Lait bio : Après une année euphorique, le rythme de conversion en bio devrait se ralentir

Costie Pruilh

En 2009, la France a connu une situation d'euphorie dans le domaine du lait bio, avec un rythme de conversion impressionnant. En partant des chiffres communiqués par les principaux collecteurs de lait bio en France, la collecte 2012 (la conversion dure environ deux ans) dépasserait 320 millions de litres, alors qu'elle était de 250 millions en 2008 et 2009. Cette vague de nouvelles vocations est liée à la crise dans le lait conventionnel, qui a creusé un énorme écart de prix entre le lait bio et le lait conventionnel : plus de 140 euros pour 1000 litres ! Les transformateurs ont joué cette carte à fond en maintenant un prix du lait attractif pour le lait bio (environ 420 euros pour 1000 litres), bien au-dessus des prix pratiqués chez nos voisins européens (340 à 350 euros pour 1000 litres), et en accordant des primes à la conversion. Depuis deux-trois ans déjà, ils cherchent en effet à développer leur collecte, pour profiter du développement du marché.

Le marché est en croissance depuis 2006 en France. « Les parts de marché en lait de consommation, (sur le lait de consommation total vendu en France) sont passées de 3,6 % à 5,2 % entre 2006 et le troisième trimestre 2009. Pour le beurre, elles ont aussi progressé, de 1,3 % à 2,4 % », indique Jean-Paul Picquendar, directeur Sodiaal Sud-Est. Les ventes d'ultra frais connaissent aussi une belle progression depuis 2007 (+15 % de ventes sur 2008 et 2009). Parallèlement, la collecte de lait bio en France a peu progressé depuis 2006 (de 220 à 250 millions de litres). Les transformateurs manquent donc de lait. Et en attendant que la collecte française réponde aux besoins du marché, la plupart importent du lait de l'étranger.

L'objectif national d'intégrer plus de bio dans la restauration hors foyer devrait continuer à tirer le marché, mais les importations de lait bio inquiètent certains transformateurs. (F. Mechekour)

L'objectif national d'intégrer plus de bio dans la restauration hors foyer devrait continuer à tirer le marché, mais les importations de lait bio inquiètent certains transformateurs. (F. Mechekour)

 

Certaines entreprises arrêtent les primes à la conversion

Les transformateurs sont plus prudents qu'en 2000. Pour les conversions, ils se sont fixé des objectifs par rapport à leurs débouchés potentiels et à leurs capacités industrielles. Ils ont ciblé des zones de collecte : l'Ouest pour Lactalis, l'Auvergne et Rhône-Alpes pour Sodiaal… Il s'agit de densifier la collecte bio, pour réduire les coûts de collecte, et gagner en efficacité industrielle.
Les transformateurs, qui ont rempli leurs objectifs de collecte bio pour 2011-2012, n'encouragent plus les conversions. C'est le cas chez Triballat Noyal. « Je ne réponds plus favorablement aux éleveurs extérieurs. La prime à la conversion a été maintenue pour les éleveurs Triballat uniquement. Notre objectif est d'augmenter la part de collecte bio et de réduire celle de collecte conventionnelle », indique Marc Belhomme, responsable des achats agricoles. Eurial n'accordera plus de prime à la conversion en 2010. Et Biolait baisse sa prime de 30 à 15 euros pour 1 000 litres pour les nouveaux dossiers. « C'est lié au fait qu'on a accompagné plus de dossiers de conversion que prévu en 2009. »

Biolait est une coopérative de collecte qui en 2009 comptait 232 exploitations pour 45 millions de litres. Et 120 exploitations ont engagé leur conversion pour 40 millions de litres. Pour 2011, la collecte devrait être d'environ 90 millions de litres. « Actuellement, tous les volumes engagés en conversion ont déjà trouvé preneur sur 2 011 et 2012, voire même jusque 2014 (plus de 60 % des contrats courent sur cinq ans, 35 % courent sur trois ans). »

Lactalis cherche toujours à engager une partie de ses producteurs en conversion, et elle maintient ses primes - à la conversion et au lait bio. Sodiaal maintient aussi ses primes. « Nous n'avons pas encore atteint nos objectifs de conversions. On espère y être pour le 15 mai 2010. En 2009, plus de 50 éleveurs se sont engagés en conversion, pour 11 millions de litres. Le gros paquet - plus de 100 éleveurs - est encore en réflexion », détaille Jean-Paul Picquendar.
La politique de prix du lait élevé en 2009 a entraîné une hausse des importations de lait bio étranger. Certains transformateurs parlent de concurrence par les laits bio moins chers venant d'Allemagne (352 euros en juin 2009), du Royaume-Uni, du Danemark…

70 millions de litres importés ?

Les laits d'importation sont très difficiles à évaluer. Selon deux opérateurs, environ 70 millions de litres auraient été importés en 2008 (équivalent à 28 % de la collecte nationale bio) ; et ce serait beaucoup plus en 2009. « Le taux de déclassement matière est encore de 27 %, et dans le même temps on importe 30 % de la collecte : quelque chose cloche ! », fait remarquer un transformateur, qui parle d'importations d'opportunité. Un autre transformateur fait remarquer que « le prix des laits de consommation bio en GMS s'est érodé en 2009. C'est dû aux marques distributeurs (MDD), qui peuvent utiliser des laits d'importation moins chers ».
Lactalis est plutôt confiante dans l'avenir. « Les marchés se portent bien, toujours en croissance. » Le transformateur se développe dans la bio, notamment avec des lancements de produits sous marque. En 2008, l'entreprise lançait un beurre bio sous sa marque Président. En 2009, c'était le camembert bio Président. Pour 2010, Lactalis a d'autres projets dont elle ne souhaite pas encore parler.

Yannick Allard, président de Biolait, est également confiant. « Le marché de la restauration hors foyer va se développer si les engagements politiques se concrétisent. Quand on sortira de la crise laitière et de la crise économique, le marché se rééquilibrera, et le prix du lait bio remontera chez nos voisins. En outre, chez eux, il n'y a pas eu de conversions récemment. » Donc en 2011-2012, si la crise est derrière nous, la France sera bien aise de ne pas avoir à acheter un lait bio devenu plus cher en dehors de ses frontières. « Il faut développer aujourd'hui la production laitière française, pour être compétitif demain », conclut le président de Biolait.

 

Le Prix du lait devrait baisser en 2010

Marc Belhomme, de Triballat Noyal, est plus prudent. « L'Autriche annonce qu'elle veut exporter dans l'Union européenne. Le prix du lait y est d'environ 340 euros pour 1000 litres. » Jacques Ménétrier, responsable du bio au sein du groupe Eurial, pense que certains pays comme l'Allemagne continueront à avoir des soucis d'excédents après la sortie de crise. « Je crois que le tassement de la consommation en Allemagne est structurel. La croissance du marché français n'absorbera peut-être pas tous les volumes qui seront produits en 2011-2012, surtout s'il y a toujours autant d'entrées de lait étranger. »
Si en 2009, les transformateurs français n'ont pas trop souffert des importations de lait, le risque de déstabilisation du marché français est néanmoins réel. Les transformateurs souhaitent donc que pour 2010 le prix du lait conventionnel remonte, ainsi que celui du lait bio à l'étranger. Jean-Paul Picquendar souligne : « On ne peut pas rester déconnectés de ce qui se passe dans les pays voisins, à moins d'éteindre la bio en France. » Selon plusieurs opérateurs, le prix du lait bio en 2010 baissera.

Source Réussir Lait Elevage Février 2010

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