Lait de montagne : L'Italie mise sur les aides régionales et les initiatives

Franck Mechekour

Des aides régionales conséquentes, des produits à haute valeur ajoutée, le sens aigu de l'initiative… permettent d'envisager l'avenir avec une certaine sérénité.

« En Italie, il n'y a pas de distinction entre la production laitière de montagne et de plaine et
donc pas d'interprofession, de filière ou de politique nationale particulières », explique
Giorgio De Ros, socio-économiste au centre de formation et d'expérimentation Iasma. «
Les politiques de soutien à la production laitière dépendent des régions et des priorités
fixées dans leurs plans de développement rural respectifs. » Elles varient d'une région à
l'autre. « La situation économique des exploitations laitières situées en zone de montagne
mais appartenant à une région essentiellement de plaine, comme par exemple la Lombardie,
est en générale plus délicate que celle des exploitations situées dans des régions
exclusivement de montagne, parce que ces exploitations ne bénéficient pas ou de peu de
subventions particulières. »

Les Italiens ont maintenu une tradition culinaire qui permet, grâce à une densité de population forte au pied des montagnes, de commercialiser des produits laitiers en circuits courts. (P. Bourgault)

Les Italiens ont maintenu une tradition culinaire qui permet, grâce à une densité de population forte au pied des montagnes, de commercialiser des produits laitiers en circuits courts. (P. Bourgault)

Moderniser les exploitations

Les exploitations situées dans les régions montagneuses du Nord bénéficient le plus
souvent d'un soutien régional important. C'est particulièrement le cas dans le Val d'Aoste et
le Trentin-Haut Adige. « Les régions autonomes accordent des aides importantes à leurs
filières agricoles. Mais le Val d'Aoste représente un cas extrême puisque 42 % du produit
brut des exploitations provient des aides régionales. Un niveau jugé parfois excessif par les
producteurs des autres régions mais autorisé par les fortes ressources budgétaires
propres à cette petite région », précise Christophe Perrot, de l'Institut de l'élevage(1). Les
coopératives bénéficient également de cette manne régionale avec un soutien à hauteur de
70 % des dépenses admissibles dans le cadre d'actions d'information et de promotion des
produits de qualité.

Dans le Trentin-Haut Adige, la grosse partie des dépenses est faite pour moderniser les
exploitations laitières. « La fonction de production prime », souligne Christophe Perrot. La
politique pratiquée par cette province « vise à promouvoir des exploitations laitières de
dimension moyenne qui sont en mesure d'exprimer un lien fort avec le territoire tout en
respectant l'environnement, grâce à des aides aux investissements conséquentes dans un
bâti agricole de grande qualité (bois) et aux divers soutiens à l'utilisation des alpages par
exemple ». Les subventions régionales sont d'autant plus nécessaires que le différentiel de
prix avec la plaine n'est pas toujours suffisant pour compenser des coûts de production
élevés. « Une étude réalisée en 2007 a montré que malgré un prix moyen de 460 euros
pour 1000 litres dans le Trentin (montagne) contre 360 euros pour 1000 litres en Lombardie
(plaine) et des aides publiques (ICHN…) plus importantes (110 euros pour 1000 litres
contre 30 euros pour 1000 litres), la rentabilité était un peu moins bonne en zone de
montagne par rapport à la plaine », souligne Giorgio De Ros.

Giorgio De Ros, socio-économiste à l'institut Iasma. « À moins de 450 euros pour 1000 litres de lait, un producteur laitier en zone de montagne rentre difficilement dans ses frais. » (DR)

Giorgio De Ros, socio-économiste à l'institut Iasma. « À moins de 450 euros pour 1000 litres de lait, un producteur laitier en zone de montagne rentre difficilement dans ses frais. » (DR)

 

Tradition culinaire forte

Quoi qu'il en soit, les producteurs laitiers transalpins ne comptent pas que sur les aides
régionales pour assurer leur avenir. Ainsi, selon Christophe Perrot, leur deuxième gros
point fort est « leur capacité à développer des initiatives individuelles ou à l'échelle de petites
coopératives, pour valoriser une large gamme de produits traditionnels ne bénéficiant
d'ailleurs pas forcément d'une appellation d'origine ».
En cela, « l'Italie peut être une source d'inspiration importante pour les autres pays
européens et notamment pour la France où seulement 30 % du lait produit en montagne est
valorisé en AOC ». Le fait est que « les italiens ont réussi à maintenir une tradition culinaire
et alimentaire qui permet, grâce à une densité de population forte au pied des montagnes,
de commercialiser des produits laitiers via des circuits courts ».





