Lait : quelles perspectives pour 2016 ?

Conseil National CERFRANCE POSTEC

Lait : quelles perspectives pour 2016  ?

Sommes-nous dans le creux d’une phase de volatilité où l’excès d’offre fait suite à la boulimie en lait?

Lait : quelles perspectives pour 2016  ?

Rétrospective sur 36 mois

2013 à juin 2014:  le monde laitier est confronté à une demande dynamique impulsée par la Chine. L’offre peine à suivre. S’ajoutent à cette embellie conjoncturelle des indicateurs structurels de marchés porteurs: croissance de 2 % de la demande d’ici 2030 et plus.

Les prix s’envolent et la spéculation s’active début 2014 sur les produits industriels notamment en Chine. Des signaux positifs sont donnés aux 5 grands bassins de production mondiaux et les effectifs de vaches sont en croissance.

De juillet 2014 à octobre 2015: boostée par les signaux positifs du marché de la période précédente, la production laitière croît aux USA, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Europe. Aucun signe de modération de cette production ne semble se dessiner en septembre 2015 si ce n’est de spéculer sur des phénomènes climatiques style El Niño…

La demande 

Parallèlement, elle se contracte sur 2015. Les effets de l’embargo russe sur les produits laitiers et surtout la moindre demande chinoise en sont les raisons principales.

Le moteur de la consommation chinoise n’est pas cassé, seulement ralenti en 2015.

La demande chinoise pâtit sur 2015 de la mise sur le marché de stocks constitués en 2014 par les spéculateurs à moins de 1000 dollars la tonne. La consommation intérieure reste proche de celle de 2013. En 2014 les spéculateurs chinois ont de fait contribué à masquer la réalité d’un marché déjà excédentaire d’où l’intensité de ce contrecoup 2015.

Lait : quelles perspectives pour 2016  ?

L’union Européenne et la France dans ce contexte laitier

Les 3 premiers mois 2015 ont encore été marqués par le respect des quotas d’où une légère inflexion de la dynamique de la production par certains pays du Nord de l’Europe sur ce 1er trimestre.

Depuis, on assiste à une reprise de la collecte européenne avec + 2,2 % de progression constatée entre juillet 2014 à juillet 2015 avec comme moteurs le Royaume-Uni, la Pologne, l’Irlande et les Pays-Bas. La conquête d’autres marchés sur de nouveaux débouchés (Moyen-Orient, Pays d’Asie autre que la Chine) aidée par la parité euro-dollar à l’avantage de l’Europe ne suffit pas à résorber cette surproduction. Les stocks de poudre de lait à 0 % et des fromages augmentent et sont supérieurs à ceux des autres années.

Des ventes à l’intervention s’observent depuis juillet avec des livraisons hebdomadaires autour de 3000 tonnes sur septembre malgré la non revalorisation par l’Union Européenne du prix d’intervention.

La baisse des prix ne semble pas induire une inflexion de la production européenne qui serait pourtant nécessaire pour rééquilibrer le marché.

La France

 Sa production ne connaît pas la dynamique de ses voisins du Nord et affiche un recul de 0,7 % sur les 7 premiers mois 2015 par rapport à 2014. La chute du prix du lait payé aux producteurs (307 €/1000 1 sur les 7 premiers mois 2015) affecte probablement la reprise française qui n’augure pas une participation à cette croissance laitière européenne.

Quelles perspectives 2016, et à moyen terme?

L’offre sur cette fin d’année et le 1er semestre 2016 restera très certainement surabondante par rapport à la demande. La pression sur le prix demeurera et des niveaux de prix de l’ordre de 280 € / 1000 1 sont plausibles en France sur les prochains 6 mois 2016. Les accords politiques ou autres tables rondes ne structureront pas, au-delà de l’éphémère, un prix dans un univers européen ouvert. Le prix allemand, déjà inférieur de 20 € au prix français au 1er octobre, ne prédit pas l’optimisme. L’Europe, qui a décidé de libéraliser le marché du lait, a maintenu à minima ses outils d’intervention avec un prix d’intervention qu’elle refuse de revoir à la hausse. Le retour à un prix rémunérateur passera par une adéquation offre/demande. Dans l’attente de ce rééquilibrage, force est de constater qu’on entre dans un bras de fer entre bassins de production où les plus résistants resteront les acteurs de demain. 

collecte laitiaire

Quels leviers pour un équilibre de marché?

Deux leviers classiques cohabitent dans un marché libéralisé:

1 - L’offre baisse pour s’adapter à la demande:

• La Nouvelle-Zélande restera hégémonique sur les marchés d’Asie et met en œuvre une restructuration de Fonterra pour rester compétitive,

• Les USA disposent d'un marché intérieur solide, d’un marché mexicain captif et d’une politique agricole assurantielle qui renforce la capacité de résistance des producteurs à la volatilité des prix. 

