Lait : de l’or blanc au pays des All Blacks

Crédit Agricole SA

Lait : de l’or blanc au pays des All Blacks

Championne du monde de rugby avec ses légendaires All Blacks et… des produits laitiers dédiés à l’exportation avec sa coopérative Fonterra, la Nouvelle-Zélande fournit aujourd’hui plus du tiers du marché mondial des ingrédients laitiers. Ainsi, la sécheresse exceptionnelle du début d’année en Nouvelle-Zélande a renforcé les tensions déjà fortes sur l’équilibre mondial offre/demande. La hausse des prix du lait à prévoir pour le second semestre 2013 pourra avoir les effets inverses sur 2014 (hausse significative de la collecte, diminution possible des cours).

Dynamisme de la demande en provenance des pays émergents, et en particulier de la Chine

8.1

Alors que les marchés des produits de grande consommation de type lait UHT et produits laitiers frais souffrent structurellement en Europe, et en particulier en France, le dynamisme de la demande en produits laitiers en provenance des pays émergents et en particulier de la Chine, tirée par la hausse du pouvoir d’achat des classes moyennes, semble ne pas avoir de limites. D’autant que, depuis le scandale du lait infantile contaminé à la mélamine en 2008, les Chinois sont durablement méfiants quant à la qualité de la production laitière nationale. 

8.2

Échanges mondiaux des principaux produits laitiers (Source : Atla)

Ainsi, face à l’ampleur de la demande, les marchés des ingrédients laitiers (poudres de lait, lait infantile, poudres de lactosérum, fromages ingrédients) font aujourd’hui l’objet de toutes les attentions de la part de l’ensemble des industriels laitiers du monde entier. En témoignent les très nombreuses tours de séchage de produits laitiers en projet ou en construction à travers le monde.

Originalité du modèle néo-zélandais : un modèle dédié à l’exportation

8.4

Exportations de la Nouvelle-Zélande en produits laitiers (Source : Institut de l'Élevage)

La Nouvelle-Zélande a produit en 2012, 20 milliards de litres de lait – soit presqu’autant que la France – et exporte 95% de sa production sous forme de produits industriels. Son principal débouché est le marché chinois (22% des ventes en valeur), dont elle représente 50% des importations totales.

La filière laitière néo-zélandaise est caractérisée par le quasi-monopole de la coopérative Fonterra (Chiffre d’affaires2012 = 12,8 milliards d’euros), premier collecteur mondial de lait (17 milliards de litres de lait), et leader mondial des ingrédients, en particulier de la poudre de lait entier. Le modèle laitier néo-zélandais est basé sur la recherche de la performance à tous les niveaux : une production laitière très compétitive avec des grands troupeaux nourris à l’herbe, ainsi que des outils de séchage très performants et imbattables quant à la qualité des poudres produites.

Le lait payé aux agriculteurs est de fait directement calculé sur la base des prix des produits industriels. Les industriels s’y retrouvent donc moins exposés au risque de volatilité des cours. Rien à voir donc avec les schémas classiques des industriels d’Europe du Nord, au mix produit nécessairement beaucoup plus diversifié, pour lesquels la bonne gestion de la volatilité des prix des produits laitiers industriels est devenue un enjeu permanent…

Sécheresse en Nouvelle-Zélande et flambée des prix des poudres

8.5

Nouvelle-Zélande : collecte de lait (Source : ATLA)

Depuis un an, l’impact de la flambée des prix des aliments du bétail a entraîné un recul de la production laitière des bassins exportateurs et la remontée des prix des produits industriels à des niveaux relativement élevés depuis l’été 2012.

L’événement majeur du monde laitier en 2013 aura été la sècheresse exceptionnelle du début d’année en Nouvelle Zélande. Entraînant une diminution très significative et brutale de la collecte laitière néo-zélandaise (-35% en avril 2013) dans un marché déjà tendu, elle s’est accompagnée de la crainte des marchés asiatiques d’avoir à affronter d’éventuelles pénuries en poudres de lait. Les conséquences ont été une flambée soudaine et spectaculaire des cours mondiaux des produits industriels.

8.6

Prix mondiaux des produits industriels (Source : Atla)

Des cotations élevées jusqu’à l’automne 2013

Les tensions sur les marchés laitiers devraient perdurer jusqu’au pic de collecte néo-zélandaise*, entraînant le maintien des cotations à des niveaux élevés jusqu’en septembre-octobre, et soulageant momentanément les producteurs, notamment français, grâce à une bien meilleure valorisation de leur lait (en France, le prix moyen du lait pourrait atteindre en 2013 les records de 2008, de l’ordre de 340 €/1 000 litres), surtout si le coût de l’aliment diminue. La hausse généralisée des prix du lait pourrait ainsi entraîner dès l’automne celle de la production, notamment européenne et française, avec pour conséquence des tensions moins fortes sur les marchés mondiaux, et une possible baisse des cours en 2014… sauf si la météo en décidait autrement…

* L'explosion des abattages de bovins observée ne devrait avoir que peu d'impacts sur le potentiel laitier
néo-zélandais pour fin 2013 du fait du potentiel structurel de renouvellement des troupeaux et que
ces abattages auraient en réalités surtout été des abattages dits précoces (effectués en février-
mars au lieu de mai-juin).

Le globalDairyTrade : le système des enchères de Fonterra

8.7

Fonterra a mis en place depuis juillet 2008 un système de vente par Internet pour ses propres produits, principalement à destination de l’Asie. La coopérative néo-zélandaise fixant elle-même – parfois en cours de séance – les quantités mises en vente pour chaque échéance de livraison, il serait inexact de considérer les résultats de ces enchères comme le reflet de la conjoncture laitière mondiale, contrairement à ce que serait un marché à terme, par exemple.

8.8

Cotations poudre de lait entier (Source : Atla)

Si le globalDairyTrade constitue un indicateur de conjoncture qui présente l’avantage d’être facilement accessible, et impacte de fait les cours européen et français, il faut bien garder à l’esprit qu’il ne représente que les informations que Fonterra veut bien transmettre au marché.

Source Prisme - La note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire du Crédit Agricole

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