À propos des appellations, Caroline Monniot, de l'Institut de l'élevage, précise que « les
DOP (équivalent des AOC) qui marchent en montagne sont celles dont la zone de
production se réduit à un territoire homogène et limité. La Fontine en Val d'Aoste permet par
exemple une rémunération du lait aux éleveurs autour de 500 euros pour 1000 litres de lait
».
Giorgio De Ros partage cette analyse. « C'est la capacité à valoriser les fromages sous
appellation d'origine, de fabrication traditionnelle ou connus localement… qui est le point fort
de la filière laitière en zone de montagne. Elle doit donc continuer à travailler sur l'image et la
spécificité de ses fromages. » Et d'ajouter : « Les appellations d'origine sont une force pour
la filière laitière de montagne, à condition que la zone de production ne soit pas trop
étendue. »




Christophe Perrot, Institut de l'élevage : « Ce qui frappe en Italie, c'est le nombre d'initiatives pour entretenir la demande d'un consommateur sensible à l'origine des produits de qualité. »(DR)

Christophe Perrot, Institut de l'élevage : « Ce qui frappe en Italie, c'est le nombre d'initiatives pour entretenir la demande d'un consommateur sensible à l'origine des produits de qualité. »(DR)

 

L'étude de l'Institut de l'élevage souligne d'autre part que « dans la plupart des massifs
italiens, la proportion de très petites exploitations laitières (moins de 10 vaches laitières) est
restée très forte (40 % en moyenne). Le devenir de ce type de structures est incertain mais
l'absence d'investissements récents les rend relativement résistantes économiquement.
Elles sont plus sensibles aux évolutions sociologiques telles que la moindre acceptation de
la cohabitation intergénérationnelle, typique du fonctionnement de ces exploitations
traditionnelles à population familiale nombreuse et pluriactive», explique Christophe Perrot.
Au final, la fin des quotas programmée pour 2015 « est vue comme une menace pour les
éleveurs de montagne qui livrent leur lait à de grandes coopératives à cheval entre la plaine
et la montagne, et notamment si le produit n'est pas différencié alors que son coût de
production est plus élevé. C'est par exemple le cas pour le parmesan », souligne Caroline
Monniot. « À l'inverse, les zones qui ont développé des gammes de produits à forte image
et typicité, ou qui ont su développer leurs débouchés en circuits courts (vente directe,
magasins de coopératives) devraient être épargnées par la concurrence, avec des zones
dont la compétitivité devrait sortir renforcée du nouveau contexte laitier ».



Les appellations d'origine sont une force pour la filière laitière de montagne, à condition que la zone de production ne soit pas trop étendue. (P. Bourgault)

Les appellations d'origine sont une force pour la filière laitière de montagne, à condition que la zone de production ne soit pas trop étendue. (P. Bourgault)

 

Chiffres clés

En Italie, le lait produit et commercialisé en montagne, c'est :
. 2 millions de tonnes (deuxième rang européen derrière la France) ;
. moins de 20 % du quota italien ;
. près de 50 % des exploitations laitières.
. 40 % des élevages ont moins de 10 vaches.



Pour en savoir plus

Voir Dossier de Réussir Lait Elevage de décembre 2009 « Comment vivre du lait en
montagne ». RLE n°231 p. 28 à 43.



(1) À lire : « Le lait dans les montagnes européennes : un symbole menacé », étude
réalisée par l'Institut de l'élevage avec le soutien du Cniel.

Source Réussir Lait Elevage Décembre 2009

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