs de nos tourteaux fermiers.  »
À l’avenir, les tourteaux fermiers pourraient bénéficier de l’intérêt des laiteries pour l’amélioration du profil en acides gras du lait. Et aussi du travail sur la réduction de l’empreinte environnementale des exploitations.

Pouvoir stocker, pour plusieurs raisons

Première raison : la qualité des produits. Entre la récolte et la trituration, il faut pouvoir observer 5 à 6 semaines de repos de la graine.
Deuxième raison : faire tourner la presse le plus de jours possibles dans l’année avec les graines des adhérents, pour avoir le moins besoin d’acheter à l’extérieur.
Troisième raison :  pouvoir acheter au bon moment.
Quatrième raison : améliorer sa marge. « Le plus intéressant est d’acheter les graines à la récolte. Il faut donc pouvoir stocker. En stockant nous-mêmes, on évite un intermédiaire. »
À l’avenir, la Cuma H2L veut augmenter ses capacités de stockage des graines, de 1250 à plus de 3000 tonnes. Ainsi que celles des tourteaux.
« Un projet qui se monte aujourd’hui doit répondre aux enjeux de demain. Il est intéressant si les adhérents produisent les graines et s’ils peuvent les stocker. Ils peuvent ainsi en assurer la traçabilité ; garantir la qualité du produit, son origine locale par exemple, son absence d’OGM, etc. », souligne Jean-François Corbin.

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