L’adaptation de l’offre s’impose donc à l’Europe. Outre son marché intérieur mature, son volume à produire dépend de sa capacité d’export, donc de sa compétitivité et de son aptitude à segmenter ses produits. Clairement, s’amorce en Europe une course de compétitivité entre pays où producteurs, transformateurs et circuits de distribution doivent s’associer pour réussir. Cette restructuration par l’offre peut s’échelonner sur quelques dizaines de mois et être un chemin pénible entre bassins européens.

Toutefois, des aspects climatiques ou sanitaires peuvent toujours changer la donne.

2 - La demande croît :

Pour que la demande reparte et absorbe rapidement l’offre excédentaire, des blocages conjoncturels doivent être levés:

• Une solution diplomatique à l’embargo russe?

• Un retour de la Chine aux importations de 2014?

Une action sur ces leviers peut apporter sur quelques semaines un bol d’air sur le prix du lait européen et français.

Démographie et nouveaux marchés sont d’autres leviers certains mais plus longs à mettre en œuvre, ils ne suffiront pas à absorber rapidement l’excès d’offre pour redresser les cours sur 2016. 

Quelle lisibilité en 2016?

Une chute de 20 % des prix industriels s’observe depuis 10 mois. Un frémissement s’observe sur le beurre et le lait de consommation sur septembre mais l’ultra frais et les fromages restent atones.

La surproduction de produits industriels pèsera sur les prix mais des planchers semblent être atteints avec des prix proches de ceux de l’intervention (exemple: 1650 €/t pour la poudre 0 %).

La grande distribution en Allemagne s’engagerait à ne plus faire pression sur les prix des PGC, un signal qui pourrait être perçu du côté français avec l’aval des pouvoirs publics. Reste que les PGC France utilisent 50 % du lait produit, les produits industriels 30 % et les PGC export 20 %. La marge sur le couple beurre poudre (-88 €/1000 1 actuellement) affectera le prix du 1er semestre 2016. La perspective de prix meilleurs ne proviendra qu’autour d’un rééquilibrage du marché européen par les deux leviers offre demande cités ci-dessus. Encore faudra-t-il différer la remise sur le marché des stocks constitués pour ne pas endiguer la reprise lorsqu’elle se manifestera?

L’aide aux trésoreries des éleveurs français via le plan de soutien à l’élevage, les mesures du 1er octobre de Bruxelles (sur stockage privé, enveloppe pour la promotion des produits laitiers et du secteur de l’élevage) sont certes opportunes pour passer ce cap mais restent des mesures à court terme, la visibilité relevant du marché. 

valorisation couple beurre
Et demain

 Les prévisionnistes persistent à prévoir un bel avenir pour les producteurs laitiers. En l’absence de régulation, des cycles de prix hauts et des périodes de prix bas non rémunérateurs seront la règle. La fixation du prix par les seuls indicateurs de marché démontre ses limites. La mise en œuvre d’un marché à terme pour contrer cette volatilité bute sur le standard nécessaire du produit.

La contractualisation laitière avec des indicateurs de marché associés à des indicateurs de coûts encadrés peut-elle constituer l’outil de visibilité pour une France active sur ce marché du lait en expansion?

Source : CERFRANCE - veille économique agricole - lettre n° 43 - 2015

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Commentaires 30

@59

Normal en grandes cultures bio ça va tres tres bien enfin dans les bonnes terres....cela dit j ai vu des prix de reprise de conventionnel aucun de nos concitoyens ne comprendrai que les agriculteurs se plaignent vu les montants et pourquoi ils mettent autant de pognon alors que c toujours la crise et comment les banques peuvent prêter
Moi en tant qu ancien conseiller gestion avant mon installation j ai vu des patrimoines en idf qui ferait pâlir ou rendre en colère la majorité des agriculteurs on comprend alors tres vite qui dirige pourquoi l urgence a été de développer un outils de défiscalisation qui peut permettre d économiser jusqu'à au 20 000€ et pourquoi le grand syndicat négocie en ce moment des baisses de charges

Rice 44

Ta raison bénévole 53 il faut annuler le salon. Car aucun intérêt d'Y aller pour les agriculteurs , on n'a plus les moyen d'investir. Faut laisser les industriels ce montrer. Si le salon est désert les industriel et l'état comprendrons peut être l'intérêt des agriculteurs.

pompom

cer France est responsable en partie de cette situation de crise vu qu aujourd hui tout le monde a l info sur les prix d équilibres des élevages français.Alors aujourd hui ces industriels et distributeurs se font un malin plaisir d ajuster le prix pour ne pas que les éleveurs vivent mais survivent .alors oui mr les comptables allez donc chercher les prix d équilibres de ces entreprises industrielles et ces distributeurs qui nous volent nos produits.

59

a ma connaissance la France a produit encore 1°/° de moins qu'en 2014.alors arretez de dire que la France est en surproduction. on s'est fait prendre les marchés par des pays plus malins que nous et qui aiment leurs agriculture pas comme nos bons Français qui n'en ont rien e foutre. quand ils se réveilleront il sera trop tard.

59

bien di dadada. le principal c de s'amuser peu importe ce qu'on bouffe.

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