Lait : revoir sa copie stratégique

Marie-Claude Guiavarc'h, conseillère

Lait : revoir sa copie stratégique

Avec les mutations en cours, la vie des producteurs laitiers n'est plus un long fleuve blanc tranquille. L'analyse de Marie-Claude Guiavarc'h, conseillère d'entreprise spécialisée en production laitière au sein du réseau CER FRANCE Bretagne.

Réforme de la Pac, contractualisation, volatilité des prix : le paysage économique change très vite pour les éleveurs laitiers. Que leur conseillez-vous pour garder le cap ?

Marie-Claude Guiavarc'h : «Les mutations que connaît le secteur laitier vont obliger les chefs d'entreprise à revoir leur copie stratégique. Il faut continuer à gérer l'exploitation au quotidien, tout en tenant compte des évolutions programmées à moyen et long terme. Les producteurs laitiers doivent intégrer de nouveaux paramètres comme la disparition des quotas laitiers, la contractualisation, les nouvelles normes environnementales, les modifications des seuils d'installations classées, le lissage des aides européennes, les variations de prix et de volumes… Le tout, dans un marché mondialisé. La bonne attitude à adopter peut se résumer en deux mots : anticipation et adaptation.»

Comment envisager l'avenir sereinement face à tant d'incertitudes ?

«Tout est question de compréhension et de réflexion. Le plus important est de savoir ce que l'on veut et ce que l'on peut faire, tout en limitant les risques. Chaque producteur laitier a intérêt à faire un arrêt sur image pour mieux connaître le périmètre de son exploitation. Il doit y intégrer les paramètres non maîtrisables pour définir la meilleure stratégie à mettre en oeuvre.»

 Comment bâtir une stratégie cohérente avec des paramètres qui, a priori, ne sont pas maîtrisables ?

«Pour réussir à composer avec tous ces paramètres, le chef d'entreprise peut se faire aider par un conseiller qui a une bonne connaissance de la réglementation, de la conjoncture et de l'organisation de la filière. Ensemble, ils transposeront la réglementation, en cours et à venir, à l'échelle de l'exploitation pour la rendre plus digeste. Ils pourront poursuivre par une analyse stratégique aboutissant à plusieurs scenarii réalistes et accessibles. Le scenario retenu devra concilier l'évolution des coûts de production et de la capacité financière, les contraintes de travail, sans occulter l'analyse des facteurs externes comme l'évolution des marchés.»

Cette analyse stratégique doit-elle prendre en compte l'historique de l'exploitation ?

«Oui. Les choix stratégiques sont décidés par l'exploitant, mais ils restent très liés à l'historique de l'exploitation : situation pédoclimatique, potentiel cultural, morcellement et accessibilité, contraintes d'épandages, mode de faire valoir, cohérence des installations par rapport aux volumes… Il y a des différences importantes d'une exploitation à l'autre. Un parcellaire accessible important laisse davantage de possibilités : système pâturant, installations plus classiques… Dans le cas inverse, l'affourragement en vert ou la robotisation de la traite seront peut être des solutions à envisager.»

Faut-il intégrer les augmentations de quotas dans cette analyse ?

«Bien évidemment, il faut tenir compte des transferts sans terres, des complément de fin de campagne et de toute augmentation potentielle de la production pour se ménager la possibilité de produire ces litrages.»

Quels sont les résultats concrets d'une analyse stratégique ?

«Le chef d'entreprise prend conscience des limites et atouts de son système. Plutôt que de subir, il choisit de devancer les difficultés, voire de les transformer en avantages. Certains exploitants ont ainsi entamé une mise à jour de leurs autorisations. D'autres prévoient une adaptation des itinéraires ou de la conduite d'élevage, des investissements pour gagner en efficacité, la reprise ou des échanges de foncier… La plupart souhaite constituer une épargne de sérénité. Certains optent pour d'autres stratégies : spécialisation, alliance, diversification… Quels que soient les choix, l'analyse stratégique ouvre une porte sur l'avenir.»

Les producteurs laitiers doivent intégrer de nouveaux paramètres : fin des quotas, contractualisation, variations de prix et de volumes, lissage des aides européennes, nouvelles normes environnementales… L'analyse stratégique peut les y aider.

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